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Chronique: Les Lions en panne de meneur de jeu

Au regard de la prestation moyenne du Cameroun face à la Guinée-Bissau, il manque au milieu de terrain des Lions un ou plusieurs joueurs à vocation offensive!

Pendant ce match aller du premier tour éliminatoire de la Can 2013, entre la Guinée – Bissau et le Cameroun, disputé le 29 février dernier, les attaquants des Lions indomptables ont été rarement servis en position idéale, alors que le rôle du milieu de terrain est d’effectuer la liaison entre la défense et l’attaque. Ce jour-là, Alexandre Song Bilong, l’habituel milieu récupérateur en club, a été intronisé passeur, alors qu’il n’est pas un meneur de jeu dans l’âme. En club, il peut lui arriver de faire une passe décisive, mais il a d’abord été formé pour savoir gêner le développement du jeu adverse. A Arsenal, en plus d’avoir de véritable ailier sur les côtés, le milieu camerounais transmet prioritairement ses ballons à Mikel Arteta et Thomas Rosicky, mieux habiletés que lui à organiser le jeu. L’an passé, Song Bilong jouait avec à ses côtés, Nasri et Fabregas, deux autres meneurs de jeu. On peut avoir deux, trois, quatre voire cinq milieux de terrain, selon le dispositif choisi. Une flexibilité tactique qui a poussé certains sélectionneurs des Lions (Jules Nyongha et Otto Pfister), trop prudents, à jouer seulement avec des milieux défensifs (Makoun, Mbami, Alioum Saidou, Mbia et/ou Nguemo).

Le milieu de terrain est peut-être le compartiment de jeu qui propose le plus d’options tactiques différentes. Ainsi, face à la modeste Guinée-Bissau, le Cameroun a débuté le match, avec dans l’entre jeu, Joël Matip, Landry Nguemo et Alexandre Song Bilong, trois milieux défensifs de vocation. Denis Lavagne, en manque d’imagination, essaye de faire perdurer chez les Lions une stratégie qui a peu fonctionné sous l’ère Paul Leguen ou Janvier Clemente! Ceci sans qu’aucun de ses adjoints ne s’en offusquent, oubliant que le Cameroun, à l’image d’autres équipes, chaque fois qu’il a développé un beau football, a joué avec au moins un milieu offensif. A titre de rappel, le meilleur joueur de la 8ème Can, organisée au Cameroun en 1972, s’appelait Jean Pierre Tokoko. Le virtuose milieu de terrain de l’Oryx de Douala, qui termina sa carrière professionnelle à Boston (USA), après avoir joué à l’Olympique de Marseille, au Psg et à Bordeaux.

Si le milieu forme un bloc, on différencie bien souvent les milieux défensifs des milieux offensifs, même si ceux-ci se doivent d’être complémentaires. A l’instar de la cuvée des Lions indomptables de 1984, champions d’Afrique en Côte d’ivoire, conduit par son excellent meneur de jeu axial Théophile Abéga. Dans un système de jeu en 4-3-3, à côté du métronome Abéga évoluaient le très talentueux Grégoire Mbida, comme relayeur. A cette époque, les Lions jouaient généralement avec un seul demi-défensif. Une fois que Théophile Abéga fut précipité à la retraite, le sélectionneur camerounais de l’époque Claude Le Roy eut l’intelligence de remplacer le ballon d’or africain 1984, par Louis Paul Mfédé, comme milieu offensif gauche et Cyrille Makanaky, comme milieu offensif droit, avec comme relayeur Kana Biyik et Emile Mbou, à la récupération. Optant ainsi pour un schéma de jeu en 4-4-2, formule gagnante à la Can de 1988 au Maroc et qui émerveillera la planète foot lors du Mondial italien 1990. Après un passage à vide, Pierre Lechantre, dans un système de jeu en 3-5-2, extrêmement flexible, allait réinventer un milieu de terrain avec dans l’animation offensive Lauren Etamé Mayer et Salomon Olembé. C’était l’époque de la «Dream Team», championne d’Afrique 2000 et 2002. Depuis la retraite internationale de Lauren et Olembé, les Lions indomptables jouent sans véritable milieu offensif. Achille Emana aurait bien pu remplir ce rôle, mais en joueur trop fantaisiste son jeu s’est avéré très peu efficace. Car à caus des incessantes batailles d’égos avec le leader Samuel Eto’o, il est passé à côté d’une belle carrière internationale.

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Il est fréquent d’entendre des grands tacticiens affirmer qu’un match se gagne ou se perd au milieu de terrain. Est-ce alors la raison pour ne jouer qu’avec les récupérateurs? Que non. Mais où sont passés les meneurs de jeu camerounais, peut-on se demander? En attendant l’arrivée probable du Néerlando-camerounais William Overtoom dans la tanière, la pauvreté du répertoire des footballeurs camerounais offre peu de solutions à ce poste. La faute à qui? A tout le monde. Mais, principalement aux formateurs et entraîneurs locaux, qui passent un temps fou dans les épreuves d’endurance, et ont tué le génie de nos footballeurs. La direction technique nationale a donc là du pain sur la planche. On ne devient pas meneur de jeu, mais on naît. Mais, le génie doit s’entretenir. Or, les petits terrains de jeu qui ont permis aux Jean Louis Mama (TKC), Joseph Kamga et Roger Fetmba (USD), Abéga (Canon) et bien d’autres, d’entretenir leur génie pendant leurs enfances ont aujourd’hui quasiment tous disparus. La faute à l’urbanisation anarchique de nos villes. Pour avoir donc de nouveau les joueurs de génie dans notre football, il ne suffira pas de continuer à donner quelques comprimés de «paracétamol» à un football malade de cancer, il faudra plus qu’une chimiothérapie, un électrochoc. Et ceci, sans état d’âmes.

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