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Le chemin de croix des seniors au Cameroun

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Le Cameroun a hérité de la France d’une structure administrative qui devrait lui permettre de subvenir aux besoins essentiels de sa population : les écoles, les hôpitaux, l’administration territoriale, l’armée, la police, la Gendarmerie, la poste, etc. Mais cette structure est aujourd’hui convalescente. Elle ne répond plus aux attentes de la population. Les inégalités de revenus observés et l’inflation galopante témoignent de la descente aux enfers de tous les diplômés qui ne peuvent  intégrer la vie active. Ce constat est encore plus inquiétant pour les retraités dont le niveau de vie est alarmant et qui ne disposent d’aucun revenu complémentaire.

Il n’est sans doute pas excessif de parler du chemin de croix des retraités car, à l’inverse, les jeunes diplômés subissent de plein fouet la brutalité d’un système qui ne leur garantit aucune activité après de rudes études. J’ai délibérément choisi le cas des retraités qui aspirent à une vie tranquille après des années de labeur bien accomplies. Pour les seniors, le départ en retraite est le début d’un supplice et un chemin de croix d’une extrême brutalité psychique.

Être retraité aujourd’hui au Cameroun est une épreuve difficile et sans issue. Quels que soient les fonctions occupées et le niveau de rémunération atteint, les pensions de cette couche de la population sont si faibles qu’elle est exposée à des jours difficiles. Le barème des retraites mis en place en 1974 n’est plus adapté. Les calculs y afférents n’ont jamais évolué.

Une précarité inquiétante

A un âge où la santé se fragilise régulièrement, le retraité ne peut subvenir au moindre de ses besoins car sa pension ne le lui permet pas. Il faut ajouter aux soins médicaux l’alimentation, les charges fixes dont le loyer, l’eau et l’électricité. Face à toutes ces charges, le retraité camerounais est d’avance condamné. Il ne peut satisfaire ses besoins élémentaires. La situation est encore plus difficile s’il doit payer les frais de scolarité de ses enfants en âge de scolarité.

Nous pouvons comprendre dès lors pourquoi certaines maladies affectent particulièrement cette couche de la population : accident vasculaire cérébral (AVC), diabète, insuffisance rénale, etc.

Ces maladies, courantes aujourd’hui, sont la conséquence logique du stress quotidien, de la mal bouffe, de la peur du lendemain, de l’indifférence affective et parfois du renoncement et qui provoque une précarité évidente des retraités. La baisse du niveau de vie crée un trouble permanent chez le retraité qui précipite sa descente aux enfers. C’est un problème sociétal lié à la perte du pouvoir d’achat qui ne trouvera sa réponse que par une mobilisation rapide des acteurs politiques pour relever leur niveau de vie.


Ces inégalités de revenus peuvent remettre en cause la cohésion sociale. Aucun débat n’est initié sur la faiblesse des revenus des retraités. Or, il est acquis que l’organisme qui gère les revenus des retraités a une santé à faire pâlir toutes les entreprises du pays (CNPS – Centre National de Prévoyance Sociale). Cet établissement, si riche et doté d’une structure enviable remplit-il sa mission sociale ? Ayons le courage de répondre par la négative. Les fonds collectés par la CNPS devraient améliorer le niveau de vie de ceux qui ont vaillamment travaillé et qui aspirent aujourd’hui à une retraite bien méritée.

Vers un revenu médian ?

Existe-t-il des politiques pour mettre fin à ce supplice ? La CNPS envisagerait-elle de construire des maisons de retraite pour les seniors désemparés ? La démocratie est un système ouvert où les problèmes sont débattus. La mortalité très élevée chez les retraités est inquiétante. Cette couche de la population coûte aussi très chère à la société. C’est un âge où la santé se fragilise et où le patient ne peut subvenir convenablement à ses besoins courants. S’il ne dispose pas de revenus complémentaires, il est exposé à la déchéance sociale. Ces cas sont très fréquents. C’est la conséquence d’une société où les inégalités de revenus augmentent très vite et laissent sur le carreau les jeunes, les retraités et les populations de campagne.

La déchéance sociale est cruelle. Elle ronge l’individu et le réduit parfois à la mendicité qui est l’expression d’une fin de vie absurde et injuste. Pourquoi ne proposerait-on pas un revenu médian ou une indexation des pensions à l’indice du coût de la vie dans un contexte inflationniste?

Un débat sur le sujet s’impose. Mais dans un pays où tous les débats sont étouffés, l’espérance est-elle encore possible ? Soyons courageux. Osons dire que la situation de la jeunesse camerounaise et celle des retraités est misérable quand on voit le train de vie mirobolant des fonctionnaires en exercice qui vivent dans un luxe insolent et indifférent parmi les pauvres.

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