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Carnet de voyage d’un camerounais aux Etats-unis: Washington DC, un an après l’élection de Barack Obama

La capitale fédérale reste un carré dont les lignes ne bougeront pas de sitôt. Malgré les bonnes intentions et le discours de rupture

Conception W. Thomas et son époux n’ont pas quitté le site de fortune qu’ils occupent depuis 1981 devant la Maison Blanche. La vieille espagnole continue de protester et de sensibiliser contre les armes nucléaires. Les Obama, célèbres locataires de la Maison Blanche et non moins voisins de Conception W. Thomas, se sont vraisemblablement accoutumés à la présence de cette manifestante au discours dérangeant. La vie continuerait donc imperturbablement son cours normal dans la capitale fédérale américaine. A l’observation, il en faudra encore beaucoup à Barack Hussein Obama, pour faire bouger le mammouth de 173 kilomètres carrés, dessiné il y a deux siècles par l’architecte français Roger l’Enfant.

De fait, le caractère essentiellement administratif et bureaucratique de Washington District Columbia ne prédispose pas à des changements perceptibles à l’immédiat. D’autant plus que la tradition architecturale séculaire et la vision des Pères fondateurs de la nation américaine dominent toujours cette cité d’environ 600.000 habitants. En effet, la croix de la démocratie – au sens égyptien du terme – reste le modèle inspirateur des politiques américains. Le Capitole (avec son sénat et sa chambre des Représentants) est la tête de cette croix. C’est aussi le centre géographique de Washington, District Columbia. Coiffé de son célèbre dôme que supplante la Statue de la Liberté, le Capitole est le c ur du pouvoir aux Etats- Unis. Tout s’y décide. A l’aile gauche de la croix trône la Maison Blanche. C’est le siège du pouvoir exécutif. Les mémoriaux Jefferson (à droite), Washington encore connu sous l’appellation Obélix (au milieu) et Abraham Lincoln (au pied) constituent les autres parties de la croix de la démocratie américaine.

Thierry Ndong devant la maison blanche
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Aux grands hommes, la nation reconnaissante
Ces trois mémoriaux sont la parfaite illustration de l’attachement des américains à leur histoire. Georges Washington est le père bien adulé de l’indépendance des Etats- Unis. A la tête d’une armée sans étoffe – d’aucuns parleraient de milice -, il aura réussi à avoir raison des Anglais vers 1783. Il refuse pourtant de prendre les rennes du pays nouvellement émancipé du joug anglais. Il préfère démissionner de la tête de l’armée. Il s’en retourne dans sa ferme pour se consacrer aux activités agricoles. Elu président des Etats – Unis six années plus tard, il démissionne au terme de son deuxième mandat, optant pour la philosophie de la « Grande expérience », qui détermine la participation du citoyen à la vie publique. Abraham Lincoln, de son côté, est le père de l’abolition de l’esclavage. Il est aussi le président qui est venu à bout de la guerre civile aux Etats-Unis. Sa géante statue blanche, construite entre 1915 et 1922, est une grande reconnaissance de la nation. Elle se veut en outre l’hommage aux 615.000 morts de la guerre de sécession. La population américaine pendant la guerre 1861- 1865 s’évaluait à 13.000.000 habitants. Et selon des témoignages avisés, les séquelles de cette guerre sont encore perceptibles dans le quotidien des américains. Les blessures de la guerre du Vietnam (1959 – 1975) ne sont pas totalement cicatrisées. Au Mémorial des vétérans du Vietnam, vous découvrez la liste des décédés et des disparus sur un mur souterrain en marbre sombre. Aujourd’hui, avec beaucoup de recul, les américains parlent d’une guerre pour rien. Thomas Jefferson, en posant les bases d’un accès libre et gratuit à l’éducation pour tous, voulait pourtant éviter de telles erreurs. Mais, la vision des pères fondateurs a parfois souffert d’une interprétation ou d’une mise en uvre surannées.

Devoir de mémoire, devoir citoyen
Les musées restent également une institution dans la capitale fédérale. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les attentes. Ils sont les témoins privilégiés de l’évolution des Etats – Unis depuis près de trois siècles d’existence. Tous les domaines y passent: médias, politique, économie, etc. Les bibliothèques et les archives se découvrent également sans sourciller. A Washington, vous avez la possibilité de visiter la plus grande bibliothèque du monde, située à l’arrière du Capitole. Elle appartient au parlement fédéral américain; c’est le socle de la rédaction de tous les textes législatifs votés au Capitole depuis des siècles.

