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Ce qu’il me semble utile de dire aux Burkinabè.

Par Guy Samuel Nyoumsi, Vice-président du Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN)

Le rêve révolutionnaire burkinabè . toujours vivant

Le Burkina Faso vient de connaĂ®tre des Ă©lections prĂ©sidentielles dont le caractère exemplaire mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ©. Ces Ă©lections tĂ©moignent s’il en Ă©tait besoin, de la maturitĂ© et du patriotisme du peuple Burkinabè longtemps sevrĂ© de la veine dĂ©mocratique impulsĂ©e par l’idĂ©ologie rĂ©volutionnaire prĂ´nĂ©e par Thomas Sankara.

Pendant vingt-sept ans, avec l’aval et le consentement de la France qui, comme cela est de coutume, drainait dans son sillage quelques pays francophones d’Afrique de l’Ouest et de manière opportune, la Lybie de Mouammar Kadhafi, le PrĂ©sident du Faso, issu du coup d’Ă©tat du 15 Octobre 1987, M. Blaise CompaorĂ© a tentĂ© d’imposer un nouveau paysage politique au peuple Burkinabè.

Tant bien que mal, il s’est employĂ©, du moins artificiellement, Ă  dĂ©construire la mĂ©moire de Thomas Sankara dont la figure emblĂ©matique Ă©tait le modèle Ă  suivre pour une large frange de la jeunesse africaine subsaharienne.

C’est au demeurant ce qui justifie vingt-sept ans plus tĂ´t, que de nombreux africains de tous bords aient vĂ©cu dans la douleur, l’Ă©moi et l’exaspĂ©ration, l’annonce le 15 Octobre 1987, de l’assassinat du PrĂ©sident du Faso, le capitaine Thomas Sankara.

« Les hĂ©ros ne meurent jamais » affirme-t-on parfois de manière dilettante, sans trop y croire ; tant l’actualitĂ© envahissante, pressante et fugace concourt Ă  l’anesthĂ©sie de la pensĂ©e et Ă  la dĂ©rision de toute action. Toutefois, l’oppression fulgurante des mĂ©dias en imposant l’instant, est-elle parvenue Ă  tuer « le temps du souvenir » ?

Le souvenir du crime odieux perpĂ©trĂ© il y a vingt-sept ans brisait de facto le rĂŞve d’une gĂ©nĂ©ration croissante d’africains Ă©pris de libertĂ© et acquis Ă  l’idĂ©e que de nouveaux horizons Ă©taient possibles. L’assassinat de l’icĂ´ne de la rĂ©volution dĂ©mocratique burkinabè hante vingt-sept ans après l’esprit, la mĂ©moire et l’imaginaire tant de ceux qui ont connu le capitaine PrĂ©sident du Faso, que de ceux qui ont dĂ©couvert la pertinence de son idĂ©ologie, la clartĂ© de sa vision et la noblesse de ses visĂ©es rĂ©volutionnaires.

Le jeune capitaine, PrĂ©sident du Faso, Thomas Sankara nourrissait un grand dessein pour l’Afrique et le Burkina Faso lui servait de « Laboratoire d’expĂ©rimentation ». Peut-on lui reprocher l’impĂ©tuositĂ© de la Jeunesse ? Admettons-le. Reconnaissons-lui cependant, une manière de gĂ©nĂ©rositĂ© dans l’effort, un courage hors norme, une sagacitĂ© qui avait pour socle « la pensĂ©e et l’action rĂ©volutionnaires ». Sa capacitĂ© de mobilisation des forces vives du Faso, lorsque venait le moment de passer des concepts Ă  leur application, rĂ©sidait dans une dĂ©marche unique et probablement inĂ©galĂ©e d’autocrĂ©dibilisation du discours rĂ©volutionnaire, dĂ©mocratique et populaire, mis Ă  la portĂ©e du plus grand nombre, grâce Ă  son Ă©tincelante clartĂ© pĂ©dagogique.

Saint-ExupĂ©ry ne relevait-il pas fort Ă  propos : « La vĂ©ritĂ© c’est ce qui simplifie ». LĂ  est, nous semble-t-il, la clĂ© qui ouvrait au capitaine, PrĂ©sident du Faso, la porte des c urs de ses concitoyens Burkinabès et bien au-delĂ , faisait sauter les verrous arrimĂ©s aux « chaĂ®nes de l’esclavage mental et comportemental » auquel l’Occident continue de soumettre les pays africains.

Comme partout en Afrique oĂą l’ordre colonial est indexĂ©, dĂ©noncĂ©, secouĂ© « aux fondations » ou Ă©branlĂ© « aux fondements », des forces tapies Ă  l’ombre se lèvent au mieux pour dĂ©clarer « la guerre aux mouvances nationalistes et patriotiques », au pire, pour participer activement Ă  leur « mise Ă  mort ». Les mĂ©tamorphoses subtiles du « Code noir » dont l’esclavage et la traite nĂ©grière constituent les invariants mĂ©taphoriques, se sont affinĂ©s au fil des siècles Ă  travers la colonisation, le nĂ©ocolonialisme, les Ă©conomies de rentes africaines, les pseudo-dĂ©mocraties, « le tonneau des danaĂŻdes » de la dette des pays africains, les simulacres de l’aide au dĂ©veloppement, l’Ă©pouvantail du syndrome sĂ©curitaire.

L’ordre, entendez « celui de la dĂ©faite », se devait d’ĂŞtre restaurĂ©. Il le fut le 15 octobre 1987, par l’assassinat de Thomas Sankara.

Est-il, pour autant, possible d’affirmer, de conjecturer ou de prĂ©juger aujourd’hui que le Peuple Burkinabè ne s’est pas appropriĂ© les enseignements rĂ©volutionnaires tout comme la vision de son leader ?

Au cours des annĂ©es 2014, 2015 et en ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, les Burkinabès n’ont-il pas su apporter la preuve qu’au « pays des Hommes intègres », il existe un creuset de valeurs morales, civiles et patriotiques auxquelles il reste viscĂ©ralement attachĂ© ?

Certes, vingt-sept ans durant, les Burkinabès se sont complu ou rĂ©signĂ© Ă  la « Rectification de la RĂ©volution (DĂ©mocratique et Populaire) sous l’Ă©gide du PrĂ©sident du Faso, M. Blaise CompaorĂ© dont il convient de rappeler qu’il fut le frère d’armes et compagnon de lutte de premier rang du « Cercle restreint » du capitaine Thomas Sankara. Vingt-sept ans au cours desquels, troquant l’uniforme de l’armĂ©e pour le costume occidental, le PrĂ©sident du Faso, issu du coup d’Ă©tat du 15 octobre 1987, M. Blaise CompaorĂ©, encouragĂ© et soutenu par les institutions internationales, Ă©peronnĂ© par la France, adoubĂ© par quelques-uns de ses Pairs Ouest-africains, s’est ingĂ©niĂ© Ă  implĂ©menter un « nouveau paysage politique » tout en s’efforçant « d’aseptiser le discours rĂ©volutionnaire de Thomas Sankara ».

La tâche ardue de déconstruction de la mémoire de son prédécesseur à la Présidence du Faso a-t-elle été conduite à son terme ?

Rien n’est moins sĂ»r. Car, vingt-sept ans ont paradoxalement contribuĂ© Ă  densifier l’intĂ©rĂŞt accordĂ© Ă  la disparition brutale d’une figure rĂ©volutionnaire dont la popularitĂ© au sein de la jeunesse du continent inquiĂ©tait les dirigeants des pays voisins, horripilait les thurifĂ©raires de « la françafrique » qui veillent Ă  ce que les rĂ©gimes africains demeurent sous « coupe rĂ©glĂ©e ».

Devenu incontournable mais surtout incontrĂ´lable du fait d’une popularitĂ© assise sur l’analyse politique lucide de la situation internationale, le jeune capitaine, PrĂ©sident du Faso jusqu’au 15 Octobre 1987, date fatidique de son assassinat, demeure par sa probitĂ©, son intĂ©gritĂ© et sa clairvoyance un legs politique dont la dimension sacrificielle accroĂ®t au fil des ans l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© que les Burkinabès soient Ă©clairĂ©s sur les circonstances de la mort de leur Leader.

L’une des constantes anthropologiques, culturelles et mĂŞme cultuelles veut qu’en Afrique, lorsque disparaĂ®t un de ses fils, notamment des plus dignes, l’Ă©clairage sur les causes vĂ©ritables de « son dĂ©part » se doit d’ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ© afin que nul n’en ignore et que rassĂ©rĂ©nĂ©es, les familles puissent faire le deuil. Dans le cas d’espèce, le capitaine, PrĂ©sident du Faso, Thomas Sankara est un digne fils du Burkina Faso, que la vision africaine considère comme sa famille. Son assassinat est en ce sens un fratricide en ce qu’il a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© par « ses frères ». Au sein de la quinzaine de personnes qui constituaient « le commando » ayant assiĂ©gĂ© le Pavillon « Haute-Volta » du Conseil de l’Entente oĂą se tenait une fois par semaine, le SecrĂ©tariat de la PrĂ©sidence du Conseil National de la RĂ©volution (CNR), se trouvaient indubitablement des Burkinabès. De nombreux tĂ©moignages recoupĂ©s le confirment.

Pendant vingt-sept ans, le cauchemar de « la classe politique post-Sankara » aura Ă©tĂ© « l’ormeta » imposĂ©e aux revendications visant que la lumière soit faite sur l’assassinat de leur Leader.

Or, bien que dĂ©clinĂ©e au prĂ©sent, l’actualitĂ© Ă©pouse d’une certaine manière l’histoire en ce qu’elle parvient quelques fois Ă  scĂ©nariser le passĂ© pour ramener au « goĂ»t du jour » les Ă©vènements que l’on a maintenu « sous la chape de plomb du silence ».

