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Consommation : Peur sur la qualité de l’eau au Cameroun

L’interdiction de la vente des sachets vient s’ajouter à l’inquiétude relative à la potabilité de ce produit

Quartier Mvan à Yaoundé, réputé pour ses agences de voyages caractérisées par leur désordre, et, sous un soleil ardent, un conducteur de taxi, Dagobert se gare. En dépit des klaxons des autres automobiles, comme pour lui demander de mieux se garer, il jette un regard vers des vendeurs d’eau. Comme un essaim d’abeilles, plusieurs d’entre eux accourent en criant en ch urs : eau glacée, eau glacée. L’un lui propose une bouteille d’eau minérale, l’autre un gobelet, qui laisse tomber quelques gouttes du fait du des mouvements du vendeur et, l’autre encore, des sachets d’eau, moins volumineux. Mais, au même prix de 100 Fcfa. Il préfère prendre un sachet d’eau qu’il commence à commencer tout de suite, tout en s’excusant auprès de ses clients pour le petit temps perdu. Interrogé par l’un des passagers pour son choix, Dagobert se défend : Je ne sais pas là où l’autre a puisé son eau avant de la mettre dans les bouteilles. Car, ce n’est pas de l’eau minérale. Et l’eau en sachet plastique ? Lui demande un autre passager.

L’étonnement du conducteur est bien apparent. Car, selon le passager, cette eau vendue au bord de la route n’est pas de bonne qualité, s’il s’en tient à la décision du préfet du Mfoundi, qui interdit cette activité. En effet, le 22 mars dernier, Jean Claude Tsila, à titre préventif et à la lumière des travaux du comité départemental de lutte contre le cholera, a estimé que cette eau ne remplissait pas toutes les conditions d’hygiène et mettait ses consommateurs en danger. Le cas du quartier Mvan n’est pas unique. Le temps d’un arrêt, l’un des vendeurs, pour expliquer la poursuite de son commerce avoue ne pas être informé de cette décision. Cas similaire au lieu dit marché Mvog-Mbi, qui a la particularité d’être fréquenté 24h sur 24.
L’un des vendeurs d’eau de cet endroit populaire et populeux, quelle que soit l’heure, dispose d’un petit fût de 100 litres placé dans un porte-tout. Sur le couvercle, des gobelets qu’il sert à 50 Fcfa. Je n’ai pas suffisamment de moyens pour acheter en gros l’eau en sachet afin de revendre. Néanmoins, mon eau est de bonne qualité car, je la puise au robinet de la maison et nettoie bien mes récipients », se défend Achille, jeune homme d’une trentaine d’année qui jure ne pas pouvoir faire autre chose, s’il arrivait qu’il arrête de vendre son eau. Car, « la vie est dure. Il n’y a pas d’emploi. Devons-nous aller voler ? Se lamente Achille. D’ailleurs, ne lui demander s’il est informé de la décision du préfet du Mfoundi. Je n’ai pas le temps d’écouter la radio et personne n’est venu ici nous pour nous enjoindre d’arrêter, indique-t-il.

Et pourtant, il ne manque pas de contradicteurs. Je ne peux pas boire de cette eau. Je préfère entrer dans un bar pour dépenser plus que de consommer cette eau douteuse, qui côtoie la poussière, tranche Anne Marthe, dame au foyer, venue faire son marché de la semaine. En effet, la route qui traverse ce marché n’est pas bitumée. Selon elle, le temps que le vendeur ouvre son récipient pour service, au cas où cette eau est propre au départ, il peut arriver qu’un véhicule passe et soulève la poussière. Le vendeur ne s’en rendra jamais compte. Et, lors de la saison pluvieuse, il peut aussi se poser une question de propreté des gobelets. Puisqu’il utilise les mêmes pour servir tous ses clients et rien ne prouve qu’il les nettoie immédiatement après utilisation. Anne Marie semble avoir une dent contre cette eau vendue au bord e la rue. Je l’ai consommée une fois et j’ai attrapé des maux de ventre , avoue-t-elle.

Pénurie
Son sort doit-il être considéré pire que celui d’Adèle ? Cette jeune mère de deux enfants habitant le quartier Efoulan, dans le troisième arrondissement de Yaoundé est au régime sec depuis plusieurs semaines. Je crois que nous vivons un calvaire ici, entre les pénuries d’eau à long terme et les délestages en énergie. Elle doit, tous les matins, envoyer un jeune voisin lui puiser de l’eau dans une source, dans un bas fond, contre une petite récompense. Je suis obligée de bouillir cette eau avant de la donner aux enfants. Faute de quoi, il peuvent attraper des maladies hydriques. Et l’eau « potable » que les jeunes vendent au bord de la rue ? Elle n’a de potable que de nom. L’eau minérale coûte cher et cette eau en sachet qui coûte deux fois moins n’est pas toujours à notre portée. Je préfère prendre le taxi pour aller acheter de l’eau de la Cde dans les bidons, là où je peux la trouver et la stocker pendant quelques jours.

Adèle, comme plusieurs habitants de Yaoundé, du fait des pénuries devenues traditionnelles, a acquis ses bidons au marché spécialisé situé au lieu dit Olézoa trois statues. Si les gens se plaignent que l’eau que je venda n’est pas de bonne qualité, peut-être c’est à cause des bidons, semble se défendre Achille, qui jure la main sur le c ur qu’il nettoie bien son récipient. Nous somme conscient que ces récipients transportaient des produits chimiques. C’est pour cette raison que nous les lavons soigneusement avant de les vendre et demandons également à nos clients de les laver à nouveau, avant de les utiliser, confie Georges l’un des vendeurs du quartier Olezoa. Quant au producteur de l’eau en sachet dont le siège est au quartier Nsam, l’un de ses responsables, qui a préféré requérir l’anonymat, a souligné que les conditions techniques sont réunies pour produire cette eau. Le doute sur la qualité pourrait alors provenir des conditions de distribution, tant pour l’eau minérale en sachet que celle puisée à bonne source.

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