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Combattre l’esclavage des temps modernes

Par l’Ambassadeur des États-Unis au Cameroun, S.E. M. Robert P. Jackson

Aux États-Unis, pendant le mois de février, les Américains de toutes les cultures et de toutes les races, célèbrent le Mois de l’histoire des noirs. C’est devenu un mois qui permet à mon pays de réfléchir sur le rôle vital que les Africains-Américains — dont nombreux sont des descendants d’esclaves — ont joué pour construire notre pays et contribuer à donner forme à la marche de l’histoire américaine. Cette année, le Mois de l’histoire des noirs acquiert une importance spéciale, au moment où les Américains commémorent le 150ème anniversaire de la Proclamation de l’émancipation par le Président Lincoln, qui mit fin, en 1863, à la servitude de tous les esclaves aux États-Unis d’Amérique. Même au moment où nous célébrons la contribution inestimable des Africains-Américains dans les domaines de la science, du droit, de la médecine, de l’administration publique et des arts, ainsi que dans d’autres domaines, nous nous arrêtons un moment pour reconnaître l’histoire tragique et commune qui lie le Cameroun et les États-Unis – le commerce transatlantique des esclaves. En souvenir à cette histoire commune, l’Ambassade des États-Unis apporte actuellement son soutien à la préservation de l’ancien port d’esclaves de Bimbia. Et nous devons nous souvenir, non seulement pour nous rappeler à nous-mêmes le chemin parcouru, mais également pour nous rappeler la distance qui nous reste encore à parcourir.

Bien que la servitude et l’esclavage, en tant qu’institutions légales, ne soient plus que des vestiges du passé, l’esclavage continue toujours à entraver la liberté d’un grand nombre à travers le monde. En tant que nation qui a connu, à la fois, l’horreur de l’esclavage et la beauté de la liberté, nous pouvons dire en toute confiance qu’aucune forme d’esclavage, quel que soit l’endroit, n’est point acceptable. Un siècle et demi après la proclamation de l’émancipation définitive des millions d’hommes, de femmes et d’enfants esclaves aux États-Unis, le Président Obama a récemment déclaré qu’à travers la Proclamation d’émancipation, Lincoln « a réaffirmé l’engagement des États-Unis en faveur du pilier immuable de la liberté. Par conséquent, dès à présent, nous demeurons fermes dans notre détermination de voir tous les hommes, femmes et enfants disposer de l’opportunité de bénéficier de ce cadeau suprême. » Cependant, nous avons encore un long chemin à parcourir avant de réaliser la vision d’un monde libre de toutes les formes contemporaines d’esclavage. Jusqu’à 27 millions de personnes sont des victimes de l’esclavage des temps modernes, également appelé traite des personnes. Ce crime se dissimule sous de nombreuses facettes. Il peut s’agir de la brimade de domestiques séquestrés dans les maisons de leurs employeurs, de la mendicité forcée au profit d’un marabout ou de l’asservissement d’un enfant dans une cacaoyère. Il peut s’agir de la prostitution d’une jeune fille dans un bordel ou l’embrigadement d’un garçon comme enfant soldat. Quelle que soit la forme qu’elle prend, dans son essence, la traite des personnes constitue un crime d’exploitation qui enlève à sa victime leur liberté et leur dignité. L’esclavage des temps modernes intervient dans chaque pays, et chaque gouvernement a la responsabilité de combattre ce fléau.

Les États-Unis sont engagés dans une lutte contre l’esclavage moderne sur le plan national et à travers le monde, en recourant à l’approche « 3P » – poursuites judiciaires contre les trafiquants, protection des victimes et prévention de ce crime. Nous sommes également impatients de collaborer avec les gouvernements qui s’attaquent à ce problème de manière sérieuse. Ainsi, nous collaborons avec les acteurs de la société civile, les groupes confessionnels et le secteur privé — tous ceux qui apportent une contribution et une expertise uniques dans ce combat. Une grande part de notre combat porte sur la sensibilisation et la promotion de l’activisme pour identifier et mettre fin et le prévenir. Le Cameroun est un partenaire actif de l’effort mondial qui uvre à la lutte contre la traite de l’être humain. En décembre 2011, le Président Paul Biya a promulgué une loi complète sur la criminalisation de la traite de l’être humain et de l’esclavage. En mai 2012, il a également promulgué une autre loi ratifiant le Protocole facultatif à la Convention sur les droits de l’enfant sur l’implication des enfants dans les conflits armés. Ces étapes sont importantes et une mise en application efficace de ces lois enverra un message fort que les Camerounais ne participeront pas à l’esclavage des temps modernes.

Pendant la période de l’esclavage américain, le « chemin de fer clandestin » a permis à des dizaines de milliers d’esclaves d’échapper à la servitude. Ce système secret de voies d’évasion était soutenu par des blancs, des Américains autochtones, des noirs qui étaient nés libres, des anciens esclaves, des hommes, des femmes et différents groupes confessionnels. Ils ont fourni un toit et des repas ; ils ont servi de guide à ceux qui voulaient braver les dangers liés à la quête de la liberté. Mais, aujourd’hui, c’est à nous qu’incombe la responsabilité de lutter pour la liberté de ceux qui portent les chaînes de l’asservissement. Et chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans l’éradication de l’esclavage des temps modernes. Dans le cadre de notre commémoration de l’émancipation et en tenant compte de l’invitation du Président Obama « de célébrer cet événement avec des programmes et des activités appropriés, » le Département d’État s’est associé au National Underground Railroad Freedom Center à Cincinnati pour la production d’un film, Journey to Freedom (Voyage vers la liberté). Ce film établit le parallèle entre la traite des personnes et l’esclavage qu’a connu les États-Unis. Pour attirer l’attention et encourager un plus grand nombre de personnes à participer à la lutte contre l’esclavage des temps modernes, l’Ambassade des États-Unis à Yaoundé organisera une projection de ce film, suivi d’un débat, dans le cadre de ses activités du Mois de l’histoire des noirs.

Après tout, cela nous concerne tous — apprendre à identifier ce genre de crime, connaître ce qu’il faut faire après l’identification et empêcher qu’il nuise à nos communautés — si nous voulons remporter des succès dans la lutte contre l’esclavage des temps modernes. Et ce combat ne mérite rien d’autre que notre soutien absolu. Comme l’a déclaré le Président Obama, la « lutte contre la traite des personnes est l’un des grands piliers des droits de l’homme de nos jours. » Les États-Unis demeurent engagés dans ce combat et nous espérons que vous serez notre partenaire dans cet effort.

Robert P. Jackson, Ambassadeur des États-Unis au Cameroun
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