La germination sous le boisseau de la révolution démocratique et populaire burkinabè

Le soulèvement populaire qui a contraint le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© Ă  dĂ©missionner et Ă  s’astreindre Ă  l’exil, a dans le mĂŞme temps rappeler au souvenir du Peuple Burkinabè, sinon l’urgence, du moins la nĂ©cessitĂ© que ceux qui ont Ă´tĂ© la vie au capitaine Thomas Sankara, alors PrĂ©sident du Faso, soient jugĂ©s et rĂ©pondent de leur forfait comme de l’exĂ©cution de la douzaine de personnes dont Boubakari KaborĂ© dit « le lion du Burkiemde » affirme, dans une interview-accordĂ©e Ă  « Courrier confidentiel » au lendemain de la marche de Juin 2014 contre la crĂ©ation du SĂ©nat : « Je sais que ce sont les prisonniers de la Maco qu’ils ont envoyĂ©s enterrer Sankara et les douze autres personnes tuĂ©es. Les enterrements ont eu lieu de 21h Ă  l’aube. Ce n’est pas facile de creuser treize tombes ».

Les Ă©vènements troublants qui ont Ă©branlĂ© la fin de la transition Burkinabè, notamment le coup d’Etat du rĂ©giment de la sĂ©curitĂ© prĂ©sidentielle, corps d’Ă©lite au Burkina-Faso et garde prĂ©torienne de M. Blaise CompaorĂ©, sont autant d’exactions ayant prescrit aux Burkinabès « le devoir de rĂ©volte ». Le potentiel insurrectionnel du peuple Burkinabè s’est une nouvelle fois manifestĂ© Ă  l’encontre « des fauteurs de trouble » et autres « nostalgiques de l’ère CompaorĂ© ».

Le peuple est descendu, les mains nues dans la rue pour exprimer sa dĂ©sapprobation et rĂ©clamer de vive voix le rĂ©tablissement de la transition qui avait en charge, l’organisation des Ă©lections libres et dĂ©mocratiques au Burkina Faso. Avec bravoure et patriotisme, les Burkinabès ont dĂ©montrĂ© aux yeux du monde leur attachement Ă  la lĂ©galitĂ© ainsi que leur ardente volontĂ© de changement. L’armĂ©e loyaliste est venue mettre un terme Ă  « l’imposture ».

La mĂ©diation sĂ©nĂ©galaise qui tentait de mĂ©nager « la chèvre et le chou » Ă  tort ou Ă  raison, a Ă©tĂ© conspuĂ©e. Elle a cependant permis de faire espĂ©rer au GĂ©nĂ©ral Gilbert DiendĂ©rĂ© et aux putschistes qu’ils seraient dĂ©barrassĂ©s de poursuites judiciaires, alors qu’Ă  l’occasion de leur « coup de force », ils ont attentĂ© Ă  la vie des manifestants semant Ă  nouveau la mort, l’effroi et la confusion. Une fois de plus, le Peuple Burkinabè a fait sienne l’apophthegme rĂ©volutionnaire Sankariste : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ».

Vingt-sept ans après la mort de Thomas Sankara, vingt-sept ans durant lesquels Blaise CompaorĂ© a prĂ©sidĂ© « d’une main de fer » aux destinĂ©es du Burkina Faso, vingt-sept ans au cours desquels les BurkinabĂ©s ont Ă©tĂ© muselĂ©s, bâillonnĂ©s, vingt-sept ans n’ont donc pas suffi Ă  effacer de la conscience collective BurkinabĂ©, la mĂ©moire de Thomas Sankara, encore moins Ă  anĂ©antir l’Ă©lan insurrectionnel du Peuple BurkinabĂ©.

« Le grain semĂ© de la rĂ©volution dĂ©mocratique et populaire a germĂ© sous le boisseau ». Le peuple a conservĂ© vingt-sept ans durant, sa fiertĂ© et sa dignitĂ© dans l’adversitĂ©. Il rend de ce fait, un hommage mĂ©ritĂ© Ă  la mĂ©moire de Thomas Sankara, pour lequel il rĂ©clame aujourd’hui que la lumière soit faite sur les circonstances de son assassinat ainsi que sur l’exĂ©cution de ceux des membres les plus influents qui ont cru sous le rĂ©gime de M. Blaise CompaorĂ© que la rĂ©volution allait continuer.

De lourdes prĂ©somptions de culpabilitĂ© pèsent sur l’ex-PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© ainsi que sur son Chef d’Etat-major particulier, Gilbert DiendĂ©rĂ©, dĂ©corĂ© de la lĂ©gion d’honneur en mai 2008 par le PrĂ©sident Français de lors, Nicolas Sarkozy.

Vingt-sept ans durant, les dirigeants du Burkina Faso ont rĂ©duit au silence toute vellĂ©itĂ© d’instruction d’un procès qui, Ă  bien des Ă©gards, eĂ»t pu dĂ©clencher la rĂ©surgence des ranc urs, des ressentiments voire, accabler M. Blaise CompaorĂ© et sa garde rapprochĂ©e d’une kyrielle de torts dont ils sont loin d’ĂŞtre exempts.

« Qui ne dit mot consent » a-t-on coutume en pareilles circonstances d’entendre. Le « mutisme assourdissant » adoptĂ© par la classe dirigeante BurkinabĂ© au sujet de l’assassinat de Thomas Sankara en dĂ©pit des pressions intĂ©rieures et extĂ©rieures rĂ©clamant justice, pourrait s’apparenter Ă  « un aveu de culpabilitĂ© ».

Maintenant que le Peuple Burkinabè s’est opposĂ© Ă  la rĂ©vision de la Constitution qui eut permis au PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© de candidater Ă  une nouvelle mandature prĂ©sidentielle ; maintenant qu’il a contraint ce dernier, par une mobilisation de grande envergure Ă  se dĂ©mettre de ses fonctions et Ă  se rĂ©soudre Ă  l’exil, maintenant qu’il s’est refusĂ© Ă  ce que des voix discordantes biaisent ou pervertissent « sa rĂ©volution », rattrapant le calendrier des Ă©lections lĂ©gislatives et prĂ©sidentielles auparavant mises en pĂ©ril ; voici venu le temps que justice soit rendue, afin que l’Histoire retienne et que le Peuple se souvienne.

Le devoir de mĂ©moire commande en effet, que la vĂ©ritĂ© Ă©claire d’un jour nouveau les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara, tout comme il prescrit que soit levĂ© un pan de voile sur l’histoire politique du Faso que l’un de ses prodigieux fils a tentĂ© d’Ă©crire en mĂŞme temps que « ses bourreaux » d’il y a vingt-sept ans.

Faut-il rappeler au souvenir la phrase sibylline prononcĂ©e par M. Blaise CompaorĂ©, vingt-sept ans plus tĂ´t, lorsque sa responsabilitĂ© sur l’assassinat de « son frère d’armes », Thomas Sankara, Ă©tait invoquĂ©e :

« C’Ă©tait lui ou moi » ?

Thomas Sankara ne voulait pas de la mort de « ceux de son cercle » qui se destinaient Ă  attenter Ă  sa vie. Le Capitaine Boukari Kabore, commandant du Bataillon d’Intervention AĂ©roportĂ© (BIA) de Koudougou, sous la rĂ©volution est formel. Il affirme en avoir discutĂ© avec le PrĂ©sident du Faso (PF) de son vivant. Thomas Sankara soutenait en substance ceci : « les termes sont clairs : si nous arrĂŞtions ceux qui voulaient rĂ©aliser le forfait, ce serait mal interprĂ©tĂ©. On dira que ce sont les leaders de la rĂ©volution eux-mĂŞmes qui sont en train de tuer la rĂ©volution. Ce serait vraiment un très mauvais exemple ». Il renchĂ©rissait, un peu pour montrer sa claire dĂ©termination Ă  l’opposĂ© de la phrase sibylline de son numĂ©ro deux, devenu prĂ©sident, après le violent assassinat du leader :

« Laisse-les nous tuer ; les gens parleront de nous demain ».

La falsification de l’ADN de l’Ă©mancipation des peuples africains : une prĂ©occupation constante de l’occident

A la question de savoir si Thomas Sankara se serait dĂ©barrassĂ© de M. Blaise CompaorĂ© au soir du 15 Octobre 1987 Ă  20 heures comme certaines thèses, y compris celle du dĂ©sormais ex-PrĂ©sident, l’ont laissĂ© penser pendant vingt-sept ans, la rĂ©ponse milite pour la nĂ©gative.

Non, il n’en avait ni l’intention, ni la conviction. Cependant, des zones d’ombre demeurent qui mĂ©ritent d’ĂŞtre dissipĂ©es.

Le peuple BurkinabĂ© dont le patriotisme, la vigilance et la maturitĂ© politique se sont rĂ©vĂ©lĂ©s au grand jour, a le devoir de se rĂ©concilier avec son histoire politique pour mieux se l’approprier et tracer la voie qu’arpenteront les peuples pour une Afrique qui grâce Ă  la vĂ©ritĂ© et la justice, sait aussi accorder son pardon Ă  ses fils.

Tel est en filigrane le point focal de ce qu’il me semble utile de dire aux Burkinabès.

