Politique › Institutionnel

Controverse sur des armes destinées à Boko Haram et retrouvées au Cameroun

Alors que les forces de défense camerounaises ont affirmé avoir saisi un arsenal dans un village de l’Extrême-Nord et destiné à la secte islamiste, des villageois démentent

Au courant du mois de mars 2014, des éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR), ont affirmé avoir retrouvé une importante cache d’armes dans un village du département du Logone et Chari, dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Avaient été ainsi saisis : des grenades, des lances roquettes, plusieurs munitions, des Kalachnikovs. Au total, près de 5400 armes à feu supposées appartenir à la secte islamiste Boko Haram, combattue par l’armée nigériane au Nord-Est du pays. L’arsenal en question avait été présenté sur la télévision nationale, Crtv. Le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, avait ainsi déclaré que cette saisie était « la meilleure façon de démentir les allégations selon lesquelles le Cameroun sert de base arrière aux insurgés, en vue de déstabiliser d’autres pays ». Se confortant ainsi dans position prise plus tôt, le 4 mars 2014 : « Le Cameroun refuse de servir de bouc émissaire à certains pour justifier les difficultés intérieures auxquelles ils sont confrontés dans leurs pays », relevait Issa Tchiroma Bakary.

Mais, selon le correspondant de la Voix de l’Amérique (VOA) au Cameroun, les habitants de la localité impliquée ne semblent pas être au courant. Interrogé sur place, un homme d’affaire, Ibrahima Dewa, a dit n’avoir rien observé de tel. « Les policiers camerounais passent ici chaque jours avec les armes. Et maintenant on observe qu’il y a beaucoup de militaires dans nos villages avec les armes », a-t-il dit. Alim Bachir, 70 ans, chef du village de Kekte, où les armes auraient été saisies, s’est dit scandalisé par l’annonce qui, selon lui, ne serait qu’une tromperie. « Ce sont les menteurs. Tu as été dans tous les coins du village avec moi. As-tu vu des armes ? » a-t-il demandé. « Je suis le chef du village. Si c’était vrai, je devrais être informé par mes sujets. Les choses pareilles sont montrées à la télé et reportées à la radio. Si c’était vrai, pourquoi ils ne l’ont pas fait, alors qu’ils passent leur temps à montrer les petits bandits à la télé pour montrer que les militaires font le bon travail. Il ne faut pas être trompé », a poursuivi M. Bachir.

M. Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement, a fermement condamné les allégations selon lesquelles les armes saisies n’existaient pas. « Le Cameroun appelle les auteurs de cette campagne diffamatoire à mettre un terme à cela », a-t-il dit. Jusqu’ici, neuf Français (en février et novembre 2013), deux Italiens et un Canadien (en avril 2014), ont été enlevés au Cameroun par des membres présumés de Boko Haram.

Le mois dernier, le Nigeria a demandé à ses voisins de la Commission du Bassin du Lac Tchad de créer un groupe de travail pour lutter contre les terroristes, et le Cameroun a répondu qu’il y contribuerait en cas de besoin. En début d’année, une partie de la frontière avec le Nigéria avait été fermé pour empêcher les groupes criminels assiégés de trouver refuge en territoire camerounais. Vendredi dernier, à l’issue de la sixième grande Commission mixte entre les deux pays, il a été décidé de la révision d’un accord de mouvement des biens et des personnes entre le Cameroun et le Nigéria, datant de 1963 et qui permettait une libre circulation des personnes entre les deux pays.


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