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Climat socio-politique au Cameroun : la nécessité d’une victoire pour la dignité humaine

Dr. Stéphane Bobé Enguéléguélé, avocat camerounais spécialiste de l'analyse des politiques publiques. ©Droits réservés

Les Grandes Nations le demeurent, éternellement. Elles continuent d’exister telles qu’elles, fortes et solides, conscientes du sillon qu’elles tracent dans l’histoire. Alors que 2017 se termine, ainsi vois-je le Cameroun, ce grand pays, riche de sa diversité, sur les deux rives du Mungo, qui nous rappellent une histoire que beaucoup, aujourd’hui encore, refusent de considérer. Capturé par une minorité, le Cameroun est debout. Il est debout tel le Père qui se lève tôt, à la recherche de quoi nourrir sa famille. Debout la femme voûtée, ridée, qui armée d’une houe sarcle, sème et produit, pour que sa récolte soit convertie en quelque somme d’argent sur les marchés. Debout les jeunes, si nombreux, victimes et génération sacrifiée. Debout nos soldats, sans lesquels cette nation ne serait plus. Oui, notre pays demeure une nation debout, tutoyant l’histoire, effectivement résiliente face aux agissements de ceux qui le dirigent, et aux assauts de ceux qui menacent notre vouloir vivre ensemble.

Nous avons tous éprouvé tant de peine et de douleur, face aux drames trop nombreux qui ont jalonné notre quotidien en 2017. Le drame de la guerre qui est devenue le quotidien d’un pays si jaloux de la paix ; car la guerre, jadis cantonnée à l’Extrême-Nord où nous luttions contre le terrorisme, sévit maintenant au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, là où nous nous battons contre des forces sécessionnistes. Le drame de la violence qui s’est installée dans les rapports sociaux : on ne délibère plus, on ne donne plus la primauté à la discussion raisonnée, on n’abandonne plus la violence à celui qui doit l’exercer en notre nom à Tous : l’État.

Face aux rapports sociaux qui se tendent, les pouvoirs empiètent toujours sur les libertés publiques : le Cameroun a connu la coupure de l’accès à internet la plus longue de l’histoire, se caractérise par la violation des droits fondamentaux de la personne par nos forces de sécurité. Le drame de la pauvreté qui continue de placer notre pays loin derrière les États aux meilleurs indices de développement humain : toujours autant d’accouchements effectués sans l’assistance d’un personnel qualifié ; et si le niveau de la mortalité maternelle et infantile jusqu’à cinq ans s’améliore, notre pays demeure l’un de ceux où les dépenses de santé par habitant sont les plus faibles (40 USD approximativement) ; les droits des femmes toujours si peu respectés. La modernisation de l’école et de l’université restent des chantiers sans cesse différés. L’émigration des jeunes est apparue sous le visage honteux de la réduction de nos enfants en esclavage, loin de chez nous, et sans que nous n’y puissions grand-chose. On est interpellé par le drame d’un service public si délabré qu’il ne se rend plus sans être monnayé. Le drame d’infrastructures usagées, rend le quotidien si difficile : des routes honteusement délabrées, indignes de nos aspirations. Et l’eau qui ne coule plus ou si peu, alors que nos fleuves et nos lacs font du Cameroun, un pays béni des dieux. Des coupures d’électricité à répétition. Une croissance estimée à 4,7% du PIB, une politique budgétaire expansionniste  creusant notre déficit budgétaire à 3,3%, les générations futures étant endettées, pour très longtemps.

2017 nous laisse l’image d’un peuple, coupé d’une élite gouvernante autiste, incapable de satisfaire les aspirations sociales élémentaires du peuple. Il y a sans doute la part du contexte : une très forte dégradation de la situation des changes, la dévaluation compétitive de la monnaie nigériane, l’atonie de la croissance au sein de la zone euro notamment. Mais cette situation toujours plus difficile pour nos compatriotes est liée à la crise de la gouvernance publique, l’État se montrant finalement incapable d’anticiper les crises et de mettre en place les mesures correctives qui s’imposent. Beaucoup d’hommes et de femmes ont continué de se battre au cœur de l’État, pour que le système fonctionne. Mais, désormais, le ver est dans le fruit. Notre pays prend du retard en comparaison avec des pays économiquement au même niveau. Il peine à jouer son rôle de leader en Afrique centrale, et vers les Grands Lacs ? La crise économique s’est durablement installée, puisque nous nous retrouvons sous l’empire d’un nouveau plan d’ajustement structurel imposé par le Fonds Monétaire international. Beaucoup se gausseront de succès et de réalisations politiques et économiques en 2017. Le verre est peut-être à moitié plein ou à moitié vide. Mais cette année 2017 a amplifié un quotidien de souffrance de nos compatriotes : la vie est difficile et l’aspiration au changement très forte.

2018, l’heure de rebâtir les ponts

Je pense à ceux des nôtres qui nous ont quittés. Je pense aux nombreuses familles endeuillées, les soldats, bien sûr, tombés pour défendre notre pays, mais aussi, tous ceux que la maladie ou les accidents de la vie ont vaincus. Je pense aux victimes de la catastrophe ferroviaire d’Eseka, à ceux qui tombent lors des tueries dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun. Je songe à tous ceux qui subissent dans leur chair les peines de la maladie. Je pense à chaque camerounais qui souffre et qui n’est pas heureux. Au seuil de 2018, je pense à chaque être humain qui doit se battre pour assurer son quotidien. Je pense si fort à ces millions d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, qui n’ont pas connu, une fois de plus, la chaleur d’un foyer durant cette période de fêtes, la douceur d’un repas partagé, la présence d’une main fraternelle les prenant par l’épaule pour leur dire : Mon Frère. Ce sont des Camerounais, nos Frères.


C’est 2018. C’est l’heure de rebâtir les ponts permettant de rapprocher les hommes et les femmes de ce pays. C’est le temps de sauver notre Grand et Beau Pays. C’est l’heure de réparer les fissures et les lézardes qui signent de graves menaces contre l’unité. 2018 c’est le temps d’une victoire nécessaire pour la dignité humaine : pour que chaque camerounais soit préservé dans ce qu’il a de sacré, partout, toujours. Il est l’heure que les blessures de la crise anglophone soient pansées. Il est temps que la paix se réinstalle, que la fierté d’être Camerounais retentisse de nouveau alors que notre image à l’international a souvent été mise à mal. Voici venu le temps de retisser le lien, qui nous fait tant défaut. Il est temps de débloquer notre potentiel de croissance économique, et de libérer nos énergies. 2018 c’est le temps du choix. Le temps d’un choix pour le changement. Ce pays est une Grande Nation et il le demeurera. Il a vocation à devenir une puissance, tellement il est riche d’hommes et de femmes dont les qualités sont partout, vantées et enviées.

De là-haut, sur le Char des dieux veille un Dieu d’Amour et de Paix. Son message vibre dans nos cœurs, quelles que soient nos convictions. Je suis convaincu du triomphe de l’Unité, de la Paix et du Progrès. Je vous souhaite à Tous et Toutes, une belle et heureuse année 2018.

 

 

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