ProcĂ©dons avec votre permission Ă  un exercice consistant Ă  remonter avec dĂ©licatesse et prudence, le cours de l’histoire, pour tenter d’esquisser, et peut-ĂŞtre dĂ©poussiĂ©rer ce qui, par bien des aspects, serait « la genèse du rĂŞve rĂ©volutionnaire brisĂ© de la jeunesse africaine ». Un rĂŞve portĂ© par un leader charismatique qui « dĂ©rangeait », « embarrassait » au point d’« excĂ©der » l’oligarchie gardienne des intĂ©rĂŞts oligopolistiques de la France en Afrique. Admettons pour cela une sĂ©rie d’hypothèses qui cristalliseraient l’idĂ©e que « la politique est d’une tragique cruautĂ© », qu’elle est dĂ©pourvue de la morale universelle dĂ©clamĂ©e par les âmes bien-pensantes du monde civilisĂ©, qu’elle pratique « l’assassinat politique » tout en stigmatisant au nom des droits de l’Homme, le crime politique, elle lĂ©gitime les criminels politiques sous le prĂ©texte qu’ils libèrent les peuples d’un pĂ©ril visible Ă  leurs seuls yeux.

Souvenons-nous pour cela que nos hypothèses pourraient relever d’un scĂ©nario de science-fiction, mais qu’elles ont leur ancrage dans le dessein tragique auquel l’occident destine l’Afrique. Elles se dĂ©clinent comme suit :

Si par une manière d’ironie dont seuls l’histoire et le destin dĂ©tiennent le secret, les Ă©vènements avaient Ă©tĂ© savamment orchestrĂ©s pour interrompre brutalement, tant la rĂ©volution prĂ´nĂ©e par Thomas Sankara que le cours de l’existence de tous les lieutenants de son cercle rapprochĂ©, et, qu’une partie de ce cercle avait conçu le dessein de « ne pas disparaĂ®tre au nom de la rĂ©volution » et Ă  ce titre, s’est chargĂ©e d’accomplir « la douloureuse et ingrate besogne » d’Ă´ter la vie Ă  « son leader en mĂŞme temps qu’Ă  celle de ses « lieutenants » les plus irascibles » ;

Si « cette douloureuse et ingrate tâche » avait Ă©tĂ© commanditĂ©e par ceux qui ne s’accommodaient plus des idĂ©es que claironnait sous la rĂ©volution, le jeune capitaine PrĂ©sident du Faso et que, poussĂ©e Ă  ses derniers retranchements, « cette partie dissidente du Cercle » ait Ă©tĂ© contrainte Ă  l’Ă©pineux choix, soit de mettre un terme Ă  l’effet d’entrainement que suscitait le discours vĂ©hĂ©ment de Thomas Sankara, lequel semait dans les sillons de la pensĂ©e et de l’action des peuples africains les graines de la colère, de la rĂ©volte et de l’Ă©mancipation, soit alors « crever » avec lui, en mĂŞme temps que son idĂ©ologie insurrectionnelle ;

Si les Institutions Financières Internationales avaient inélégamment été mises en index dans « la construction du discours sankariste » qui vouait aux gémonies les intérêts occidentaux généralement préservés par les Etats Africains, il est fort à envisager dans un tel contexte, que des voix de tous bords, outrancièrement remontées, se soient élevées pour exiger que soit exhumée la semence dont la germination au sein de la jeunesse africaine subsaharienne enracinait progressivement le discours idéologique du capitaine, Président du Faso.

S’il Ă©tait permis de supputer la rĂ©pĂ©tition de l’histoire, pour lĂ©gitimer les hypothèses Ă©mises plus haut. Lesquelles ont par le passĂ© prospĂ©rĂ©, sous l’incitation, l’action et l’appui des anciennes « puissances impĂ©rialistes » qui veillaient de ce fait, au maintien du « statut quo ante » et Ă  la permanence de la soumission de leurs anciennes colonies, auquel cas, il ne serait pas absurde d’admettre Ă  nouveau que « l’oligarchie occidentale qui tire les ficelles du monde » ait pu tout mettre en uvre, afin que « l’ADN de l’Ă©mancipation lĂ©gitime des peuples africains, soit contrariĂ©, contrefait, contredit, dĂ©fait Ă  travers la disparition d’une icĂ´ne de la jeunesse africaine ».

Et si ceux-lĂ  mĂŞmes qui n’ont aucun intĂ©rĂŞt Ă  ce que l’Afrique puisse « changer le logiciel de la dĂ©faite infligĂ©e historiquement » par un savant travestissement de la dignitĂ© des hommes noirs, veillent au maintien dans l’inconscient collectif de la fatalitĂ© de l’histoire ; si ces « apories idĂ©ologiques » d’un âge d’autant plus rĂ©volu qu’elles font aujourd’hui figure de prĂ©ceptes civilisationnels Ă©culĂ©s mais prompts Ă  asseoir auprès des Chefs d’Etat africains qui conduisent le dessein des peuples et le destin des nations africaines, le sentiment et la conviction que « rien n’est possible sans les anciens maĂ®tres » qui, dans le cas d’espèce, ne furent et demeurent que « des prĂ©dateurs », alors, il pourrait ĂŞtre trouvĂ© une explication « Ă  l’assassinat historique » de la dignitĂ© noire que pĂ©rennise l’occident dans la conscience collective africaine.

Si, pour l’heure, il Ă©tait une fois de plus question au-delĂ  d’instruire un procès visant l’Ă©clairage sur l’assassinat de Thomas Sankara, de « renier le caractère exemplaire du sursaut dĂ©mocratique » des BurkinabĂ©s en « dĂ©tricotant » Ă  l’aide des subterfuges « de la terreur», le socle encore fragile du nouveau gouvernement mis en place par Roch Marc Christian KaborĂ©, prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu de la RĂ©publique du Burkina Faso ; alors quelques questions surgiraient au premier rang desquelles ;

Qui a intĂ©rĂŞt Ă  ce que le Peuple BurkinabĂ© ne se rĂ©concilie pas avec son histoire rĂ©cente pour mieux la capitaliser ? La rĂ©ponse coule de source : « Ceux qui se sont jurĂ©s Ă  l’ombre des pseudo-dĂ©mocraties africaines de n’en faire que des proto-dĂ©mocraties ».

L’occident a-t-elle besoin de vĂ©ritables dĂ©mocraties en Afrique ? Non.

A l’heure des turbulences accidentelles ou provoquĂ©es, Pourquoi veille-t-on Ă  Ă´ter aux peuples africains dont l’hospitalitĂ©, la tolĂ©rance, l’endurance, la rĂ©silience ont traversĂ© le temps, l’aptitude qu’ils sont aussi capables de pardon, de rĂ©conciliation des c urs et des esprits ?

N’est-ce pas poursuivre, dans une telle optique de refus, l’entreprise de sĂ©cularisation « du mensonge historique » tenace qui veut que rien de digne ne peut Ă©maner et perdurer au sein de la race noire ?

S’il peut ĂŞtre jugĂ© « trivial » de ramener le dĂ©bat Ă  la question raciale, c’est bien parce que le monde global actuel semble incapable de se dĂ©partir de « l’unipolarisation de la parole et de la pensĂ©e blanches ». Sinon, comment expliquer qu’après l’inculpation du GĂ©nĂ©ral DIENDÉRÉ « des forces de l’ombre » puissent par des attentats terroristes, tenter de soumettre le Burkina Faso en plein c ur de sa capitale Ouagadougou Ă  l’insĂ©curitĂ©, Ă  la frayeur et Ă  la perte de ses fils ?

Le modèle révolutionnaire burkinabè : un héritage à consolider.

Notre humble avis est qu’il convient de ne pas ĂŞtre distrait et parachever le processus d’exemplaritĂ© de la nouvelle dĂ©mocratie Burkinabè. Comment ?

Tout simplement en recontextualisant le processus dĂ©mocratique Burkinabè dans la linĂ©aritĂ© historique du sort rĂ©servĂ© aux peuples africains qui ont vu leur rĂŞve d’Ă©mancipation brisĂ© et leur espoir de libĂ©ration assassinĂ© par les rĂ©seaux occidentaux ainsi que l’instrumentalisation par ces mĂŞmes rĂ©seaux, des fils de l’Afrique astreints Ă  devenir gardiens des intĂ©rĂŞts occidentaux au dĂ©triment du bien-ĂŞtre et de la prospĂ©ritĂ© de leur peuple. Cette recontextualisation doit marquer un temps d’arrĂŞt sur un questionnement qui nous a traversĂ© l’esprit et qui se rĂ©sume partiellement Ă  l’idĂ©e que si d’aventure, les prĂ©sumĂ©s coupables de l’assassinat de Thomas Sankara pour lequel le peuple crie « Justice », avaient historiquement Ă©pargnĂ© au Peuple BurkinabĂ© par la mort de Thomas Sankara, le carnage, les affres de l’ingouvernabilitĂ© et de la misère destinĂ©s Ă  le punir de l’affront causĂ© par la remise en question des intĂ©rĂŞts occidentaux, alors ce serait probablement ouvert le cycle infernal de la dĂ©cadence et de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence du Burkina Faso.

Cette « hypothèse catastrophe » mĂ©rite d’ĂŞtre examinĂ©e ou prise en considĂ©ration lorsqu’on sait, de rĂ©cente mĂ©moire, le sort rĂ©servĂ© Ă  la GuinĂ©e de SĂ©kou TOURE suite au Non infligĂ© au GĂ©nĂ©ral de Gaule en 1958 . Les nationalistes africains, les idĂ©ologues d’une Afrique libre, les Panafricanistes de tous bords et Ă  toutes les Ă©poques ont toujours Ă©tĂ© ainsi que leur tĂŞte de proue, des cibles Ă  abattre.

Encore une hypothèse qui lĂ©gitime « le logiciel de la dĂ©faite », me diriez-vous. Admettons. Convenons tout de mĂŞme qu’elle ne justifie en aucun cas la violence inouĂŻe et l’indĂ©cence contraires aux m urs de l’Afrique profonde, avec lesquelles les fils de l’Afrique ont pu mettre un terme Ă  la vie de leur frère et leader admirĂ©, jalousĂ© peut-ĂŞtre pour sa popularitĂ©, trop intègre et trop sobre, Ă  leur grand regret.

