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Catastrophe d’Eseka: le chauffeur du train placé en garde en vue

Il pourrait être poursuivi pour homicide involontaire, au terme de l’enquête judiciare dont il est la cible

Le chauffeur du train 152, dont le déraillement a ôté la vie à près de 80 personnes et fait plus de 600 blessés, est aux mains des gendarmes depuis le 22 octobre 2016 pour exploitation. Il est visé par une enquête judiciaire qui permettra d’analyser toutes ses man uvres, depuis le départ du train à la gare de Yaoundé jusqu’à l’accident dans le département du Nyon-Ekelle. De source sécuritaire, cet employé de la Camrail bénéficie d’une garde à vue assouplie parce qu’il se trouve dans un état psychologique fragile. Mais à priori, il sera poursuivi pour homicide involontaire.

La procédure judiciaire citée a été lancée mardi, 25 octobre 2016, elle est menée conjointement par la police judiciaire et par la gendarmerie camerounaise, sous la direction du procureur du tribunal d’Eseka et celle du procureur du tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé.

Deux autres enquêtes sont également en cours au Cameroun. Elles devraient permettre d’élucider les circonstances du drame survenu le 21 octobre en début d’après-midi et d’établir les responsabilités.

Une enquête d’Etat
Dès son retour au pays, le président camerounais Paul Biya avait ordonné la création d’une commission d’enquête. Celle-ci est dirigée par le Premier ministre, Philémon Yang, et compte plusieurs membres du gouvernement, comme le ministre de la Justice ou celui de l’Administration territoriale, et plusieurs responsables de la sûreté nationale.

Une enquête interne menée par Bolloré Africa Railways
Les premiers éléments de cette enquête soulignent que le train roulait trop vite, confirmant les témoignages des rescapés. Le président de Bolloré Africa Railways, Eric Melet, a précisé que beaucoup de facteurs pouvaient avoir joué un rôle dans le déraillement, mais que la vitesse était «anormalement élevée».

Le président de l’entreprise, exploitant du chemin de fer au Cameroun, ajoute que le train était effectivement chargé. Et pour cause : la route entre Yaoundé et Douala était coupée en raison de fortes pluies, obligeant les voyageurs à prendre le train. Il précise en revanche que le train était « dans la capacité des wagons autorisés ». Il en comptait 17, c’est-à-dire huit de plus que ce qui était prévu au départ. Beaucoup de rescapés affirment que ces voitures étaient surchargées et que de très nombreux passagers voyageaient debout. Un jeune homme a raconté à RFI qu’il se trouvait avec plus de dix personnes dans le petit espace qui se trouve entre deux voitures.

Des rumeurs très persistantes assurent que les wagons ajoutés au train en dernière minute ne disposaient pas d’un système de freinage efficace. Un responsable de Camrail a expliqué à RFI que le train était composé de deux types de voitures : des wagons achetés à une entreprise chinoise il y a un peu plus de deux ans et qui circulent sans problème depuis cette date ; ainsi que des voitures plus anciennes, se trouvant en queue de train où les places sont moins chères. Celles-ci sont issues d’anciens trains-couchettes et, selon un technicien de l’entreprise, elles datent des années 1980.

L’enquête devra confirmer ces informations et établir si les wagons ajoutés étaient eux aussi en bon état.

Des rescapés du train, vendredi 21 octobre 2016, à Eseka.
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