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Catherine Ahonkoba, conteuse professionnelle d’origine togolaise et camerounaise

Elle nous plonge dans son univers. Interview.

Le 30 juillet dernier, vous avez présenté un spectacle de conte intitulé « jèki la Nyambe ». Parlez-nous-en
Djeki la Nyambé est une épopée des peuples du littoral du Cameroun. Djéki, fils de Nyambé est le héros de ce récit qui raconte les exploits de cet enfant prédestiné aux pouvoirs surnaturels. Confronté à la rivalité de son père Djéki doit vaincre les forces maléfiques. C’est une épopée à structure dynamique très chantée.

Comment le public a t’il réagi?
Le public a été très réceptif, il a montré un intérêt considérable pour cette épopée qui véhicule des valeurs et les traditions très différentes de celles d’ici. Preuve de l’universalité des récits traditionnels qui trouvent écho en chaque humain.

qui est votre public? Blancs, noirs, jeunes, vieux…
Le conte pris dans le sens large est pour tous les publics mais tous les récits ne sont pas faits pour toutes les oreilles. Selon le public visé, il va falloir faire un choix ; thème, complexité, centre d’intérêt et aussi la manière de raconter.

Quel est le public de l’épopée Djeki la Nyambé
Pour l’épopée Jèki, c’est à partir de 10 ans qu’on peut comprendre l’histoire.

L’avez-vous présenté dans d’autres pays que la France ?
Je l’ai présenté en Belgique aussi.

Comment devient-on conteuse professionnelle ?
Il me semble qu’on naît conteur ou conteuse. Aimer les histoires, aimer en raconter et même en créer. On dit « professionnel » le conteur ou la conteuse qui tire de son activité de conteur un salaire suffisant pour payer ses factures. Je ne pense pas que ce conteur ou cette conteuse soit plus professionnel qu’un autre. Je préfèrerais me définir comme conteuse à temps plein C’est un véritable engagement en temps et en énergie qui m’habite en permanence.

Qui est Catherine Ahonkoba ?
Je suis une métisse de deux cultures que je revendique. Les deux sont africaines (douala et bamoun au Cameroun et anécho au Togo). Ça fait longtemps que je vis en France, il y’a forcément un peu de ce pays dans ma culture. Mais les contes sont un retour vers mon enfance. Dans les contes que je présente, je travaille afin que le public occidental et africain comprenne sans que je n’aie à traduire.

Vos origines ont-elles une influence sur le métier que vous avez choisi?
Assurément oui, surtout mon enfance. Je n’aurais certainement pas fait ce métier si mon enfance n’avait pas été nourrie par les contes traditionnels de ma grand-mère, les récits que racontait mon père et ceux cueillis ici et là dans des circonstances diverses. Les récits traditionnels véhiculent les valeurs profondes d’une culture. Je me suis amusée très jeune à comparer les contes de provenances diverses et avec la diversité culturelle du Cameroun, j’étais plutôt gâtée. La parole a une valeur sacrée en Afrique. J’avais l’écrit à l’école et l’oral dans la vraie vie, ça m’allait bien comme ça. Quand j’ai quitté le Cameroun et je suis arrivée en France, la place de la vraie vie s’est considérablement réduite et pour me consoler de cela, quand j’avais la nostalgie de la vraie vie, je me racontais des histoires que j’avais ramenées en moi. Je me racontais ces histoires oralement, en privée, sans témoins et comme j’étais privée de nouvelles histoires, je m’en créais. J’aimais ça. J’avais bien appris ma leçon scolaire l’écrit ça a du poids, c’est sérieux. Et l’oral alors? Ma vraie vie était orale, légère, elle s’est mise à donner de la voix, elle pétillait en moi.C’était ma culture, j’ai choisi de la partager, de vivre. Les histoires, j’adore ça. C’est sérieux, c’est léger, C’est la vie, la vraie vie.

Le Cameroun, vous y retournez souvent?
Je voudrais retourner au Cameroun plus souvent que je ne le fais, aller dans les petits villages et écouter des histoires. Ce qui me manque aujourd’hui au Cameroun est la racontée des histoires aux enfants, il est rare dans les villes aujourd’hui de voir les enfants autour de leurs grands-parents écouter les histoires. La télé a remplacé les grands-parents, C’est dommage ! Les programmes destinés aux enfants sont souvent issus de cultures occidentales, il en faut pour comparer mais nous devons veiller à ce que nos enfants soient nourris de leur culture et si la télé est incontournable, introduisons nos cultures dans les programmes télé destinés à nos enfants.

Qu’est ce qui vous manque du Cameroun ?
Le Cameroun que j’aime et qui me manque, c’est celui qui me permet de passer d’une culture à l’autre à chaque pas. Le Cameroun que j’aime et qui me manque, c’est celui qui me permet de discuter entre amis et de changer de langues à chaque phrase sans que personne ne s’en rende compte. Le Cameroun que j’aime et qui me manque, c’est celui de discussion et de commentaires passionnés pour le seul plaisir de l’argumentation. Le Cameroun que j’aime et qui me manque, c’est celui des diversités et de la tolérance.

Des projets pour le Cameroun
J’ai envie de collecter les contes de toutes les régions du pays. Comme ils ne se racontent plus, ils se perdent. Même ceux qui les racontent au Cameroun déplorent de ne plus avoir les occasions de les raconter.

Catherine Ahonkoba
Journalducameroun.com)/n
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