L’intĂ©gritĂ©, la sobriĂ©tĂ©, l’honnĂŞtetĂ© et la sincĂ©ritĂ© seraient-elles incompatibles Ă  la politique ?

Pourquoi seuls ceux qui trahissent leur peuple, pratiquent le mensonge, pillent Ă  tout vent, spolient les pauvres, bâillonnent leur presse, pour s’offrir servilement Ă  l’occident et assurer ses intĂ©rĂŞts, sont « blanchis », cĂ©lĂ©brĂ©s, lĂ©gitimĂ©s par « le mĂŞme maĂ®tre » qui leur donne d’une main ce qu’il reprend de l’autre, le tout dans le dos du peuple opprimĂ©, et au besoin, brutalement mis Ă  l’Ă©cart ?

La question est assurĂ©ment rhĂ©torique puisqu’elle contient in fine sa rĂ©ponse.

Nous sommes enclin et mĂŞme confortĂ© Ă  penser que le Peuple BurkinabĂ© est aujourd’hui en mesure d’instruire un procès exemplaire au cours duquel la vĂ©ritĂ© prĂ©vaudra sur « le mensonge occidental » et les manipulations de tous ordres. Il faut pour cela qu’il soit dĂ©barrassĂ© des passions, des ressentiments, de l’esprit de vindicte que l’occident dans des circonstances identiques, sait susciter.

La littĂ©rature du siècle antĂ©rieur de mĂŞme que celle de ce dĂ©but de 21ème siècle, regorgent Ă  foison d’exemples de « PrĂ©sidents africains d’opĂ©rette marionettisĂ©s par l’occident » pour servir ses intĂ©rĂŞts pendant quelques dĂ©cennies et, le temps d’après, vouer ceux-lĂ  mĂŞmes qu’il adulait, « Ă  la vindicte populaire ».

L’Afrique doit dire non Ă  « cette instrumentalisation Ă©hontĂ©e de ses fils », non, Ă  leur condamnation sans appel ni recours, non Ă  leur exil qui prive l’Afrique Ă  la fois de « leur part de vĂ©ritĂ© » et de « leur devoir de « battre leur coulpe », et recevoir de leur peuple le « pardon ».

On n’est pas politicien impunĂ©ment. Tout politicien est confrontĂ© Ă  la cruautĂ© de sa fonction, Ă  la nĂ©cessitĂ© au dĂ©triment de la morale, au pragmatisme au dĂ©triment d’un quelconque angĂ©lisme, ou d’un idĂ©alisme apparentĂ© Ă  la faiblesse.

Le peuple BurkinabĂ© n’est pas dupe. Il n’ignore pas que les minerais de son sous-sol au premier rang desquels, l’or, gĂ©nĂ©rerait, selon les Ă©valuations faites par le rĂ©gime de M. Blaise CompaorĂ©, 700 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires. Il n’ignore pas que ces minerais constituent l’enjeu majeur qui guide les intĂ©rĂŞts de la France au Burkina Faso.

Il sait pertinemment que ce sous-sol, pendant vingt-sept ans, n’a contribuĂ© qu’Ă  enrichir « l’Ă©lite kleptocrate » du Faso, « la bourgeoisie administrative disetteuse », aux rĂŞnes de l’appareil d’Etat du Burkina, Ă  accroĂ®tre les privilèges exorbitants de « la fĂ©odalitĂ© Burkinabè », « Ă  alimenter le trĂ©sor de la France et de ses multinationales prĂ©datrices » ; Ă  tolĂ©rer le pillage des richesses du pays par le PrĂ©sident du Faso et son entourage familial.

Toutes choses qui sous la rĂ©volution de Thomas Sankara eurent Ă©tĂ© impensables, en tout cas, rendues impossibles. Dans sa clairvoyance, le Jeune Capitaine, PrĂ©sident du Faso, avait privilĂ©giĂ© dès 1983, « la bataille agricole pour la sĂ©curitĂ© et l’autosuffisance alimentaire, comme la prioritĂ© des prioritĂ©s dans le programme de dĂ©veloppement burkinabè ». Il confiait Ă  ce sujet au cours d’une interview accordĂ©e au Journal « El-Moudjahid » le 12 mars 1985 :

« Nous avons, en matière d’agriculture, trois stades Ă  atteindre : la sĂ©curitĂ© alimentaire, l’autosuffisance alimentaire et enfin la puissance alimentaire. Au premier stade, il s’agit de faire en sorte que chaque BurkinabĂ© puisse avoir quelque chose Ă  manger, quelle que soit l’origine de cette production alimentaire. Nous avons invitĂ© nos compatriotes Ă  cultiver des champs et Ă  rĂ©aliser des magasins pour stocker leur production cĂ©rĂ©alière, ce que nous appelons ici des banques cĂ©rĂ©alières. Concernant l’autosuffisance alimentaire, nous sommes en train de retenir le maximum d’eau de ce pays. Tout ce qui tombe comme goutte d’eau au Burkina est recueilli pour ĂŞtre utilisĂ©. L’eau est prĂ©cieuse, plus prĂ©cieuse ici qu’ailleurs, c’est pourquoi nous avons lancĂ© la construction de 250 petits barrages. Ces retenues d’eau sont sans prĂ©tention en comparaison de ce qui se fait ailleurs comme barrages. Les paysans, mains nues font des excavations, amènent de la terre des cailloux pour retenir l’eau pluviale qui peut servir trois Ă  cinq mois dans l’annĂ©e. Pour les grands projets nationaux d’amĂ©nagement de terres, tels ceux du Sourou, du Kompienga, Bagri, nous essayons de valoriser des surfaces cultivables autour des grandes retenues d’eau.

Pour la troisième Ă©tape relative Ă  la puissance alimentaire, dĂ©finie dans notre plan, quinquennal, nous comptons dĂ©velopper la production d’engrais de manière Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer nos terres, en vue d’en assurer un objectif : subvenir Ă  nos bassins, faire fonctionner nos petites industries de transformation et exporter nos produits. Faire de la purĂ©e et du concentrĂ© de tomate, rĂ©aliser des jus de fruits et conserver les haricots verts. Tout cela exige que nous puissions produire suffisamment pour justifier l’installation d’unitĂ©s industrielles ».

Ce long passage est Ă  lui-seul Ă©difiant de la formule itĂ©rative scandĂ©e par le PrĂ©sident du Faso sous la rĂ©volution : « compter sur nous-mĂŞmes ». Formule libĂ©ratrice, formule incitative de toute action pragmatique assise sur l’appropriation des moyens existants, et l’efficacitĂ© vĂ©rifiable des rĂ©sultats. Formule progressiste dont « l’effet de halo » a Ă©tĂ© salvateur, Ă  l’occasion de divers chantiers ouverts sous la rĂ©volution, de divers projets conduits sous l’Ă©gide des ComitĂ©s de DĂ©fense de la RĂ©volution (CDR), de nombreuses initiatives ayant mobilisĂ© dans la ferveur, les populations burkinabĂ©s.

Qui pouvait dès lors prĂ©sumer que la libĂ©ration du peuple BurkinabĂ© serait hypothĂ©quĂ©e par les privilèges de la fĂ©odalitĂ© confisquant les terres, une fois qu’elles ont Ă©tĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es par les paysans ; que cette libĂ©ration serait remise en cause par la fronde ouverte de l’intelligentsia, « petite bourgeoisie, jalouse de son bien-ĂŞtre privĂ© », qu’elle serait contestĂ©e par la bourgeoisie bureaucratique, corrompue et vĂ©nale ? Le duo du quatuor Ă  la tĂŞte de l’ArmĂ©e Burkinabè et qui fera dĂ©fection, sera lui-mĂŞme partagĂ© entre les idĂ©aux lointains et exigeants de la rĂ©volution et la jouissance immĂ©diate de la rente du pouvoir. Pourtant, aux yeux de Thomas SANKARA, l’armĂ©e avait besoin Ă  sa tĂŞte d’une conscientisation rĂ©volutionnaire plus accrue, inspirĂ©e de sa propre « austĂ©ritĂ© ».

Les guerres suscitĂ©es aux frontières du Mali, sous le PrĂ©sident Moussa TraorĂ©, les malentendus orchestrĂ©s entre le PrĂ©sident du Faso et le GĂ©nĂ©ral Jerry Rawlings, la brouille devenue acrimonieuse entre le leader incontestĂ© de « la Françafrique » en Afrique de l’Ouest, le PrĂ©sident de la CĂ´te d’Ivoire de lors, HouphouĂ«t Boigny, la dĂ©saffection provoquĂ©e auprès des voisins Ouest Africains, tels Lansana ContĂ© de la GuinĂ©e Conakry et Abdou Diouf du SĂ©nĂ©gal qui voyaient d’un mauvais il, les jugements et condamnations de leurs compatriotes rendus coupables de malversations financières et dĂ©tournements par les Tribunaux Populaires de la RĂ©volution (TPR), sont autant de faits, actions et man uvres visant Ă  Ă©branler la rĂ©volution, Ă  la briser, ou Ă  la retourner contre son instigateur.

Chaque fois, le peuple Burkinabè en qui Thomas Sankara avait mis toute sa confiance et qu’il avait promis de libĂ©rer, s’est spontanĂ©ment mobilisĂ© en première ligne pour dĂ©fendre la RĂ©volution et Ă©viter que s’Ă©tende le pĂ©ril.

