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Commerce illicite du bois: une activité en expansion à Kribi

Ils sont plusieurs dépositaires à uvrer dans l’illégalité dans cette ville, au Sud du Cameroun, pour arriver à ravitailler leurs dépôts de bois et à satisfaire leur clientèle

Nous sommes au quartier «Petit Paris» de Kribi, dans le Sud du Cameroun, et les dépôts de bois, ce n’est pas ce qui manque dans cette partie de la ville. Des deux côtés de la rue on voit exposés sous des chapiteaux des lattes de bois. Une question nous interpelle où et comment s’approvisionnent tous ces dépositaires ? Pour satisfaire notre curiosité, on est conduit par un marchand de bois auprès du vice-président de l’association des dépositaires de la ville de Kribi, Thomas Ekouti. A son comptoir on retrouve plusieurs essences dont les lattes, le bois de coffrage, le bibolo et le bubinga pour ne citer que celles-là. Tous ces bois selon lui représentent «les rejets» achetés au niveau des scieries comme Whisma car dit-il: «le bon bois est exporté vers les pays européens». Mais ces restes de bois dont parle Thomas ne nous intéressent pas particulièrement.

Au fond de son atelier sont posées des planches de bois à l’état brut ces derniers ne viennent certainement pas des scieries se dit-on. Et Thomas ne se fera pas prier pour nous expliquer où et comment il s’approvisionne. Pour commencer, il reconnait que les moyens utilisés pour être en possession de ce bois sont illicites. Face à la demande des clients qui s’intéressent plus au bon bois qu’aux rejets, Thomas, qui est dans ce secteur depuis maintenant huit ans, s’est retrouvé dans le commerce illicite des essences forestières.

Il va dans les forêts villageoises où il achète des arbres qu’il abat et découpe en planches avec l’aide d’un scieur. Une fois que le travail du scieur est terminé, il faut acheminer le bois vers la route où le camion pourra facilement le transporter vers Kribi. La main d’ uvre est souvent trouvée sur place. En général, ce sont les jeunes du village qui effectuent le transport de la brousse à la route en échange d’un payement. Ils sont payés par planche transportée. Quand le bois est en route, le camion peut facilement le transporter vers la ville. Mais tout ne s’arrête pas là.

N’ayant pas de certification qui l’autorise à exploiter le bois dans les forêts, Thomas doit faire face aux agents forestiers en cours de route. A ce niveau intervient la corruption. Pour passer, il doit monnayer. Thomas nous explique donc qu’il lui arrive, ainsi qu’aux autres personnes dans la même activité, de payer jusqu’à 50.000F CFA pour les frais de route afin de pouvoir acheminer leur chargement jusqu’à Kribi.

«Nous ne pouvons pas avoir tous les papiers. Ça coute les yeux de la tête. On est obligé de jongler en bas et de payer des taxes à la délégation», nous avoue-t-il. Notre dépositaire du jour n’est pas soucieux du devenir des forêts de Kribi car pour lui: «Il y a encore beaucoup de bois dans l’Océan. Nous n’avons même pas encore commencé à exploiter le vrai bois». Les villages exploitables sont entre autres, Akom II, Bipindi, Mvengue. Actuellement il est en chantier dans un village situé à une quarantaine de kilomètres de la ville.

A son niveau, le délégué départemental du ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) pour le département de l’Océan nous explique que le maximum est fait par son département pour stopper l’exploitation illicite du bois dans l’Océan. «Nous avons trouvé des gens qui travaillaient complètement dans l’illégalité. Nous avons d’abord procédé à une sensibilisation et leur avons ensuite demandé de s’approvisionner auprès des forets communautaires qui sont nombreuses dans le département. Voilà comment nous avons essayé de les ramener pour qu’ils puissent avoir du bois légal. Il est vrai que c’est difficile mais ça s’améliore petit à petit», fait savoir Armand Etoa Akoa.

Le bois exploité dans l’illégalité est parfois saisi par son département. Pour preuve, il nous montre, dans la cour de ses bureaux, une bille de bois de 14 mètres cubes de diamètre saisi en décembre 2013 dans la localité de Bipindi et vendue aux enchères à 22 millions de F CFA.


JDC)/n



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