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Cameroun/Affaire de l’avion presidentiel BBJ-2 – Afin que nul n’en ignore: Au-delà du verdict, questionnements lancinants

Par François Bikoro, journaliste

Il répond depuis le début au mythique nom, que lui a donné l’opinion publique, de l’affaire Albatros. Le 22 septembre dernier il a connu, grâce à la célérité et la dextérité retrouvées de notre justice, un nouvel épilogue. Et pas des moindres. Mais déjà, depuis qu’à l’issue d’une déclaration de culpabilité d’une concision inouïe qui aura duré près d’une journée et une nuit, le verdict est tombé comme un couperet. Cependant que Marafa Hamidou Yaya se déclarait «déçu mais pas vaincu» et que son compère de fortune Yves Michel Fotso acceptait stoïquement de «porter sa croix», la polémique enfle. Du fait des médias qui le weekend dernier ouvrent la boite à pandore pour se justifier de la polémique inutile sur quotité de la peine de privation de liberté, que des avocats de ces derniers insistant sur un pseudo caractère politique. Tant du procès que de la sentence. Chacun de ces six mois presque, écoulés depuis l’interpellation de Marafa Hamidou Yaya, Inoni Ephraïm, à la suite d’Yves Michel Fotso, aura apporté aux citoyens, abasourdis et proches de la révolte ou de la révolution, un ou plusieurs questionnements.

Où est l’argent, où est l’avion?
Pendant ces six derniers mois, pendant qu’on attendait que les débats au fond commencent au tribunal, les Journalistes ont développé des thèses, en soutien à une intense activité épistolaire d’un autre genre et à l’agitation médiatico-politique des avocats. Selon lesquelles, quelque soit le bout par lequel le moindre naïf d’entre nous prend la chose, la libération de Marafa Hamidou Yaya et Yves Michel Fotso, dont certaines inepties ont même surpris des négociations dans ce sens, était une évidence. Certains sont même allés jusqu’à vouloir dériver le fond et le fondement de la vérité sur la foireuse opération, pour le moins maffieuse, de l’achat d’un aéronef présidentiel confiée à trois anciens secrétaires généraux de la présidence de la République. Et dont la véritable évidence, même la plus sceptique et têtue, reconnait que 29 plus 02 millions de dollars ont été décaissés sans que le Président de notre pays ait eu à asseoir son postérieur dans un avion, à lui.

Mais où est alors l’avion?
Marafa Hamidou Yaya, à qui le Chef de l’État a confié «l’affaire» il y a presque dix ans, a déclaré qu’il était déçu mais pas vaincu: annale pour, rassurer les nombreux citoyens aux quels les 31 millions de dollars au raient certainement résolu moult problèmes, de son innocence. Et sur tout de sa détermination à apporter un jour la vérité, sa part de vérité dans cette cabale proche d’un film Kafkaïen. Au-delà de lui conseiller de tout déballer au tribunal cette fois, et non plus dans les médias dont l’influence s’est avérée inutile dans la suite de l’affaire Albatros comme dans les autres, hier et demain, à travers un pourvoi, il demeure qu’une seule réponse arrangerait tout le monde: à la question de savoir où sont passés les 31 millions de dollars décaissés auprès de la Snh sur ordre de Michel Meva’a M’Eboutou.

Où est l’avion présidentiel?
Depuis 1995, où l’idée de doter la République d’un avion présidentiel avait germé, les citoyens assistent toujours à l’humiliation d’un Chef d’Etat obligé de louer, a défaut de se squatter, un moyen de déplacement que confère ailleurs son statut de garant de notre souveraineté. Au point de penser après la sentence que certains qualifient de légère, eu égard au crime querellé et surtout à d’autres affaires de même nature, qu’il existe une entourloupe quelque part. Entre temps la thèse d’une épuration politique entretenue dans la presse demeure. Au point que des citoyens ont failli s’étriper pour la libération ou la condamnation de ces concitoyens tombés au banc de la république. En oubliant qu’en descendant dans la rue, même si l’agitation et la manipulation pourront amener à la libération de ces derniers, à supposer qu’ils soient par extraordinaire innocentés, il demeure attendu la réponse à la question que se pose encore. Depuis 10 ans. De façon lancinante et drue! Mais ou se trouve donc l’argent? Pendant le déroulement du procès, de même que dans l’opinion entretenue par une certaine presse à la solde et certains politiques aux abois, on a vu défiler une kyrielle de personnalités. Au tribunal comme sur les plateaux de radio et télévision locales ou étrangères, de même que dans la presse jusque dans le net. Des noms de destinations qu’aurait pris l’argent furent évoqués de même que les institutions bancaires usitées. On n’a toujours pas réussi à extirper l’homme ou la banque ou se trouve l’argent du contribuable si goulument détourné. Non, comme l’a reconnu Marafa lui-même dans une de ses récentes plaidoiries savamment distillées dans la presse, comment veut-on nous faire croire qu’autant de milliards sont partis en fumée sans qu’il y ait eu un moindre responsable, même moral. Fut-il un pyromane qui aujourd’hui s’empresse de crier au feu, dans ce pays où tous les responsables déchus invoquent un destin national pour expliquer leur nouveau sort. Qu’il s’appelle Michel Meva’a M’Eboutou qui a reçu l’ordre de trouver l’argent mais qui n’a pas attendu le même ordre pour faire décaisser autant de fonds équivalant à 120 hôpitaux de districts; que ce soit Yves Michel Fotso qui se révèle être notre Maddof national dans cette affaire qui pue la feymania; que ce fût le Général Benaé Mpecke où le Colonel Mitlassou, pauvres technocrates usités pour certifier de l’adéquation de l’avion avec la qualité de son passager illustre; Qu’ils s’appellent Assene Nkou, l’Al Capone qui maitrisaient grâce à Mmes Sandjong et kounda tous les méandres de la maffia corse; encore moins tous les autres Inoni Ephraïm et Marafa Hamidou Yaya maîtres d’ouvrage de cette construction dont l’échec qui a failli coûter la vie à la famille de Paul Biya… Personne, même pas Otele Essomba dont pourtant le rôle a été reconnu à sa juste valeur dans la recherche de la vérité, n’a pu nous rassurer sur la destination de l’argent, ou sur le sort réservé à l’aéronef présidentiel, confié à GIA.

