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Communiqué officiel du ministre camerounais de la communication sur le rapport du CCFD

« A propos d’un devoir de vacances »

Depuis trois semaines on l’attend, le Rapport de l’ONG baptisée « Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement » (CCFD). Il y a trois semaines en effet, un porte-parole de l’ONG informait le public que des « militants et journalistes camerounais » avaient été déçus que le Cameroun ne figurât pas dans le Rapport 2007 du CCFD. Et M. Jean Merckaert – puisqu’il s’agit de lui- d’annoncer alors dans la foulée (Repères n°125, du 03 juin 2009, p.9) :

« Ils ont cherché à rassembler tous les éléments à leur disposition sur le sujet, et même celui du Président camerounais. C’est essentiellement ces documents et quelques autres qui vont nous permettre de consacrer quelques pages à la situation au Cameroun. »

Chose promise, chose due: quatorze paragraphes étalés sur six pages sont consacrés au Cameroun, au Président Paul Biya et à ses proches dans la livraison 2009. Le Rapport insiste derechef sur ses commanditaires, déjà évoqués il y a trois semaines :

« Déçus, voire vexés de ne pas trouver Paul Biya dans l’étude sur les biens mal acquis que nous avons publiée en 2007, des associations, syndicats et journalistes camerounais se sont penchés sur la question ». On croit comprendre que ce sont les « militants» évoqués le 03 juin qui se sont mués en «associations et syndicats », (paragraphe 5) ; mais, passons.

Prime évidence : le Rapport est commandité. L’on peut donc s’acheter un Rapport auprès de l’ONG catholique CCFD, qui n’est pas une congrégation religieuse, Dieu merci. Des individus, mués par la suite en « associations et syndicats », se sont estimés déçus que le Président Paul Biya ne figurait pas sur une liste d’un Rapport rédigé en 2007 ; ils se sont jurés de l’y introduire bon gré mal gré ; et le CCFD fait droit à ce caprice. Donc, acte, on peut s’acheter un Rapport sur x ou y au CCFD.

Seconde évidence : pour se faire confectionner par le CCFD un Rapport sur x ou y, vous devez vous-même apporter le tissu. Et chacun en l’occurrence aura apporté son bout de tissu : les Cahiers de Mutations, les Dossiers de Germinal, la Nouvelle Expression.pour une compilation hétéroclite d’assertions déjà entendues ici et là, sans jamais assez d’éléments probants et concrets pour se faire.une religion. Il pleut des cordes de chiffres, que l’on balance à qui mieux mieux.

Venons-en donc à cette compilation hétéroclite.

Contrairement à l’insinuation du Rapport 2009 du CCFD (paragraphe 5), le sujet n’est nullement tabou ; à preuve, aucun des journaux camerounais l’ayant abordé n’a été censuré, (la censure n’existant plus au Cameroun, grâce au Président Paul Biya) ; aucun des journaux l’ayant abordé n’a été inquiété.

L’incident des deux « reporters » escaladant la clôture d’une concession privée du côté de Zoételé pour prendre des photos ne saurait être la preuve du caractère tabou du sujet. A l’époque de cet incident un rien burlesque, d’aucuns, dans la profession, toutes sensibilités confondues, estimaient que le journalisme d’investigation avait tout de même été poussé à des limites extrêmes par ces reporters qui avaient décidé d’enquêter à travers villes et villages, dans l’ordre inverse de l’alphabet, en commençant par Z comme Zoételé, et avec des méthodes inédites dans la profession journalistique.

On s’est posé des questions : est-il permis de violer un domicile privé pour cause d’investigation journalistique ? Le reporter venant à se casser la jambe dans un tel exercice, son employeur pouvait-il considérer qu’il s’agissait d’un accident de travail, et supporter les frais afférents?..