Statues des vétérans du Vietnam
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La capitale fédérale américaine propose par ailleurs d’autres charmes, à découvrir par la marche à pied. Il y a notamment ses quartiers célèbres. Adams Morgan est réputé pour le divertissement nocturne. L’Anacostia, quant à lui, conserve son architecture ouvrière de la fin du 19è siècle. Brookland, surnommé Little Rome, au nord – Est de la capitale fédérale, contient la plus large concentration d’institutions catholiques (plus de soixante) après le Vatican. Capitol Hill détient la plus importante communauté historique résidentielle de la ville. China Town, quartier chinois, frappe par ses enseignes colorées et ses restaurants asiatiques animés. Georgetown, autrefois port colonial florissant, est désormais une communauté historique florissante. Dupont Circle, jadis quartier chic de Washington, est aujourd’hui une plate-forme cosmopolite. Le quartier des ambassades, juste à côté de Dupont Circle, est l’adresse des 150 représentations diplomatiques et ambassades accréditées à Washington DC. La liste n’est pas exhaustive.
Barack Obama et l’Afrique.

Selon un sondage réalisé récemment au profit du Département d’Etat, la perception des américains sur l’Afrique n’a pas changé, une année après l’arrivée de M. Barack Obama à la Maison Blanche. En effet, pour beaucoup d’américains, l’Afrique reste le continent des conflits, de la famine et de la pauvreté. L’Afrique sera -t- elle par conséquent une priorité de la politique étrangère américaine ? Steve Mc Donald, directeur du Programme de conseil pour l’Afrique, répond par la négative. Il convoque des réalités objectives liées à l’environnement international: la crise financière internationale ; la complexité des situations au Moyen Orient et en Afghanistan ; la montée en puissance de la Chine, etc.

Qu’à cela ne tienne, reconnaît Steve Mc Donald, le ton et la nature de la relation (entre les Etats -Unis d’Amérique et l’Afrique) ont changé. En moins d’une année, le continent africain a reçu deux visites importantes : le Président Obama et la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton. Bien plus, deux émissaires spéciaux de l’administration fédérale sont en poste dans les Grands Lacs et la Corne de l’Afrique. La nouvelle administration s’est par ailleurs entourée d’une équipe connaissant bien l’Afrique. Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, en est l’exemple le mieux parlant. Une belle opportunité pour réinventer la relation Afrique / Etats-Unis, en espérant que cela impactera à moyen terme sur l’augmentation des ressources destinées au continent.

la manifestante contre les armes nucléaires devant la Maison Blanche
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Les préoccupations de l’heure aux Etats- Unis
Les grands défis de l’heure ne laissent pas Washington DC dans l’indifférence. Le gouvernement fédéral est de plus en plus sensible à la sécurité et à l’avenir de la planète. Les Etats – Unis viennent notamment de signer le Traité de non prolifération des armes nucléaires. La ratification imminente dudit traité est annoncée au niveau du Sénat américain. L’objectif avoué est la limitation de la circulation de l’arme nucléaire. Le réchauffement croissant de la planète fait désormais partie des discussions amorcées dans le cadre des échanges bilatéral et multilatéral. Le G20 va-t-il remplacer le G8 dans la prise des grandes décisions du monde ? Les Etats-Unis suivent avec beaucoup d’attention l’évolution de la nouvelle donne. Philip J. Crowley, Secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires publiques au Département d’Etat, confesse que la diplomatie mondiale traverse une période transitoire. La problématique aujourd’hui dans les relations internationales : trouver la bonne combinaison des institutions pouvant cibler et relever les défis qui interpellent l’humanité.

En politique intérieure, les bouleversements intervenus dans la presse – avec l’arrivée des nouveaux médias – sont suivis avec un très grand d’intérêt. Ce qui pose, entre autres, le problème de la rentabilisation des médias traditionnels. Que faire ? Les professionnels de la presse aux Etats – Unis sont sans voix. L’on en est encore à la recherche de modèles viables. En attendant, Washington DC ronge son frein. Son lobbying et son plaidoyer, en vue de devenir un Etat fédéré à part entière, n’ont toujours pas abouti. Ses délégués au Congrès gardent encore le statut d’observateur sans droit de vote. Ainsi va la capitale fédérale américaine, dont on ne saurait oublier de remonter sa réputée avenue (Pennsylvanie Avenue), en cette veille d’anniversaire de l’élection de Barack Obama à la tête du pays le plus puissant au monde.

Le Capitole
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