Le 05 juillet 1987, soit trois mois et dix jours avant sa mort, l’opiniâtretĂ©, la foi de Sankara tout comme sa luciditĂ© sont intactes, lorsque rĂ©pondant Ă  la question d’Ivoire dimanche venu sans doute s’enquĂ©rir de l’effet et de l’affect qu’ont pu avoir sur le PrĂ©sident du Faso, « les coups et l’ire de l’hydre impĂ©rialiste dĂ©chaĂ®nĂ© » pour lui faire mordre la poussière : « Peut-on vraiment ĂŞtre rĂ©volutionnaire dans un pays aussi pauvre que le vĂ´tre ? » « Oui » dira Thomas Sankara « surtout dans un pays aussi pauvre que le mien ». RenchĂ©rira-t-il.

Et à la question : « . la Révolution dans les pays pauvres, notamment africains, sera alimentaire ou elle ne sera pas.


Qu’en pensez-vous ? »

Sans coup férir le Président du Faso, sous la révolution aura cette réponse :
« Ce sont des visions sentimentalistes de la RĂ©volution. La RĂ©volution n’est pas qu’alimentaire. Car, qu’est-ce que l’aliment ? C’est le produit d’un travail. Nous n’arrivons pas Ă  produire suffisamment pour nous nourrir parce que nos terres, de plus en plus pauvres, n’arrivent pas Ă  ĂŞtre rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es et parce que nous ne sommes pas bien organisĂ©s. Pour bien nous organiser, nous devons lutter contre les règles qui rĂ©gissent la terre aujourd’hui, nous devons briser le carcan des mĂ©thodes archaĂŻques pour acquĂ©rir la bonne technologie et toutes les mĂ©thodes modernes. Regardez le coton chez nous, le cafĂ© et le cacao chez vous (en cĂ´te d’ivoire) : des milliards ont Ă©tĂ© consacrĂ©s Ă  l’Ă©tude de ces produits parce qu’ils sont exportĂ©s. En revanche, la banane, le manioc et le riz n’ont jamais fait l’objet d’autant d’attention, parce qu’ils n’intĂ©ressent pas les autres.

Est-ce que le producteur ivoirien de maĂŻs est aussi assurĂ© d’Ă©couler son produit que le sont les Ă©leveurs hollandais de vaches ou les producteurs français de blĂ© ? Donc, que l’on commence la RĂ©volution par le cĂ´tĂ© alimentaire ou par autre chose. l’essentiel est qu’il faut poser les problèmes des rapports entre les Ă©lĂ©ments de la SociĂ©tĂ©. A qui profite telle ou telle politique. ? »

Pourquoi nous attardons nous sur ce qui, par bien des aspects, pourrait paraĂ®tre superfĂ©tatoire et peu rĂ©vĂ©lateur de l’ensemble de la vision, tout comme de la profondeur de la visĂ©e de la RĂ©volution burkinabĂ© ?

La raison du choix de ces quelques « morceaux d’architecture » de la RĂ©volution burkinabĂ© tient Ă  l’intuition quasi-prophĂ©tique de Thomas Sankara quant au rĂ´le primordial que l’agro-alimentaire pourrait jouer dans la libĂ©ration des peuples africains si, mieux organisĂ©s, soucieux de produire suffisamment pour se nourrir, pour transformer, pour exporter, ces peuples devenaient « le grenier du Monde », du fait de la disponibilitĂ© des terres, de la volontĂ© politique, de l’investissement des moyens humains, techniques et financier dans l’agriculture.

Nous nous attardons sur cet aspect spĂ©cifique parce que le potentiel existe. Restent les politiques agraires, restent les politiques agricoles, reste la volontĂ© concertĂ©e des peuples africains guidĂ©s en cela par leurs leaders qui dĂ©finiraient par strates successives, les objectifs quantitatifs et qualitatifs mesurables et les moyens de tous ordres Ă  investir pour les atteindre. L’agro-industrie au service d’une alimentation saine et dĂ©pourvue de toute manipulation gĂ©nĂ©tique et de tout intrant chimique, est Ă  la portĂ©e de l’Afrique qui doit se nourrir, se protĂ©ger du « poison » des OGM, et sauver le monde de l’hĂ©rĂ©sie consumĂ©riste qui aveugle les pays dĂ©veloppĂ©s au point de constituer une menace artificielle d’extension de la faim dans « nos pays africains», devenus pour l’occasion, « les poubelles des toxines » du monde industriel.

Cette longue digression ne vise qu’une prĂ©occupation qui nous hante, en tant que Vice-PrĂ©sident du Conseil ReprĂ©sentatif des Associations Noires de France, chargĂ© des relations avec l’Afrique et les affaires internationales : Comment le peuple du Burkina Faso, hĂ©ritier d’une RĂ©volution dont la graine a germĂ© et dont les racines se sont profondĂ©ment enfouies en terre africaine, comment disions-nous, ce peuple peut-il vingt-sept ans après, essaimer par l’exemple, ce qui constituera pour l’Afrique le modèle de lutte, d’endurance, de persĂ©vĂ©rance et de foi en la patrie, contre, malgrĂ© et envers toutes les disgrâces ?

Le Burkina Faso Ă  l’heure des enjeux cruciaux qui engagent l’Afrique

Nous pensons que l’un des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse rĂ©side dans la manière dont Thomas Sankara dĂ©finissait sa religion : « Ma religion. la Foi. La foi dans ce qu’elle a d’irrationnel, de profond et d’inexpliquĂ© chez l’Homme. La foi m’habite. Je crois en quelque chose. J’y crois d’une manière passionnĂ©e, d’une manière si forte que je ne peux pas tenter d’expliquer de façon cartĂ©sienne, cela, c’est ma religion. Je crois en l’Homme, en la justice. Je crois en l’amour de la libertĂ©. Je crois en l’amour de la libertĂ© comme moyen pour les hommes, pour une sociĂ©tĂ© de vivre dans l’harmonie et le bonheur. D’autres façons de croire en l’homme aussi profondĂ©ment, existent et sont Ă©galement des religions. Elles ont d’autres noms ».

Nous invitons le Peuple Burkinabè Ă  mĂ©diter « cette profession de foi en l’Homme » du hĂ©ros de la RĂ©volution, pour mieux comprendre pourquoi, le PrĂ©sident du Faso, Thomas Sankara s’est livrĂ© Ă  ses frères en sacrifice propitiatoire pour que sa foi en l’homme et en la RĂ©volution BurkinabĂ© lui survivent. Suicide ? Oui ! confirme le Capitaine Boubakari KaborĂ© qui s’est entretenu avec Thomas Sankara la veille du coup d’Etat alors qu’il Ă©tait entendu, que pour prendre de court les conspirateurs, en l’occurrence M. Blaise CompaorĂ©, il annoncerait le 14 octobre 1987, sa dĂ©mission Ă  partir de Koudougou, oĂą l’auteur de ce propos siĂ©geait comme Commandant du BIA.

Il se veut plus prĂ©cis quand il martèle : « Il savait qu’on allait le tuer et il a acceptĂ© de mourir. Donc c’est un suicide. Ce que je vous dis c’est du vĂ©cu, nous en avons discutĂ© ; ses proches savaient très bien qu’on allait le tuer ».

Le Peuple Burkinabè, pour avoir Ă©tĂ© enseignĂ©, renseignĂ© et Ă©difiĂ© sait que la Vème RĂ©publique Française, dans ses rapports avec l’Afrique en gĂ©nĂ©ral et l’Afrique Francophone, en particulier, est une « MĂ©taphore filĂ©e de la France ImpĂ©rialiste ». En quĂŞte d’espace vital au XIXème siècle, la France en plein XXIème siècle, impose Ă  ses anciens « comptoirs français d’Afrique », une « CommunautĂ© Financière Africaine » Ă  travers un sigle CFA rĂ©vĂ©lateur de la « CommunautĂ© Française d’Afrique ».

Où est donc la prétendue souveraineté des pays africains ? « La réalité saute aux yeux comme le nez au milieu de la figure. ».
La rĂ©alitĂ© politique, Ă©conomique, historique et subliminale veut que les anciennes colonies ne soient par essence que des « comptoirs français », des « marchĂ©s vitaux d’Ă©coulement des produits de France, des biens et services produits en France, ou produits par la France en Afrique, destinĂ©s pour ce faire Ă  la consommation locale africaine ». Droit de prĂ©emption, de propriĂ©tĂ© exclusive, la France va plus loin, elle se donne, par un maillage d’actions pluriformes, masquĂ©es, parsemĂ©es de bonnes intentions et teintĂ©es de bienveillante attention, le statut proclamĂ© « du Pays des droits de l’Homme et de la DĂ©mocratie » qui, sous le couvert de l’intĂ©rĂŞt des peuples Ă  se libĂ©rer du dĂ©lire des tyrans africains insensĂ©s ou assoiffĂ©s de pouvoir, entend en rĂ©alitĂ©, faire main basse sur les Ă©conomies africaines et les richesses du sous-sol africain. L’injustice et l’hypocrisie caractĂ©risĂ©es qui sous-tendent ce crĂ©do de la politique africaine de la France ont des consĂ©quences dĂ©sastreuses ; la dĂ©stabilisation, la perte des repères et des points de croissance, le dĂ©chaĂ®nement de la violence, parfois, et le Burkina en a fait l’expĂ©rience, l’assassinat du leader d’une politique jugĂ©e incompatible avec les intĂ©rĂŞts de la France.

Au nom de l’Afrique, le Burkina Faso doit se souvenir

Le peuple Burkinabè doit se souvenir de ce continuum historique. Il doit recontextualiser historiquement ce que le PrĂ©sident du Faso, sous la RĂ©volution disait de l’impĂ©rialisme : « . c’est dans la pratique que j’ai vu que l’impĂ©rialisme est un monstre, un monstre qui a des griffes, qui a des cornes, qui a des crocs, qui mord, qui a du venin, qui est sans pitiĂ©. Et un discours ne suffit pas pour le faire trembler. Non, il est dĂ©terminĂ©, il n’a pas de conscience, il n’a pas de c ur. ».

