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Cameroun : une caissière accusée d’avoir détourné les fonds de la Fecafoot

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Elle est poursuivie pour les faits qualifiés d’abus de confiance aggravé au préjudice de A Z Assurance, son employeur. Pour sa défense, la mise en cause, qui déclare avoir été en relation amoureuse avec un des actionnaires de l’entreprise, se dit victime d’un chantage de la part de ce dernier.

Le compte rendu d’audience est fait par Kalara. Agée de 24 ans, Christian Arsène, secrétaire et caissière de l’entreprise A Z Assurance, a comparu devant le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi le 22 février 2022, où elle répond des faits d’abus de confiance aggravé. M. Wamba Fulbert, gérant de la société A Z Assurance, est à l’origine de ses déboires judiciaires.

La dame, qui comparait libre, a été traduite en justice pour justifier ses malversations financières, qui ont entrainé une hémorragie financière de 8,4 millions de francs au préjudice de son employeur. Devant la barre, l’accusée clame son innocence bien qu’ayant, dit-on, reconnu les faits au cours de l’enquête préliminaire et à l’information judiciaire.

En effet, M. Wamba a déclaré au tribunal qu’il est l’un des trois actionnaires de la société AZ Assurance. C’est ainsi qu’en juin 2020, Christian Arsène a été employée comme la toute première secrétaire et caissière de l’entreprise. Après deux mois de travail convaincant, M. Famawa, l’actionnaire majoritaire de la structure, lui avait aussitôt délivré une procuration, qui lui donnait accès au compte bancaire d’A Z Assurance.

Son rôle dans cette entreprise, était d’établir les contrats d’assurance automobile, percevoir la contrepartie auprès des clients et reverser les sommes perçues dans le compte de la société.

Tout se passait très bien jusqu’au 4 novembre 2020, lorsque M. Wamba avait découvert des malversations financières de sa caissière. « Ce jour-là, elle m’a informé qu’elle a fait un recouvrement de deux millions chez un client et m’a dit qu’elle était déjà en possession de cet argent. Je l’ai attendue jusqu’à 17 h à mon bureau, elle ne s’est pas présentée. Le lendemain, elle m’a remis une partie de l’argent et m’a envoyé le reliquat par Orange money quelques jours plus tard», a déclaré le plaignant.

Engagement non respecté

Poursuivant son témoignage, M. Wamba a dit avoir demandé à Christian Arsène de lui faire parvenir l’état de caisse de l’entreprise. Celle-ci est restée injoignable pendant trois jours. « Son refus de revenir au travail a attiré mon attention. J’ai fouillé dans son bureau et j’ai découvert un brouillon d’une facture de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) d’un montant de plus de 6,5 millions, qu’elle a encaissé à mon insu et n’a pas versé dans les caisses de l’entreprise. J’ai également découvert un manquant de 367 mille francs dans le fond de caisse».

Quelques jours après, une enquête auprès de sa banque par M. Wamba avait permis de découvrir que son employée avait détourné la somme de 1,4 million de francs. Cet argent représente le recouvrement que Christian avait effectué auprès d’un autre client. S’estimant floué et abusé par sa secrétaire, le gérant d’A Z assurance avait alors porté plainte à la police judiciaire (PJ) le 11 novembre 2020.

La mise en cause avait été appréhendée quelques jours plus tard au cours d’un traquenard. Pour se tirer d’affaires, Christian Arsène avait sollicité restituer les sommes volées à hauteur de 500 mille francs. Un montant que le plaignant avait jugé insuffisant avant de rejeter la proposition.

Autorisation verbale

Pour sa défense, Christian Arsène a déclaré avoir fait la connaissance de M. Famawa en 2019. Ce dernier était marié et lui a fait la cour. A cette époque-là, l’accusée, qui est titulaire d’une maitrise en science politique, était chef d’agence dans une microfinance. Un an après leur rencontre, l’épouse de M. Famawa était décédée. C’est ainsi qu’il avait convaincu Arsène de démissionner de son lieu de service pour travailler avec lui à A Z assurance.

 «Nous étions amants et avions une promesse de mariage.  Il m’a dit que l’entreprise qu’il a créée est la nôtre, et qu’il aimerait qu’on travaille ensemble. Je n’étais pas employée dans cette entreprise, je n’avais pas de salaire, en dehors des frais de transport de 50 mille francs que j’ai déchargé pendant deux mois», a-t-elle déclaré.

Mme Christian Arsène reconnait avoir décaissé les 6,5 millions de francs du partenaire de la Fecafoot sur autorisation verbale de son « fiancé » : «Il était au courant des décaissements que je faisais dans le compte de l’entreprise et avait l’habitude de rembourser. C’est lui qui m’a donné l’autorisation de prendre cet argent pour financer un marché public qui n’a pas encore été payé.»

S’agissant du manquant constaté dans le fond de caisse de A Z Assurance, Christian Arsène a déclaré avoir fait un versement de 1,4 million à la banque, mais que c’est M. Famawa qui en détient la preuve. Elle dit également avoir remis en espèce la somme de 367 mille francs à son copain, sans décharge.

«Ce monsieur m’a chargée de former une jeune fille qu’il présentait comme sa nièce alors que c’était sa copine. Par jalousie, j’ai démissionné de mon poste pendant une semaine, avant de rompre définitivement avec lui. Il n’a pas digéré notre séparation, il a commencé à me faire chanter», a confié la dame.

Avant d’ajouter: «Lorsque M. Wamba a découvert les détournements, mon copain m’a proposé de faire les pratiques amoureuses obscènes avec lui, notamment, les partouzes et la fellation à son bureau pour me dédouaner. C’est pour avoir opposé une fin de non-recevoir que je me retrouve ici. Je continue à recevoir les menaces verbales de M. Famawa.» Lors de ses réquisitions, la représentante du ministère public a sollicité la condamnation de la mise en cause.

L’avocate de M. Wamba est allée dans le même sens que le parquet et souhaite que Christian Arsène, qui n’a produit aucune preuve de ses allégations, soit punie à la hauteur de ses actes. Le conseil de l’accusée, pour sa part, a soutenu que sa cliente a été victime d’un homme de 45 ans, qui a fait une fixation sur elle. «Ma cliente reconnait avoir pris l’argent de son fiancé. Il y a défaut d’intention criminelle. Elle a été traduite en justice à cause de son refus de se livrer aux partouzes et autres», a conclu l’homme en robe noire. Le délibéré est attendu le 22 mars 2022.


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