Politique › Institutionnel

Comprendre l’implication du Tchad dans la lutte armée contre Boko Haram

Elle obéit avant tout à un souci de protection de ses « intérêts vitaux et stratégiques » pour un pays sans accès à la mer

Matérialisé par l’envoi d’un premier groupe constitué de parachutistes dès jeudi dernier, le jour même de l’annonce de cette décision, le déploiement des troupes tchadiennes chargées de prêter main forte à l’armée camerounaise se poursuit progressivement, le début d’une grande opération de lutte contre Boko Haram impliquant divers acteurs au Cameroun et au Nigeria.

D’après les analystes, la mobilisation observée témoigne d’une prise de conscience visant à tordre le cou à une menace qui s’étend bien au-delà du théâtre d’opération actuel de la secte islamiste nigériane.

« Le territoire camerounais devient un enjeu ici parce qu’il permet de faire une jonction avec le Tchad et la Centrafrique. Et comme le Tchad fait jonction avec le Soudan tout comme la Centrafrique, le théâtre des opérations devient important et ça va permettre de contrôler tous les transits d’armes qui sortent du Sahara », a estimé à Xinhua le géo-stratège camerounais Joseph Vincent Ntuda Ebodé.

Pendant longtemps, le Tchad est apparu avec le Soudan comme une zone de transit pour les livraisons d’armes à Boko Haram, dont les marques de fabrication pour certaines d’entre elles laissent songeur sur les sources d’approvisionnement, à l’exemple des chars à chenille maintes fois repérés lors des attaques au Cameroun.

Comme le prouvent les annonces faites en 2014 sur les négociations pour la libération des quelque 225 lycéennes enlevées en avril à Chibok dans le Nord-Est du Nigeria, le pouvoir de N’Djamena a souvent aussi été accusé d’accointances avec les leaders du groupe terroriste qui, à en croire certaines sources, auraient même tenté de nouer des deals pour l’exploitation du pétrole au Sud de territoire tchadien.

Simple rumeur ou non, « à partir du moment où la zone de Baga ( ville du Nord-Est nigérian où une attaque a fait plus de 2.000 morts début janvier, NDLR) a été prise, ce que j’appelle l’Etat de Boko Haram est donc devenu frontalier du Tchad, du Niger et du Cameroun. Dès lors, pour le Tchad, qui a pris l’habitude d’ intervenir hors de ses frontières pour aller résoudre un certain nombre de problèmes ayant un rapport avec ses intérêts, la nécessité d’une action devient évidente », explique le Pr Ntuda Ebodé.

Pour cet expert des relations internationales, le soutien militaire tchadien à l’armée camerounaise obéit avant tout à un souci de protection de ses « intérêts vitaux et stratégiques » pour un pays sans accès à la mer, qui effectue donc ses échanges avec l’extérieur via le port de Douala au Cameroun et évacue par ailleurs son pétrole sur le marché international via Kribi, une autre ville de ce pays voisin.

Au Nigeria, les dignitaires traditionnels et religieux du Nord avec en tête le sultan de Yola et l’émir de Kano, accusant le pouvoir central d’Abuja d’attentisme face aux exactions de Boko Haram, ont sonné récemment une mobilisation sociale ayant permis de libérer deux localités et de stopper l’avancée de la secte islamiste dans cette zone par une troupe constituée d’environ 4. 500 chasseurs traditionnels.

En visite à Paris vendredi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a associé sa voix à celle du président français François Hollande pour dénoncer les crimes contre l’humanité commis par ce groupe armé.

« Boko Haram est un groupuscule que j’appelle une multinationale de criminalité transfrontalière. Mais il acte sur le territoire d’ un Etat et le responsable sur le plan du droit international de cet Etat est bien connu: c’est le gouvernement central du Nigeria. Cela signifie donc que si on accuse Boko Haram, c’est une manière diplomatique de dire les choses », éclaire le Pr Ntuda Ebodé.

Pour se défendre, les autorités nigérianes accusent à leur tour d’hypocrisie les puissances occidentales, évoquant, d’une part, le refus des Etats-Unis de vendre des armes à l’armée nigériane taxée de violation des droits de l’homme et, d’autre part, des exigences

financières jugées excessives (200.000 euros par soldat) de la France pour le renforcement des capacités de cette même armée.

Ces autorités s’étonnent en outre du manque de collaboration des deux puissances dans la collecte des renseignements, alors qu’ en face au Niger les Etats-Unis disposent d’une base de drones et qu’au Tchad il existe aussi depuis de longue date une base militaire française.

Cette polémique est cependant loin de faire oublier les tractations en cours, encouragées par les prises de position de l’ Union africaine (UA), de la Communauté économique des Etats de l’ Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la CEEAC, pour une large coalition contre Boko Haram.

[i »Mais on va toujours être confronté à cette question de l’ implémentation des décisions ou des orientations qui auront été prises. Dans l’immédiat, ce qu’on verra davantage, ça sera des initiatives bilatérales qui sont plus facilement implémentables que les initiatives de portée plus globale. Tout simplement aussi parce que Boko Haram n’est pas le seul groupe terroriste en Afrique »], note Joseph Vincent Ntuda Ebodé.

Environ 400 véhicules de l’armée tchadienne se sont déployés pour combattre le groupe islamiste Boko Haram au Cameroun et au Nigeria
Reuters)/n


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