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Canada: compte à rebours vers une légalisation historique du cannabis

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A partir de mercredi, les Canadiens pourront acheter et consommer du cannabis en toute légalité: une réforme sans précédent pour un pays occidental, qui soulève encore de nombreuses questions et inquiétudes.

A la veille de la légalisation, le Premier ministre Justin Trudeau a justifié à nouveau la concrétisation de cette promesse phare de sa campagne électorale de 2015.

« On n’est pas en train de contrôler le cannabis parce qu’on pense que c’est bon pour la santé. Au contraire, on est en train de contrôler le cannabis parce qu’on sait que ce n’est pas bon pour nos enfants », a-t-il dit en arrivant au Parlement.

A compter de mercredi, il sera donc permis aux Canadiens de 18 ans et plus –mais 19 ans dans la plupart des provinces– d’en cultiver, posséder et consommer à des fins récréatives, une première dans un pays occidental, cinq ans après l’Uruguay, pionnier en la matière.

Mais dès minuit dans la nuit de mardi à mercredi, les adeptes de cannabis de Saint-Jean-de-Terre-Neuve (côte Est) pourront en acheter dans le premier magasin à ouvrir ses portes au Canada.

« J’offrirai beaucoup plus de variétés que les trafiquants du marché noir, donc vous aurez plus de choix à mon magasin. Les prix seront très semblables », a assuré le propriétaire de la boutique THC Distribution, Thomas H. Clarke, sur la chaîne CBC.

Situation tout autre au Manitoba et en Nouvelle-Ecosse, où les propriétaires de boutiques spécialisées anticipent une pénurie de certains produits dans les premiers jours suivant la légalisation, alors que l’un de ses buts est d’assécher le marché illégal.

– Naviguer en « eaux inconnues » –

Or ce dernier ne disparaîtra pas comme par magie du jour au lendemain, prédit l’institut économique C. D. Howe, car le gouvernement fédéral n’a octroyé de licences de production que pour combler environ 30 à 60% de la demande dans la première année.

Les Canadiens ont consommé 773 tonnes de cannabis en 2017. Mais Bill Blair, ancien chef de police de Toronto, maintenant ministre chargé de la Réduction du crime organisé, reste optimiste et croit pouvoir ravir 25% du marché noir d’ici la fin de l’année et environ la moitié d’ici un an.

« De nombreuses personnes pensent que la légalisation est un événement, mais c’est un processus », explique-t-il à l’AFP.

« Pendant près d’un siècle, les groupes criminels contrôlaient entièrement le marché, 100% de sa production et de sa distribution et ils en ont tiré des bénéfices de plusieurs milliards de dollars chaque année », rappelle-t-il. « Je soupçonne qu’ils ne vont pas disparaître tranquillement du jour au lendemain ».

Eradiquer le marché noir prendra au moins quatre ans, estime le ministère de la Justice.

Et tout dépendra des prix de vente, qui devront concurrencer le plus possible ceux du marché illicite, où le gramme se vend en moyenne 6,79 dollars canadiens (4,53 euros), selon une enquête de l’institut Statistique Canada.

Mais le crime organisé s’ajuste, abaissant ses prix depuis quelques semaines, ce qui a amené la Société québécoise du cannabis, monopole public, à revoir à la baisse les siens. Elle proposera du cannabis à partir de 5,29 dollars le gramme, taxes comprises, de façon à couper l’herbe sous le pied aux trafiquants.

« Il n’y a pas de doute que les Canadiens naviguent en eaux inconnues », a reconnu lundi Brian Palmer, président de l’Association canadienne des policiers, tout en assurant que la police était prête à faire face à la légalisation et à la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis.

L’opposition à Justin Trudeau n’en démord pas cependant et reproche au Premier ministre d’avoir précipité la marche vers la légalisation du cannabis, prenant de court villes, policiers et médecins, qui « n’ont pas eu le temps nécessaire » de se préparer, a déploré le député conservateur Alain Rayes.

Une majorité de Canadiens soutiennent ou acceptent la légalisation du cannabis, selon un sondage Abacus lundi auprès de 3.000 personnes.

Le président d’Abacus, Dave Colletto, juge néanmoins que la légalisation représente un « vrai risque » pour Justin Trudeau à un an des législatives fédérales, son gouvernement risquant d’être blâmé pour tout dérapage pouvant survenir en cours de route.

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