Seigneur, où est finalement l’avion?
A qui veut-on faire croire, que du fait des luttes d’hégémonie politique comme savent les fabriquer les fins de règne, les camerounais qui pourtant ne se complaisent pas à leur misérable sort soient près à abandonner 31 millions de dollars sans coup férir. Alors que Marafa qui a reçu l’ordre de Paul Biya, pour acheter «frauduleusement» un avion, a encore tout le loisir de demander à Yves Michel Fotso des comptes quant à l’utilisation de cet argent. Si l’avion n’existe que dans nos subconscients de batards psychologues, si l’argent a été sorti des caisses de la Snh, a qui doit-on finalement demander de nous situer exactement sur l’endroit où se trouve caché notre argent. Par exemple:

-A GIA qui a été mis en faillite au lendemain de la sortie des fonds?

-A Fotso qui a convoyé les mallettes vers des destinations nébuleuses?

-A Meva’a M’Eboutou qui au lieu de faire les lettres de crédits comme l’avait demandé Marafa, a plutôt préféré le cash?

-A Adolphe Fridolin Moudiki Elame qui a puisé dans les caisses du pétrole en exécution d’un ordre de son ministre des finances?

Aux responsables de la Cbc qui devaient passer des nuits blanches à compter, puis à faire le bon partage de la pluie de milliards sous «la pression» de leur boss?

-A Inoni Ephraïm, si proche de Paul Biya qui en a fait son principal confident au gouvernement en plus de son poste de Pca de Apm?

-A Gérôme Mendounga, notre représentant au pays de Boeing qui n’a pas dit qu’il a vu l’avion et ou l’argent?

-Peut être à Marafa Hamidou Yaya et Atangana Mebara dont les rôles pivots au plan administratif permettaient d’appliquer le principe de «qui peut le plus peut le moins».

-Ou alors, pourquoi pas à Paul Biya, victime expiratoire d’une cabale politique qui a coûté la vie à des milliers de ses compatriotes du fait de la honte, de l’opprobre et de la misère ambiante.

-Enfin, à l’Etat, donc à chacun d’entre nous qui constituons un peuple qui ne sait pas faire foule, devant tant de holdup, d’incuries managériales du fait d’un système qui laisser prospérer des monstres qui nous narguent.

Non. Mille fois non! Il faut que l’Etat fasse appel à cette décision. Il faut que le tribunal écoute bien Marafa et Cie, maintenant qu’ils ont convenu de se pourvoir. Afin qu’un jour on réponde à la double question:
Où est l’argent, où est l’avion?

A moins que ces acteurs, non moins importants de cette cabale financière, ne nous confortent sur l’inutilité des démarches qui ont cours, ou sur ceux qui pensent qu’on aurait dus les condamner, à vie. Comme les autres. Il demeure constant que les négociations qui ont cours à Maroua, Garoua ou Foumban, les marches qui ont eu lieu à Douala, Bandjoun, Yaoundé ou Garoua pour la libération de Marafa ou Fotso, n’apportent pas la réponse à notre questionnement. Certes il se dit que Fostso aurait proposé de rembourser 14 milliards et offrir un avion neuf à cet effet. Cela est d’ailleurs à encourager, puisque ce fut un homme d’affaire prospère dont le tort est d’avoir plongé la main dans les fonds publics. Mais est-ce le cas pour Marafa, Mendounga, Inoni et ces autres agents publics qui ont reçu de l’argent public, pour acheter l’avion du Président. En attendant de savoir qui va payer un 3e avion pour le 3e Président de notre pays, qui sera peut être Marafa, kamto, Sadi, Bello Bouba, Fru Ndi, Kah Walla, vous et moi pourquoi pas, le syndrome de l’avion du prédécesseur devenu un drame demeure.

Et pourtant il aurait suffit, au tribunal, dans la presse ou dans la rue comme cela semble être le cas, au-delà de l’excessive magnanimité d’un Paul Biya qui laisse ses collaborateurs lui prendre des dizaines de milliards pour un avion fantôme, que chacun nous dise où est l’argent. A défaut, où est l’avion? Simplement!

François Bikoro, journaliste



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