Cette vision anthropomorphique de l’impĂ©rialisme datĂ©e du 17 mars 1985 a Ă©tĂ© illustrĂ©e par le Chantre de la RĂ©volution Burkinabè au cours de l’entretien accordĂ© Ă  Ernest Harsh de l’Intercontinental Press. Il ressort de cette peinture de l’ImpĂ©rialisme des traits de sous-catĂ©gorisation qui relèvent du champ sĂ©mantique de la monstruositĂ© dans ce qu’elle a de belliqueux, de dangereux, d’immoral et d’impitoyable. Ce que nous voulons en retenir c’est l’absence de « conscience » et de « c ur ».

Le Capitaine Thomas Sankara, alors PrĂ©sident du Faso affirmait dans la pratique avoir « vu le monstre » qu’Ă©tait « l’ImpĂ©rialisme » et se disait dĂ©terminĂ© Ă  le combattre : « Plus nous avons dĂ©couvert cet ImpĂ©rialisme comme Ă©tant un ennemi dangereux, plus nous avons Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©s Ă  nous battre et Ă  le combattre. Et nous trouvons Ă  chaque fois des forces nouvelles pour y faire face ».

Le Peuple Burkinabè doit savoir que le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, lui aussi n’ignorait pas qui Ă©tait « ce monstre », il ne l’a donc pas seulement « vu », il l’a vĂ©cu.

Si voir c’est savoir, vivre c’est expĂ©rimenter le savoir. Il a expĂ©rimentĂ© ce monstre dont « l’Ă©treinte n’est faite que de griffes, de cornes, de crocs et de venin l’a impitoyablement « vidĂ© de tout son suc, de toute son Ă©nergie, de toute sa vitalitĂ© patriotique ».

Notre supputation qui pourrait s’apparenter Ă  une simple conjecture tente de camper la douleur et l’extrĂŞme affliction qui ont pu habiter pendant vingt-sept ans le subconscient du frère d’armes, ami intime et compagnon de la RĂ©volution de Thomas Sankara.

Faut-il que le Peuple Burkinabè s’en souvienne ?

En Ă©voquant l’amitiĂ© qui liait les capitaines Blaise CompaorĂ© et Thomas Sankara, il Ă©tait possible de dire comme Michel Aequem de Montaigne, de son ami La BoĂ«tie, dans ses Essais : « C’Ă©tait comme si c’Ă©tait lui, c’Ă©tait comme si c’Ă©tait moi ». Se rĂ©fĂ©rant aux deux tĂŞtes de proue de la RĂ©volution dĂ©mocratique et populaire BurkinabĂ©, il est en effet avĂ©rĂ© que l’amitiĂ© qui liait Thomas Sankara Ă  Blaise CompaorĂ© transcendait la fraternitĂ© de sang pour toucher aux cimes de la fraternitĂ© d’Ă©lection, celle qui relève du choix du c ur.

Chaque ĂŞtre Ă©tant unique, il est clair que les personnalitĂ©s des deux jeunes capitaines Ă  la tĂŞte de la RĂ©volution Burkinabè Ă©taient diffĂ©rentes. Le Capitaine, PrĂ©sident du Faso Ă©tait rĂ©putĂ© très intègre, très sobre, très honnĂŞte, très indĂ©pendant au point d’en ĂŞtre agaçant ; pourtant, il vouait une confiance aveugle Ă  son « frère » et ami, Blaise CompaorĂ© qui faut-il le souligner, avait jouĂ©, Ă  l’entame de la RĂ©volution confrontĂ©e aux « rĂ©actions des rĂ©seaux françafricains », un rĂ´le prĂ©Ă©minent dans la libĂ©ration de son ami Thomas Sankara, mis aux arrĂŞts sans mandat, le 17 Mai 1983 alors qu’il Ă©tait Premier Ministre de la Haute-Volta, sous le PrĂ©sident Jean-Baptiste OuĂ©draogo et qu’il avait ordonnĂ© «que le feu ne soit pas ouvert » par ses gardes sur les personnes en charge de son arrestation. Sa dĂ©tention Ă  Ouahigouya, le mĂŞme jour s’est soldĂ©, durant la première nuit de captivitĂ© par un attentat Ă  l’arme Ă  feu que l’on voulut faire passer pour un incident, alors que des instructions avaient Ă©tĂ© donnĂ©es avec « ordre de tirer ; si le dĂ©tenu bougeait ».

Il confiera au Magazine « Afrique-Asie » après sa libĂ©ration et « le coup d’Etat du 04 aoĂ»t 1983 » rĂ©clamĂ© par le Conseil de Salut du Peuple (CSP) : « CoĂŻncidence curieuse, l’auteur du coup de feu Ă©tait le seul soldat Ă©tranger Ă  l’unitĂ© ». Dans le mĂŞme interview il reconnaissait que « l’honnĂŞtetĂ© excessive. en politique se nomme purement et simplement de la naĂŻvetĂ© . » « Autant nous pensions que les engagements pris d’un commun accord avec ceux qui n’Ă©taient pas sur le mĂŞme axe politique que nous devaient ĂŞtre respectĂ©s, autant nos adversaires et partenaires Ă  l’Ă©poque acceptaient froidement et de manière machiavĂ©lique de mettre Ă  exĂ©cution certains projets criminels. Nous avons Ă©tĂ© naĂŻfs et leur avons donnĂ© les moyens de nous arrĂŞter ». Thomas Sankara dĂ©signait par nous : le Capitaine Henri ZONGO, qu’il savait vivant mais en Ă©tat de siège avec ses Hommes, le Commandant Lingani, dĂ©tenu Ă  Dori, le Capitaine Blaise CompaorĂ© dont il Ă©tait sans nouvelles et dont il dira : « j’Ă©tais fondĂ© Ă  interprĂ©ter ce silence comme l’aveu d’un assassinat. J’avoue avoir Ă©tĂ© moralement atteint, d’autant plus qu’au mĂŞme moment, des civils Ă©taient arrĂŞtĂ©s en mon nom. ».

Les entraves, obstacles et traques orchestrĂ©s contre la RĂ©volution VoltaĂŻque ne faibliront pas, depuis l’Ă©poque du Conseil de Salut Public sous les Chefs d’Etat de Haute-Volta, Jean-Baptiste OuĂ©drago et Saye Zerbo, jusqu’au Conseil National de la RĂ©volution, sous le Capitaine, PrĂ©sident du Faso, Thomas Sankara. De fait, plus la rĂ©volution Burkinabè essaimait au-delĂ  des frontières du Burkina Faso, plus l’adversitĂ©, les complots, les conspirations des « meilleurs amis » de la France et des rĂ©seaux qui veillent aux intĂ©rĂŞts de la France se multipliaient.

Il fallait, dans le cas spĂ©cifique du Faso « Pays dont l’aura faisait Ă©cole, mettre un terme Ă  l’aventure rĂ©volutionnaire ». Ni le Peuple Burkinabè, ni les Peuples de la Sous-rĂ©gion ouest-africaine qui adulaient « l’icĂ´ne de la RĂ©volution Burkinabè », encore moins ceux de l’Afrique subsaharienne qui partageaient largement l’idĂ©ologie libĂ©ratrice prĂ´nĂ©e par Thomas SANKARA, ne pouvaient donner leur aval ou cautionner une telle forfaiture. C’est Ă  l’Ă©chelle des Chefs d’Etat coptĂ©s par « l’hydre impĂ©rialiste » dĂ©signĂ© sous le vocable « Françafrique », que sera mis un coup d’arrĂŞt Ă  la RĂ©volution BurkinabĂ©.

Dans l’ouvrage de Bruno JaffrĂ©, intitulĂ© Biographie de Thomas Sankara, la Patrie ou la mort. paru Ă  l’Harmattan en octobre 2007, on peut lire : « la Françafrique dĂ©finit une nĂ©buleuse d’acteurs Ă©conomiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisĂ©e en rĂ©seaux et lobbies, et polarisĂ©e sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au dĂ©veloppement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiĂ©s. Le système, autodĂ©gradant, se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile Ă  la dĂ©mocratie. Le terme (Françafrique) Ă©voque aussi la confusion, une familiaritĂ© domestique louchant vers la primautĂ© ». Cette dĂ©finition de la « françafrique » est de François Xavier Verschave, citĂ© dans la Biographie sus Ă©voquĂ©e de Thomas SANKARA, et signĂ©e par Bruno JaffrĂ©.

Elle souligne Ă  l’envi, « le destin mis sous scellĂ©s des anciennes colonies françaises ».

Burkina Faso : l’opportunitĂ© historique d’une rĂ©conciliation propitiatoire.

Aux Burkinabès qui liront ces lignes, nous avons cru utile de dire que la contingence historique voulue par les intĂ©rĂŞts oligopolistiques de la France en particulier et de l’Occident en gĂ©nĂ©ral, font l’objet d’une veille de tous les instants, et ne s’embarrassent pas de la criminalisation des systèmes politiques, Ă©conomiques et militaires mis en place, pour mieux s’accaparer les rentes qui eussent pu revenir aux peuples des pays africains, pris en Ă©tau dans « l’ il du cyclone » occidental.

