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Cameroun: Une plainte contre le gouvernement

Les initiateurs protestent contre le report de la publication des listes de ceux qui seront retenus dans le cadre du recrutement spécial de 25000 employés

L’Etat accusé d’abus de confiance
L’Etat du Cameroun trainé devant sa propre justice. Deux associations de jeunes, le conseil national de la jeunesse (CNJ) et le Rassemblement des jeunes camerounais(RJC) ont annoncé leurs initiatives de porter plainte contre le gouvernement de ce pays pour abus de confiance. Les deux associations veulent ainsi dénoncer le renvoi de la publication des listes de ceux qui seront retenus dans le cadre du recrutement spécial de 25 000 jeunes, annoncé par le président Paul Biya dans son discours à la jeunesse le 10 février dernier. «Les jeunes se sont alors échinés à constituer des dossiers couteux et s’aligner des nuits et des jours durant pour les déposer et se voir obligés de s’inscrire sur les listes électorales afin d’atteindre les bons quotas» indiquent le communiqué. Ils reprochent aussi et surtout le fait que le gouvernement n’ait pas consulté des associations reconnues de jeunes, pour leur présenter la situation avant de décider du renvoi de la date de publication des résultats de cette opération. «En reportant l’opération à décembre sans consulter la jeunesse, (même pas le conseil national qui, dit-on est membre du comité consultatif dudit recrutement) l’état s’est rendu coupable d’abus de confiance» ajoute le communiqué. Les initiateurs de la plainte semblent déterminés à aller jusqu’au bout. Pour eux, au delà de la question des 25 000 emplois, il faudrait qu’à l’avenir sur des questions qui concernent la jeunesse, que celle-ci puisse être consultée à travers des instances qui la représentent. Ils se sont ainsi dits prêts à porter la protestation sur la rue s’il le fallait. «D’où notre décision de porter plainte pour l’instant au lieu de le dire dans la rue (solution ultime si nous ne sommes pas écoutés). Il est question ici de faire comprendre que les jeunes doivent toujours être consultés pour des décisions les concernant» conclue le communiqué.

Un report mal apprécié
Il y a quelques jours, le ministre Emmanuel Bonde de la fonction publique faisait savoir devant des journalistes, que la publication de la liste des 25 000 personnes retenues dans le cadre du recrutement spécial devrait être effectuée à une date ultérieure. Il a aussi précisé que le Premier ministre attendait un rapport final des travaux de la commission au plus tard le 31 décembre 2011. Ce qui a fait dire à de nombreux médias que les listes seraient publiées à cette date là. Mais en réalité, le ministre n’a avancé aucune date. Dans son propos, il ressortait que le travail mené actuellement par la commission en charge de l’opération, consistait à faire le tri dans les dossiers pour en sortir les mauvais. Il disait aussi qu’un décret du Premier ministre fixerait les critères de recrutement et que la compétence primerait sur toute chose mais, aussi que les personnes les plus âgées auraient un certain avantage. Une chose qui n’avait pas été précisée lors du lancement de l’opération. Il reste donc difficile de savoir quand sortiront les résultats. Pour cela, il faudrait répondre à la question de savoir si le rapport attendu par le Premier ministre est celui qui lui permettra de fixer les conditions de la sélection, ou alors le rapport qui devrait marquer la fin des opérations. Visiblement, c’est la première hypothèse qui semble la bonne, auquel cas les listes ne seront pas publiées avant au moins mars 2012. Le gouvernement semble espérer que décembre période de fête et prière, les jeunes auront l’esprit ailleurs.

Pour de nombreux jeunes l’offre des 25 000 emplois constituait un espoir aujourdhui bafoué
Nkul-Beti)/n

Une initiative compliquée
Cette nouvelle initiative de la jeunesse tiendra lieu de test quant à la capacité des jeunes camerounais à s’organiser dans la protestation. Déjà elle risque de ne pas aboutir. Légalement, on ne peut trainer l’Etat du Cameroun en contentieux sur la base des reproches pénaux. Une situation qui découle de la séparation des pouvoirs. Même si la plainte était jugée recevable dans sa forme, elle ne saurait l’être dans le fond. Les éléments de l’abus de confiance ne sont pas réunis. Il faudrait démontrer que le gouvernement a reçu l’argent pour un but précis et l’a affecté à l’insu de ceux qui le lui ont remis à d’autre chose. Or on ne peut pas prétendre que l’argent des dossiers a été détourné, puisque l’opération n’est pas annulée, mais prolongée dans son exécution.

Sur un plan purement sociopolitique, les jeunes n’ont aussi aucune chance. Le pouvoir judiciaire a une indépendance relative au Cameroun. Il s’avère d’un autre côté, que c’est son chef suprême (Le président de la république), qui a aussi initié l’opération du recrutement spécial. Rarement dans le cadre politique, la justice camerounaise a donné tord à l’Etat. Restera donc pour les jeunes la rue comme ils l’ont envisagé dans leur communiqué. Or, sauf lorsqu’elles sont initiées pour dire merci au chef de l’Etat, toute manifestation est fortement réprimée au Cameroun. Dans le gouvernement comme chez les jeunes on s’inquiète de la situation. Paul Biya au pouvoir depuis 29 années a appris à gérer les protestations. Un remaniement qui ferait sauter le ministre de la fonction publique, une division des associations en promettant à coup sûr des postes dans les 25 000 et la question pourrait être réglée.

Devant une des sous-préfecture de Yaoundé: De nombreux jeunes ont déposé les dossiers
Nkul-Beti)/n



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