Pour revenir à la compilation des articles de presse, on aura noté la fréquence du conditionnel, qu’il s’agisse de Président Paul Biya enrichi ou enrichisseur. Il aurait enrichi M. John Fru Ndi (paragraphe 8). « John Fru Ndi a nié » (même paragraphe). Il aurait enrichi des adeptes français de la Rose-Croix (paragraphe 7), lubie en son temps démentie, ainsi d’ailleurs que toutes les autres, aujourd’hui réchauffées pour les besoins de la cause.

Le Président Paul Biya est en train de bâtir une résidence au quartier Bastos mais c’est un secret de Polichinelle, lui-même ayant déclaré, lors de l’inauguration de l’Ambassade des Etats-Unis, qu’il sera leur voisin. Son fils aurait une villa ou une société au capital de 1000 euros, soit 656.000 fcfa. Et puis quoi ? Franck Biya est un homme d’affaires.

Le Président Paul Biya est soupçonné d’utiliser des prête-noms (paragraphe 9) ; il « aurait jeté son dévolu sur l’exploitation de la bauxite, qu’il contrôlerait à travers Hydromin Inc à qui l’exhaustivité de l’exploitation a été cédée le 13 janvier 2006 ». Toujours le conditionnel mais arrêtons-nous un instant sur cette assertion non fondée. En effet, les faits, les voici :

Un permis de recherche a été attribué à Hydromin Inc dont le promoteur est l’Américain Peter Bigger. Depuis fin 2008, la société Hydromin Inc a cédé 45% de ses actions à la société indienne Hindallo et 45% à la société Dubal (Emirats arabes unis). Hydromin est devenu par conséquent minoritaire (10%) et une nouvelle société, Cameroon Alumna Ltd a vu le jour, qui a hérité, en toute logique, des permis de recherche initialement dévolus à Hydromin. Cameroon Alumna Ltd poursuit ses activités de recherche dans la perspective de l’exploitation du gisement de bauxite.

Cet exemple achève d’édifier le lecteur sur la légèreté du Devoir de vacances – en l’occurrence, une synthèse de dossier ou une revue de la presse – donné au CCFD par des «syndicats, associations, et journalistes », autoproclamés maîtres de la classe.

Le Rapport est apocryphe en ceci que des journaux ont fait des papiers, comme on dit dans le jargon ; ils les ont transmis au CCFD pour validation. Et le CCFD s’est contenté de valider sans enquête complémentaire, sans critique des sources, sans recoupements. Au surplus, le document publié le 24 juin 2009, pose un problème de signature. Y aurait-il des droits d’auteur à payer qu’on ne saurait à qui les servir.

En définitive, à qui profite et à quoi sert la partie Cameroun du Rapport 2009 du CCFD? Le Rapport profite à ses commanditaires cela va de soi ; la partie Cameroun vise cependant des objectifs spécifiques finaux, qui sont le signifié ultime de cet étrange Devoir de vacances.

Au-delà de vouloir en faire l’impromptu d’une liste en circulation depuis quelques mois, le Devoir de vacances du CCFD vise à ternir l’image du Président que les Camerounais se sont librement donné.

Il entend entamer son image, et ainsi faire pièce à l’éloge de Paul Biya dans le succès de librairie intitulé « le Code Biya ».

Il voudrait pouvoir ternir son image, au lendemain et à la veille de succès diplomatiques péremptoires : la visite officielle du Saint-Père, la toute première qu’il effectue en Afrique, la visite officielle du Premier Ministre français M. François Fillon, le jour même de notre Fête nationale, et surtout la toute prochaine visite officielle du Chef de l’Etat en France, dans seulement quelques jours.

Il voudrait, encore et surtout, entamer le bilan d’un Homme à qui le Cameroun doit, dans un environnement difficile, de vivre en paix, et de bâtir sereinement, son Avenir; c’est dire que personne n’est dupe.

Quant au Devoir de vacances, chacun appréciera quelle note lui attribuer. De la mienne, je ne fais aucun mystère.

Jean-Pierre BIYITI bi ESSAM
journalducameroun.com)/n
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