Nous disions que les tenants et aboutissants de « cette contingence historique » ne s’accommodaient pas de la dĂ©mocratie. Ils ont simplement besoin d’espace vital, de marchĂ©s vitaux, de ressources humaines implantĂ©es dans leurs anciennes colonies et formĂ©es, disons-le « formatĂ©es » pour garantir, assurer, pĂ©renniser leurs intĂ©rĂŞts. C’est pourquoi, leur sagacitĂ©, leur perspicacitĂ©, leur relative efficacitĂ© rĂ©sident dans l’analyse politique, gĂ©ostratĂ©gique, ethnique, anthropologique, culturelle, Ă©conomique, sociale, sociĂ©tale de nos pays, pour y dĂ©celer des failles susceptibles par « une manière d’hypertrophie du rĂ©el », Ă  rentrer brutalement sur « la scène politique » des Pays africains et leur « imposer un scĂ©nario au cours duquel, les actes ne reproduiraient qu’un jeu fixĂ© Ă  l’avance et dont le dĂ©nouement au final, serait toujours le mĂŞme ; Ă  savoir : la prise en otage des peuples et « la soumission de leurs chefs », prĂ©alablement instruits du rĂ´le qu’ils seraient appelĂ©s Ă  jouer, et parfois initiĂ©s des consĂ©quences encourues, s’ils venaient Ă  se dĂ©marquer de la ligne tracĂ©e ».

Que le Peuple Burkinabè ait prĂ©sent Ă  la mĂ©moire quand viendra le moment d’invoquer la lumière, la vĂ©ritĂ© sur « l’assassinat de Thomas Sankara », qu’il s’agira certes de faire un procès dont le Chef d’accusation, vieux de plus de vingt sept ans, porte sur ses fils qui auraient violemment et indignement assassinĂ© leurs frères (SANKARA et les douze autres), mais encore, mais surtout, d’initier un procès exemplaire, juste et Ă©quitable d’une tranche de l’histoire du Burkina Faso qui passe de loin, les vingt-sept ans qu’a durĂ© la PrĂ©sidence de M. Blaise CompaorĂ© Ă  la tĂŞte du Faso.

Nous l’affirmons et le soutenons, les fils de l’Afrique, rendus coupables de compromission avec « l’ennemi commun », au point de trahir leur pays, de briser le rĂŞve de dĂ©veloppement et d’Ă©panouissement de leur peuple ; ces fils qui ont commis des exactions et crimes innommables, allant mĂŞme jusqu’Ă  assassiner comme c’est le cas, il y a plus de vingt-sept ans, l’icĂ´ne adulĂ©e de la RĂ©volution Burkinabè ; ces fils de l’Afrique mĂ©ritent d’ĂŞtre jugĂ©s en se souvenant qu’ils sont « nos fils », qu’ils sont « nos frères », qu’ils ont subi la « morsure du monstre », qui les a du jour au lendemain, transformĂ©s en « ennemis de leur peuple ».

Cette part de vĂ©ritĂ©, cette reconstitution de « la tranche de vie » subvertie, pervertie par « la cruautĂ© et la nĂ©cessitĂ© des pouvoirs africains contrĂ´lĂ©s de trop près par les rĂ©seaux impĂ©rialistes » se doit d’ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©e par nos dirigeants africains, indexĂ©s, jetĂ©s en pâture, Ă  la vindicte de leur peuple, contraints de force Ă  l’exil.

Nous sommes convaincus, pour l’avoir intuitivement perçu lors de notre sĂ©jour au Burkina Faso, quelques jours avant la dĂ©mission du PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, que ce dernier Ă©tait blasĂ©, fatiguĂ© du rĂ´le qu’il lui avait Ă©tĂ© donnĂ© de jouer, pendant vingt-sept ans ; extĂ©nuĂ© par « le cri strident du peuple » qui rĂ©clamait son dĂ©part et se refusait Ă  « la RĂ©vision de la Constitution Burkinabè ».

Thomas Sankara.

switsalone.com)/n

En effet, Ă  l’occasion de l’audience du 22 octobre 2014 qu’il avait plu au PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© d’accorder au Conseil ReprĂ©sentatif des Associations Noires de France et du dĂ©jeuner qui s’en est suivi le 23 octobre du mĂŞme mois, nous avons Ă©changĂ© « Ă  bâtons rompus » sur la RĂ©vision de la constitution, les manifestations qui s’Ă©taient dĂ©roulĂ©es depuis lors, les ressentiments du Peuple Burkinabè sur la gestion du pouvoir pendant vingt-sept ans, et bien sĂ»r, les modalitĂ©s de l’implantation du CRAN au Burkina Faso.

En tant que Vice-PrĂ©sident du CRAN, chargĂ© des relations avec l’Afrique et des Affaires Internationales, il m’a Ă©tĂ© donnĂ© de recueillir des confidences au cours desquelles, dĂ©sabusĂ©, le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, me faisait part de son dĂ©pit au sujet de l’attribution d’un marchĂ© de construction du chemin de fer destinĂ© Ă  acheminer via la CĂ´te d’Ivoire, des minerais destinĂ©s Ă  l’exportation, eu Ă©gard Ă  l’enclavement du Burkina Faso. Ce marchĂ© sera attribuĂ© Ă  une Entreprise asiatique, suite au dĂ©sintĂ©rĂŞt exprimĂ© par le groupe BollorĂ©, sollicitĂ© pour ce faire. Le mĂŞme groupe français revenu Ă  la charge, insistera que soient rĂ©visĂ©s les termes du marchĂ© ainsi attribuĂ©.

Il a par consĂ©quent Ă©tĂ© convenu, qu’une partie du tronçon serait exĂ©cutĂ©e par l’entreprise asiatique adjudicataire et l’autre, confiĂ©e au Groupe BollorĂ©.

Après que l’entreprise asiatique eut achevĂ© la part dont elle avait la charge, le Groupe BollorĂ© ne se pressait pas d’exĂ©cuter le tronçon pour lequel il avait reçu mandat et financements y affĂ©rents. PrivĂ© d’une rĂ©alisation qui lui tenait Ă  c ur et qu’il aurait pu faire valoir, le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, dĂ©pitĂ© par ceux-lĂ  mĂŞmes qui l’avaient instrumentalisĂ©, en le propulsant comme mĂ©diateur de tous les conflits en Afrique de l’Ouest, Patron du règlement des diffĂ©rends au sein des Etats Ouest-africains, ceux-lĂ  aujourd’hui, le frustraient, le privaient de l’un des nombreux projets-phares dont il aurait eu la fiertĂ©, parmi tant d’autres non exĂ©cutĂ©s, de se prĂ©valoir auprès de son peuple.

N’est-ce pas pour cela qu’il dĂ©clinera le SecrĂ©tariat GĂ©nĂ©ral de la Francophonie qui lui Ă©tait proposĂ© par ses mentors, après qu’il se serait retirĂ© de la « tĂŞte du Burkina Faso » ?

Nous n’Ă©voquons cette anecdote, que pour avoir eu le privilège d’ĂŞtre lĂ , au moment oĂą s’Ă©crivait une page capitale de l’histoire du Burkina Faso.

Nous Ă©voquons cette anecdote soucieux de l’importance que revĂŞt Ă  notre entendement, la nĂ©cessitĂ© que s’estompe « la tapisserie de PĂ©nĂ©lope » de l’histoire des Peuples Noirs d’Afrique Francophone « tissĂ©e et dĂ©faite » par « la mĂ©tropole » quand vient le moment de reconstituer « les motifs et nuances de la toile». La toile de l’histoire rĂ©cente du Burkina Faso se dĂ©file, tant que l’une de ses pièces majeures manque au « mĂ©tier Ă  tisser ».

Les Burkinabès me comprennent bien. Eux qui sont coutumiers du « coton », « du métier à tisser » et des toiles dont les motifs et la texture furent célébrés et valorisées par le Président Thomas Sankara.

Qu’il leur plaise de comprendre, d’admettre et d’accepter que le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© est leur fils, leur frère, ou simplement un ĂŞtre humain qui a ses faiblesses, ses travers, qui leur a peut-ĂŞtre fait subir des atrocitĂ©s, des injustices et autres calamitĂ©s Ă  l’instar de l’enrichissement dĂ©mesurĂ© des dirigeants, la gabegie insultante de l’entourage et des comparses du rĂ©gime, mais il reste et demeure celui qui, s’Ă©tant hissĂ© certes par la force Ă  la tĂŞte du Faso, a conduit pendant vingt-sept ans le pays. A dĂ©faut de jouir d’une indulgence immĂ©ritĂ©e s’il se dĂ©filait, le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© doit, devant le peuple BurkinabĂ©, user de son droit de rĂ©ponse, du droit de dire sa vĂ©ritĂ©, du droit de libĂ©rer « les monstres qui lacèrent sa conscience ».

Toutes les autres man uvres et subterfuges identitaires sont une insulte Ă  la sagesse et Ă  la capacitĂ© de rĂ©silience des Burkinabès, comme des peuples de l’Afrique profonde.

Le PrĂ©sident de CĂ´te d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara a « le devoir citoyen africain » de poser l’acte primordial qui permettra avec son homologue, le PrĂ©sident Marc Roch Christian KaborĂ© de faciliter « le retour au Burkina Faso » de la pièce maĂ®tresse qui autorisera que soit possible une rĂ©conciliation du Peuple Burkinabè avec son histoire.

C’est d’un devoir historique qu’il s’agit. Un devoir de reconsidĂ©ration de nos fautes, de nos erreurs, de notre pacte avec la « savante instrumentalisation de la mĂ©moire des peuples, qui ne retiennent des rĂ©gimes de leurs fils que la misère, le sang, l’horreur, le deuil » ; jamais la responsabilitĂ© des vĂ©ritables commanditaires.

