Politique › Institutionnel

Ces vieux qui gouvernent au Cameroun, le vrai-faux procès contre Jeune Afrique

A travers le dossier consacré au «péril jeune», le ministre de la Communication estime que l’hebdomadaire panafricain veut «l’insurrection » et «la révolte» au Cameroun. Pas le premier à le dire

L’article de trop, pour le gouvernement camerounais. Le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, a décidé de réagir, une semaine après la publication par l’hebdomadaire Jeune Afrique d’un article intitulé: «Cameroun : Le péril jeune».

«Jeune Afrique a cette fois pris le taureau par les cornes, et décidé de franchir le Rubicon de son escalade contre le Cameroun. Il appelle donc la jeunesse de notre pays à l’insurrection, à la révolte, à la sédition, à la violence et à la destruction, a estimé Issa Tchiroma Bakary.

Au c ur de la colère du porte-parole du gouvernement, un article de deux pages de l’édition de Jeune Afrique, paru dans l’édition du 14 au 20 décembre 2014. Dans cet article, l’auteur constate que le chef de l’Etat, Paul Biya, âgé de 81 ans, en a 32 au pouvoir au moment où l’âge moyen des Camerounais est de 19 ans et où «plus de 60% d’entre eux ont moins de 25 ans».

Le journaliste de Jeune Afrique, dans son article, s’appuie essentiellement sur des données présentées par l’ONG International Crisis Group (ICG), dans un rapport publié le 4 septembre 2014 sous le titre: «Cameroun: Mieux vaut prévenir que guérir».

Les ministres et même les présidents de partis politiques d’opposition sont tancés dans l’hebdomadaire de la rue d’Auteuil à Paris comme dans le rapport d’ICG. «Les chefs d’institution sont vieux. Les dirigeants des sociétés d’Etat sont vieux. Les généraux sont vieux. Même les dirigeants des partis sont vieux», relève Jeune Afrique avec quelques illustrations. Pour le journal, «le péril jeune» vient du fait qu’il n’y aurait aucune perspective pour la grande masse de chômeurs diplômés du pays.

Le porte-parole du gouvernement a pour sa part relevé que sur les 240.000 agents de la Fonction publique, «150.000 ont été recrutés en 10 ans seulement, c’est-à-dire entre 2004 et 2014, soit une proportion de plus de 62% de l’ensemble des effectifs de la Fonction publique camerounaise».

Jeune Afrique précédé par d’autres
La dénonciation de la «gérontocratie» au pouvoir au Cameroun a régulièrement été soulevée dans les journaux locaux, sans susciter une réaction de la part du gouvernement. Le titre «ces vieux qui nous gouvernent» semble même devenu un marronnier pour certains journaux y compris des quotidiens, qui se plaisent parfois à publiciser l’âge de certains dirigeants. Lesquels sont étiquettés de «pépés» ou «vieillards».

Dans son édition de vendredi dernier, 19 décembre 2014, Le quotidien privé Le Jour rappelait que le président sortant de la Cour suprême, Alexis Dipanda Mouelle, avait été atteint par la limite d’âge en 2008 à la tête de cette institution avant de bénéficier d’une rallonge d’un an du chef de l’Etat. «Jusqu’au 18 décembre 2014 à 20h, il trônait toujours à la tête de la Cour suprême du Cameroun», relevait le Jour à l’endroit de celui qui aura passé un peu plus d’un quart de siècle à la présidence de la plus haute juridiction du Cameroun. Suite à un décret présidentiel, Alexis Dipanda Mouelle (79 ans) a été remplacé par Daniel Mekobe Sone (68 ans), et «admis à faire valoir ses droits à la retraite.»

Sur un autre plan, le Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA), lors de la présentation du Rapport 2014 sur l’état de la population mondiale à Yaoundé, avait indiqué que les jeunes de 15 à 34 ans constituent 35% de la population camerounaise. La frange âgée de moins de 18 ans quant à elle constitue la moitié de la population nationale, soit un peu plus de 10 millions de personnes. La Représentante de l’UNFPA au Cameroun, Barbara Sow, avait affirmé pour la circonstance qu’il était nécessaire de faire de ces jeunes «des travailleurs actifs et non des chômeurs dépendants».

«Dans quel pays au monde l’emploi des jeunes et l’avenir de la jeunesse ne constituent-ils pas de nos jours, de véritables casse-tête pour leurs dirigeants ?», a questionné le ministre de la Communication lors du point de presse du 22 décembre.

La Une du journal Jeune Afrique à problème
Journalducameroun.com)/n

D’après Issa Tchiroma Bakary, les critiques contre Jeune Afrique sont à mettre en relation avec d’autres sujets développés par cette publication et qui reflèteraient une «hostilité éditoriale» contre «les intérêts» du Cameroun. «Je m’en vais vous en donner quelques morceaux choisis», a-t-il indiqué.

«Sur l’année 2011, le 24 avril de cette année, Jeune Afrique titre: «Comment va le Cameroun ?» Toujours en 2011, le 10 octobre, l’hebdomadaire revient à la charge avec un titre encore plus provocateur : «Cameroun. Paul Biya, jusqu’à quand ?»
Passons à présent en 2012. Et c’est la Première Dame qui commence à faire les frais sous le titre: «Chantal Biya, femme invisible», avant que le 12 novembre 2012, le chef de l’Etat ne redevienne lui-même la cible: «Cameroun : 1982-2012, de Biya à Biya».
L’année d’après, le 16 juillet 2013, le chef de l’Etat est mis en accusation face aux régions septentrionales sous le titre: «Cameroun : Biya face au Nord».
Deux mois plus tard, c’est l’épouvantail militaire que l’on tente cette fois-ci d’agiter. Le titre à lui seul en dit long: «Cameroun, une armée inquiète».
Dès le début de cette année, Franck Biya, le fils aîné du Chef de l’Etat est à son tour allumé sous le titre: «Franck Emmanuel Biya, fils d’influence».
Viendra ensuite la fable sur Guérandi Mbara sous le titre: «Guérandi Mbara : le fantôme d’Etoudi».

«Cela n’est pas tolérable, et les hiérarques de ce journal doivent savoir que sous d’autres cieux, Jeune Afrique aurait déjà fait, rien que pour cette raison, les frais d’une mesure de suspension, voire d’interdiction», a menacé explicitement le porte-parole du gouvernement.

Ce n’est pas la première fois que l’actuel ministre de la Communication s’en prend à des médias internationaux. Le 10 octobre 2014, toujours au cours d’un point de presse, Issa Tchiroma Bakary avait indexé des médias français, les accusant de servir un «dessein macabre de déstabilisation et de mise à feu des institutions» du Cameroun. Il avait en l’occurrence cité : Radio France internationale (RFI) ; France 24 ; Le Monde ; Libération ; Rue 89, Médiapart.

Jeune Afrique n’est pas le premier à dénoncer la gérontocratie
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