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Comment expliquer la recrudescence des AVC sur le continent africain?

Par Benjamin Ndjama

Sont mortes à la suite d’un AVC : Papa Wemba, David Mayebi, Stephen Keshi. Foudroyé par le même accident, Rigobert Song a finalement été sauvé par la médecine. On peut s’en réjouir.

Si on s’en tient à la littérature médicale, les personnes dont nous parlons ne devraient pas appartenir à la population à risque.

La quasi-totalité des articles médicaux que nous lisons recommandent la pratique du sport comme comportement préventif contre l’hypertension, le diabète, le l’hypercholestérolémie, le surpoids.En clair contre la majorité des causes éventuelles d’AVC. On rencontre même de nos jours des médecins qui refusent catégoriquement de prescrire des médicaments à un patient confronté aux problèmes d’hypertension ou de cholestérol au motif que la pratique du sport serait plus saine que la prise des médicaments. Tout médicament pouvant générer des effets secondaires pervers.

Rigobert Song, Mayebi, keshi, sont d’anciens sportifs. Bien que retraités tous continuaient à jouer au football.

Papa Wemba est un chanteur. Un chanteur danse en permanence. La danse génère un effort physique proche de la pratique sportive.

Que les AVC se multiplient chez des profils d’individus (Sportifs, chanteurs, Grands nomades) dont le style de vie est conforme à ce que préconise la médecine est un paradoxe sur lequel le discours médical devrait apporter des clarifications.

De l’avis de certains médecins avec lesquels nous avons discuté, la flambée des AVC en Afrique et au Cameroun en particulier est un phénomène récent. Certes les accidents vasculaires cérébraux ont toujours existé dans nos sociétés. Lorsqu’ils intervenaient en milieu paysan, la prime était donnée à l’origine magico-religieuse. Ce qui tétanise la société camerounaise d’aujourd’hui c’est l’ampleur que prend le phénomène depuis quelques années. Comment expliquer cette recrudescence ?

Il est de mode lorsqu’on étudie ce fléau à partir de l’Occident, de mettre en cause la gastronomie africaine. Les personnes qui participent à cette démarche intellectuelle lui reprochent à volonté d’utiliser beaucoup d’huile et de sel. L’huile de palme considérée par certains scientifiques comme nocive à la santé a souvent été l’objet d’attaques radicales.

L’Afrique a-t-elle besoin d’un programme d’ajustement gastronomique ? Certains commentateurs préconisent qu’on modifie nos modes alimentaires en intégrant beaucoup plus de végétaux. D’autres nous invitent à consommer moins de viandes et beaucoup plus de poissons. D’autres mènent la guerre contre le sucre.

La mise en cause de la cuisine africaine ne fait pas consensus. Les Africains ont les mêmes modes alimentaires depuis des siècles.

L’utilisation de l’huile de palme dans la cuisine africaine est trop vieille et trop répandue dans l’Afrique des campagnes. Or pour autant qu’on sache l’huile de palme ne faisait pas des ravages en Afrique. La flambée des AVC est un phénomène récent.

Une grille de lecture divergente semble s’imposer sur le continent. Ses tenants mettent en cause l’importation massive des produits alimentaires venus d’Occident. Ils nous rappellent à souhait que l’Afrique a toujours mangé.

La mise en cause de la gastronomie africaine procède du besoin forcené d’élargir le terrain de l’afro-pessimisme. La flambée des AVC est un phénomène mondial.

Les AVC constituent l’une des principales causes de mortalité en France, la première pour les femmes ; la première cause de handicap acquis de l’adulte, la deuxième cause de démence. En France, chaque année, 155 000 nouvelles personnes sont touchées par un AVC, une toutes les 4 minutes, et 62 000 vont en décéder.

Cette pathologie est souvent ignorée ou négligée, alors que près de 800 000 Français sont touchés aujourd’hui et que plus de 500 000 en gardent des handicaps.

Si l’importation massive des produits alimentaires venus d’Occident était la principale explication du développement africain du fléau, il faudrait en déduire que phénomène pourrait s’aggraver dans les années qui viennent avec la mise sur pieds des APE.


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