Lorsque revenu de la Mission du CRAN au Burkina Faso et dans l’attente du rendez-vous pris Ă  Paris en dĂ©cembre 2014, avec le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, nous apprenons, effarĂ©s, que sous la pression du Peuple, il venait de dĂ©missionner, nous nous sommes prĂ©cipitĂ©s, pour avoir des proches du PrĂ©sident, la primeur de ce qui devait suivre. Nos interlocuteurs se sont contentĂ©s de nous dire « que le PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© a donnĂ© l’ordre au RĂ©giment de la SĂ©curitĂ© PrĂ©sidentielle de ne pas ouvrir le feu sur le peuple » qui convergeait vers le Palais. »

Le Reste est connu. Avait-il abdiqué ? -Assurément. Avait-il été lâché ? -Indubitablement. Avait-il été auparavant trompé ? -Incontestablement.

Au passé Président du Faso, Blaise Compaoré

Je voudrais humblement dire ceci : je ne prĂ©tends pas ĂŞtre de ces spĂ©cialistes de l’Afrique Ă  la Direction du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) de France, encore moins une Ă©gĂ©rie d’un quelconque mandataire africain, chargĂ© « de revivifier le lustre terni » de quelque figure d’envergure. je ne suis qu’un fils de « L’Afrique Eternelle » que nos ancĂŞtres africains nommaient « Kâma » et que les Grecs de l’AntiquitĂ© dĂ©signaient sous l’appellation « Ethiopos ». « Les hommes Ă  la Peau brĂ»lĂ©e». C’est en tant que fils de « cette Afrique-lĂ  » que j’implore de tous mes v ux qu’il ne soit plus permis que « l’omniniant crachat » qu’Ă©voquait AimĂ© CĂ©saire dans le « Cahier d’un Retour au Pays Natal » poursuive tel « un remords inexorcissable » les fils de l’Afrique ayant adhĂ©rĂ© par opportunitĂ©, nĂ©cessitĂ© ou fatalitĂ© au « Pacte occulte de l’impĂ©rialisme ». Mon analyse ne fait pas fi du rapport des forces en prĂ©sence, mais plonge profondĂ©ment dans les racines sĂ©culaires de l’anthropologie et de la culture africaines pour souligner que l’Occident, la France, la CommunautĂ© Internationale affectent un mĂ©pris souverain des dirigeants Ă  la tĂŞte de nos Etats africains, lorsque ceux-ci ont fini de « jouer la partition », jadis Ă©crite, prescrite ou imposĂ©e par leurs soins ».

Sur l’Ă©chiquier des enjeux Ă©conomiques, politiques et financiers internationaux, les fils de l’Afrique Ă  la tĂŞte de nos Etats sont assimilables Ă  « des pions » dĂ©placĂ©s en fonction des intĂ©rĂŞts, des besoins, des appĂ©tits, de « l’ogre impĂ©rialiste ». Lorsqu’au fil du temps, l’insatiabilitĂ© de « l’ogre » rencontre la rĂ©ticence « du pion » Ă  se laisser dĂ©placer, manipuler, vider de son « essence » et de « son existence», alors, s’Ă©branle la machine infernale, une manière de « Deus ex Machina » qui vient mettre un terme Ă  l’aventure au pouvoir du dirigeant.

Afin que cesse «la danse macabre et burlesque des dirigeants africains dont le pas, le rythme, les actions sont conçus pour s’achever en « fin cocasse de polichinelle des temps modernes », il est indispensable que le passĂ© PrĂ©sident du Burkina Faso que vous ĂŞtes et demeurez, par « un coup de théâtre », porte un « revers significatif Ă  l’Hydre qui veille Ă  ce que votre sĂ©jour de vingt-sept ans Ă  la tĂŞte du Burkina Faso, ne soit qu’une triste parenthèse. Un fait divers. ».

Non. J’ai la ferme conviction que votre « Retour au Faso » n’est redoutĂ© que par « ceux-lĂ  mĂŞmes qui n’ont aucun intĂ©rĂŞt Ă  ce qu’il soit donnĂ© un contenu aux vingt-sept ans passĂ©s Ă  la tĂŞte du Burkina Faso ». La mĂ©diatisation de votre nationalitĂ© ivoirienne acquise quelques semaines après votre exil en CĂ´te d’Ivoire, est encore une instrumentalisation visant Ă  asseoir « le refus de comparaĂ®tre de l’enfant terrible de ZignarĂ© » devant les Juridictions du Pays dont il a, pendant vingt-sept ans, prĂ©sidĂ© aux destinĂ©es.

Pourquoi l’acquisition de la nationalitĂ© française, canadienne, amĂ©ricaine ou italienne par les Africains n’Ă©meut personne ?

Ceux de mes frères BurkinabĂ©s qui liront ces lignes argueraient avec aplomb et pertinence, que tout africain est libre d’acquĂ©rir la nationalitĂ© de quelque autre pays africain de son Ă©lection, mais un Chef d’Etat qui le ferait pour Ă©chapper Ă  la justice de son pays alors qu’un mandat d’arrĂŞt international est lancĂ© Ă  son encontre est un opprobre, une trahison, une perfidie. Je l’entends, j’y consens. Je l’approuve. J’estime cependant, ainsi que je l’ai fait partager dans l’adresse au Peuple Burkinabè, qu’il est important de recontextualiser « le Retour au Faso du PrĂ©sident Blaise CompaorĂ© » dans une historicitĂ© dĂ©passant stricto-sensu le cadre gĂ©opolitique du Burkina Faso pour mieux l’inscrire dans ce qui sera tout Ă  la fois « le procès d’un fils de l’Afrique » et « le Procès de l’Histoire rĂ©cente de l’Afrique Ă  la croisĂ©e des chemins ».

Nul n’ignore que c’est pour flatter une rĂ©putation « dĂ©monĂ©tisĂ©e » par les soins de « l’Hydre impĂ©rialiste » que des esprits retors vous poussent Ă  porter « une aurĂ©ole affublĂ©e de dĂ©shonneur ».

Le Président de la République Centrafricaine Jean Bedel Bokassa a comparu devant la Justice de son pays, a dit sa part de vérité, a été entendu par son peuple et est mort libre. Le Président du Mali, Moussa Traoré, jugé, condamné mène sa retraite libre.

Je ne serai pas surpris qu’un accueil triomphal soit rĂ©servĂ© par le Peuple BurkinabĂ©, Ă  l’annonce du retour au Faso du PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©, venu prendre rendez-vous avec l’histoire, venu rĂ©pondre aux faits qui lui sont reprochĂ©s, venu apporter « sa part de vĂ©ritĂ© ».

Le devoir citoyen africain commande l’affranchissement, la rupture des chaĂ®nes de la « psychomĂ©canique impĂ©rialiste » qui distille, entretient l’effacement des pans entiers de l’histoire dans la mĂ©moire de nos peuples.

Sans haine, ni ressentiments destinĂ©s Ă  exhumer les ranc urs et le souffle sulfureux de la vindicte populaire, le Peuple BurkinabĂ© est capable d’accorder son pardon Ă  son PrĂ©sident, au simple motif qu’il a comparu devant la justice de son Pays.

Les ApĂ´tres et autres prescripteurs de la fuite, de l’esquive, des « arlequinades de la couardise », et stratagèmes de l’impunitĂ©, savent bien qu’ils ne contribuent qu’Ă  priver le Peuple Burkinabè de la vĂ©ritĂ©, de la RĂ©conciliation, mais surtout de sa capacitĂ© Ă  donner l’exemple aux africains, qu’il existe une justice africaine qui transcende « la loi du talion » et s’inscrit dans le sillage de la dignitĂ© que confère le pardon, pour qui sait l’accorder.

Je rĂ©itère ma conviction au PrĂ©sident du Faso, au nom de l’Afrique dont il est un fils et du Burkina Faso qu’il a dirigĂ© : votre comparution sera en elle-mĂŞme une victoire, une libĂ©ration, une rĂ©insertion dans l’histoire dont vous ĂŞtes comptable autant que l’est, le Peuple que vous avez pendant vingt-sept ans, conduit. Je sais l’affection que vous portez Ă  votre fille unique, je sais votre part d’humanitĂ©, de regrets. Je sais que vous serez utile au Peuple Burkinabè, au Gouvernement mis en place par l’actuel PrĂ©sident du Faso, Marc Roch Christian KaborĂ©, Ă  la Jeune, fragile mais exemplaire dĂ©mocratie BurkinabĂ©. Ne la privez pas de votre expertise avĂ©rĂ©e, de votre connaissance des enjeux ouest-africains, de votre vaste expĂ©rience de la frĂ©quentation du « Monstre » et de « ses morsures ».

C’est d’un rendez-vous historique qu’il s’agit. Un rendez-vous de la rĂ©habilitation, un rendez-vous de la rupture, un rendez-vous visant Ă  exorciser les calentures qui brouillent la lisibilitĂ©, la visibilitĂ© et la restauration au Peuple Burkinabè de la part de vĂ©ritĂ© que vous dĂ©tenez, part de vĂ©ritĂ© occultĂ©e par « le fameux devoir de RĂ©serve » auquel vous contraint les hautes inhĂ©rent aux hautes fonctions exercĂ©es.

L’histoire doit s’Ă©crire de la manière la plus noble, de la manière qui honore ceux que l’histoire dĂ©shonore, dans le but de perpĂ©tuer le dĂ©shonneur des Peuples Noirs et d’Ă©riger en « fatalitĂ© historique » l’incapacitĂ© de ces mĂŞmes peuples Ă  s’affranchir du « mensonge occidental ». LĂ  est l’enjeu et pas ailleurs.

Au Peuple fier et valeureux du Burkina Faso, nous disons :

« La patrie ou la mort, nous vaincrons » !

L’ancien prĂ©sident Blaise CompaorĂ© serrant la main au Vice-prĂ©sident du CRAN.

le-cran.fr)/n

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