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Combattre le dictateur africain c’est combattre la Ve République et vice versa

Par Bertrand Teyou

Je sors fraîchement du trou, ce que nous appelons ici à la prison de Montmédy le mitard. J’y ai passé 7 jours, pour avoir exprimé mon mécontentement contre des surveillants qui m’imposaient un ordre contraire au respect de la loi Evin.

J’ai été alors arrêté, confiné, isolé, puis jugé et condamné par le directeur de la prison. Genre vous dénoncez Cahuzac, et c’est lui qui décide de votre sort. « Si nous on viole la loi, vous restez au fond de votre cellule, vous arrêtez de respirer et vous vous taisez! » m’a-t-on assené. Sentence martiale, l’incroyable découverte de l’antre de la terreur que je ne sus trouver en visitant l’hacienda du negro Duraço à Zihuatanéo.

La décision qu’on me sert est assortie de la mention selon laquelle conformément aux dispositions de l’article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, vous pouvez faire appel, un recours non suspensif contre la condamnation prononcée, ce qui ne vous offre d’autre choix que celui de laisser le bourreau achever sa besogne.

J’ai été frappé dur, pour m’être plaint de suffoquer dans un bâtiment étroit infesté de fumée de drogue, monstruosité vécue en chose conviviale par une Administration pénitentiaire qui ne se cache même plus d’exploiter la fragilité de pauvres détenus métamorphosés en cobayes.

Administration qui livre de l’allume-bedo (drogue) non-stop, contrairement à la Constitution qui interdit à l’État de participer de près ou de loin à des actes criminels.

II faut le vivre pour le croire, c’est subtil et diabolique, un tout petit stick halal collé à la porte de votre cellule, auquel on ajoute breuvage télé et bedos ou pétards à volonté, et le tour est joué, l’overdose de terreur, longtemps avant l’appel du muezzin qu’on osera accuser à tort pour distraire l’opinion.

Telle est la réalité, loin des contes de fée des utopistes cyniques qui, à longueur de journées, nous chantent les vertus de la poésie française, pour le soir aller faire la pute auprès des investisseurs qui se fichent royalement de parler le français. Des troubadours qui nous diront par la suite que la Fraternité passe avant les intérêts. Oubliant qu’ils tinrent le même discours en accordant, par pur profit, le droit de vote à l’esclave avant leur propre mère.

Alors, au grand dam des rêveurs. Ou bien encore de ces libertaires qui ont manqué d’apprendre leurs leçons pour réaliser que des gens ont répondu aux questions qu’ils se posent, il y a lieu de réaffirmer que rien ne nous détourne de l’objectif unique et central : sauver l’enfant Tikar qui, en Afrique noire et au phallus, est décapité par des soldats français, un cycle de terreur sans fin.

Barkhane, Sangari, la tragédie continue. La même furie que celle de l’opération Delta où l’on découvrit avec stupeur que la noble hiérarchie, qui envoie les soldats combattre le terrorisme, est la même hiérarchie qui envoie les terroristes attaquer les soldats.

Épisode pendant lequel les services secrets, pris la main grossièrement dans le sac, se défendirent en avouant l’impensable: « notre boulot officiel de tous les jours c’est le faux et usage de faux, le complot, le massacre, etc.»

Haute trahison qui d’ailleurs avait été traitée en affaire dérisoire, parce que les 21 soldats tués à Bakassi n’étaient « par chance » qu’Africains, et non Français. Omerta d’État où le locataire d’Étoudi verra son élan chrétien tranché par la foudre des bailleurs de fonds, prière impérative de congédier la commission d’enquête du colonel Soureck qui avait commis la bêtise de travailler avec.

On n’est jamais sorti du carnage colonial. D’une main on massacre et de l’autre on apporte de l’aide, aide publique au développement, aide humanitaire, aide monétaire et, comme par hasard, le même scénario en France, aide au logement, aide médicale, allocation familiale. Même la Christiane Taubira, qui pensait être sortie du lot, a été rattrapée par son historique d’aide au logement. Nous sommes marqués au fer par l’aide, un anéantissement psychologique prodigieux, car l’aide éternise l’affaiblissement, alimentarise le droit et transforme l’abus de l’opulent en vertu.

Pour la gouverne de véloces manipulateurs qui prennent du plaisir à confondre la bonne foi d’honnêtes profanes, je tiens à préciser que je n’ai jamais été contre la France, je suis contre l’ordre meurtrier de la Ve République, ses désastreuses conséquences qui dévastent les ex-colonies, laminent les territoires d’outre-mer, réduisant le destin des citoyens à l’humeur d’un prince qui confisque les ressources et hypothèque le droit d’initiative, créant une misère économique qui, au final, plonge tout le monde dans le même tourbillon de la dette suicidaire, le bourreau et l’opprimé, Areva et le Niger.

Les Républiques de pacotille de l’Afrique francophone ne sont que le prolongement de la folie suicidaire de la Ve République pilotée depuis le cabinet noir du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, donc ne peuvent survivre qu’en faisant mécaniquement allégeance à la France. Combattre le dictateur africain c’est combattre la Ve République et vice versa.

Celui qui s’est insurgé devant Biya ne le serait que doublement face à Hollande. Celui qui a soutenu le « casseur » de février 2008 ne peut que comprendre 1′« incendiaire » de Besançon. Autrement, cela signifierait que le Kunkuma n’était que notre « moins cher », ce qui est inacceptable.

Il est du devoir impérieux de chacun de nous de combattre sans hypocrisie, pour tuer le mal depuis la racine. Débarrasser l’Afrique de ces conflits superflus qui nous empoisonnent et nous divisent, au point où un Africain va couper le bras d’un autre Africain pour soit disant lutter contre le vol, au nom de la religion!? Alors que la Foi bantu, Maâ*, nous enseigne: « si tu savais ô combien foudroyante est la colère de Dieu, jamais tu n’oserais lever ton épée contre le captif, tu lui viendrais au secours ».

Ma modeste revendication porte sur le juste droit.

*Maâ est la mère sacrée de tous les Noirs de la terre. ElIe veille sur le laâkam ou paâkam (grande maison des Kam qui signifie humains nobles et est le nom primitif de kamite). En Bambara, Maâ est vénérée en Être premier, en Baham. Sagesse première d’où maâ-te (sagesse concrète), en Haoussa ou Peul Faculté première, fondamentalement la même signification aux 4 coins d’Afrique. Maâ est femme car, « venant tous du ventre de la femme, disent les anciens, nous avons la preuve matérielle que le premier être humain est femme, ce qui n’est pas le cas de l’homme. »

Bertrand Teyou.
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