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CEEAC: François Bozizé accuse le Tchad d’avoir contribué à son éviction

Une déclaration qui intervient alors que s’ouvre à Ndjamena, un sommet extraordinaire sur la Centrafrique qui a désormais un nouveau président

Depuis son exil camerounais depuis plus d’une semaine, François Bozizé, ex-président de la République Centrafricaine mesure désormais son impuissance face à Idriss Déby. Lorsque le président tchadien a décidé de le lâcher, il est tombé. C’est ainsi que dans une interview exclusive accordée au correspondant de la BBC à Yaoundé au Cameroun, il accuse le Tchad, son ancien allié d’avoir aidé les rebelles à le renverser pour prendre le pouvoir à Bangui le 24 mars 2013. « Le samedi 23 (mars) nous avons anéanti les forces de la Séléka mais cependant dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 nous pourrions affirmer qu’il a eu un soutien d’un pays africain, je crois bien inévitablement le Tchad », a affirmé M. Bozizé. « C’était les forces spéciales des forces armées tchadiennes qui ont mené l’opération dans la matinée du dimanche puis ont attaqué la base des Sud-africains qui se trouvaient sur l’itinéraire » vers Bangui, a-t-il ajouté. « Nous avions des relations fraternelles solides, entre le Tchad et la République centrafricaine (…) mais nous sommes surpris de ce comportement dû à quoi? Seules les autorités tchadiennes peuvent nous donner des explications », a également affirmé l’ancien président.

Il aurait bien voulu aller les chercher à Ndjamena, où s’ouvrait hier mercredi, un sommet extraordinaire de la Communauté Economique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) consacré à la situation en Centrafrique. « J’ai téléphoné hier au président (congolais) Sassou (médiateur dans la crise centrafricaine) pour lui dire que je voudrais être présent au sommet extraordinaire de N’Djamena ce mercredi mais malheureusement il semble bien que le protocole de la présidence de N’Djamena a donné une réponse négative », a ajouté M. Bozizé. Le Tchad, puissant voisin, était pourtant un soutien de poids à François Bozizé, et l’avait aidé à prendre le pouvoir par les armes en 2003 et à combattre des rébellions du Nord en 2010. « La position du Tchad dans ce conflit est pour le moins ambiguë et le pouvoir tchadien est soupçonné d’entretenir des relations coupables avec le Séléka », a commenté, pour sa part, le groupe de recherches International crisis group (ICG) dans un récent rapport. François Bozizé se défend aussi d’avoir violé les accords de Libreville signés le 11 janvier dernier, et qui était censé mettre fin à la crise après que les rebelles ont repris les armes en fin d’année dernière. L’accord prévoyait un cessez-le feu entre le pouvoir de François Bozizé et la rébellion ainsi que le maintien au pouvoir de ce dernier. Le président déchu exige par la même occasion «le retour à l’égalité constitutionnelle».

Outre, les chefs d’Etat de l’Afrique centrale, le sommet verra la participation du président béninois Yayi Boni et celui d’Afrique du sud Jacob Zuma. Le président sud-africain est vivement critiqué dans son pays après le décès de treize soldats sud-africains lors de l’offensive des rebelles de la Séléka sur la capitale centrafricaine. Le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia ne sera pas présent à Ndjaména, mais on notera la participation du premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, reconduit dans ses fonctions par le nouvel homme fort du pays. Il est arrivé mardi soir à N’Djamena pour représenter le nouveau pouvoir centrafricain. François Bozizé, qui avait trouvé refuge au Cameroun a demandé l’asile au Bénin, selon le ministre béninois des Affaires étrangères Arifari Bako

Le Tchad, un pays clé dans l’affaire centrafricaine
Les soldats tchadiens au sein de la Fomac n’ont rien fait pour bloquer l’avancée de la Seleka et aujourd’hui leur complicité avec les ex-rebelles saute aux yeux. Le Tchad n’a pas fait que lever les barrières, il a aussi contribué à les enfoncer. Au sein de la troupe de l’ex-rébellion, on retrouve de nombreux tchadiens, vétérans des guerres de la région. Par ailleurs, selon des notes ultra confidentielles vues au palais et confirmées par des sources au sein de la Seleka, Ndjamena a laissé transiter des armes achetées en Erythrée grâce aux subsides versés par Sylvain Ndoutingaye et Firmin Feindiro, deux-ex proches de François Bozizé tombés en disgrâce. Le Tchad a, par ailleurs, changé le visage de la Seleka. En janvier, la rébellion de l’UFDR était ultra dominante. Aujourd’hui, elle est toujours en position de force, pour preuve, Michel Djotodia est issu de ses rangs. Cependant, Ndjamena a, ces dernières semaines, principalement utilisé comme relais deux autres rébellions jusque-là moins puissantes, la CPJP fondamentale et la CPSK. Leurs chefs respectifs sont désormais renforcés. Noureldine Adam et Mohamed Dafhane sont en troisième et quatrième position dans la liste du gouvernement. Pour l’heure, la cohésion entre les différents groupes tient mais plusieurs observateurs inquiets se demandent quel sera le jeu de Ndjamena si Michel Djotodia venait à prendre des positions contraires aux intérêts de son puissant voisin.

François Bozizé, ex-président de la République Centrafricaine

afriqinter.com)/n

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