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Coronavirus: ce qu’on sait et ce qu’on ignore encore sur l’épidémie

Taux de mortalité, niveau de transmission, moment où un malade devient contagieux, période d’incubation: de nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer l’impact mondial de l’épidémie partie de Chine et provoquée par un nouveau coronavirus.

– Quel taux de mortalité?

La gravité de l’épidémie dépendra de « l’interaction » de deux facteurs: « le niveau de transmission du virus et sa dangerosité », a déclaré mercredi Michael Ryan, directeur des programmes d’urgence de l’OMS.

« Un virus relativement peu agressif peut toutefois faire de gros dégâts si beaucoup de gens le contractent », a-t-il ajouté.

Pour l’heure, 170 patients sont morts sur un total de près de 7.700 cas en Chine. Aucun n’est mort hors de Chine, alors qu’une soixantaine de malades ont été répertoriés dans près de vingt autres pays.

A ce stade, on ne peut connaître avec précision le taux de mortalité lié à ce nouveau coronavirus baptisé 2019-nCoV, puisqu’on ne sait pas combien de personnes sont réellement infectées.

« 2% des cas confirmés sont morts, ce qui reste élevé quand on compare à la grippe saisonnière », selon M. Ryan.

Toutefois, ce taux n’est qu’indicatif et baisse chaque jour, puisque proportionnellement, il y a plus de nouveaux cas confirmés que de décès.

Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus, vaste famille à laquelle appartient le nouveau virus: le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).

Selon l’OMS, l’épidémie de Sras avait fait 774 morts dans le monde sur 8.096 cas en 2002/2003 avant d’être jugulée, soit un taux de mortalité de 9,5%. Toujours en cours, l’épidémie de Mers a fait 858 morts sur 2.494 cas depuis septembre 2012, soit un taux de mortalité de 34,5%.

A titre de comparaison, l’OMS estime que la grippe saisonnière fait entre 290.000 et 650.000 morts par an dans le monde.

– Quel niveau de contagion?

L’un des paramètres importants est le nombre de gens contaminés par une personne infectée, appelé « taux de reproduction de base » (ou R0).

Ces derniers jours, plusieurs estimations ont été réalisées par différentes équipes de recherche, allant de 1,4 à 5,5.

La dernière en date vient de chercheurs chinois, auteurs d’une étude parue dans la revue médicale américaine NEJM. Ils estiment que chaque malade a infecté en moyenne 2,2 personnes.

Selon eux, ce chiffre est relativement bas, plus proche de la grippe hivernale (de l’ordre de 1,3) que de la rougeole, très contagieuse (plus de 12), et comparable au Sras de 2002 (3).

– A quel stade un patient est-il contagieux?

Cette question cruciale est encore sans réponse.

Dimanche, les autorités chinoises ont avancé que la contagion était possible avant même que des symptômes n’apparaissent (ce qui est le cas pour la grippe mais ne l’était pas pour le Sras).

Toutefois, cette hypothèse s’appuie sur l’observation de quelques cas et n’est pas confirmée avec certitude.

« Il est urgent de mener des recherches sur cette question », insiste le Pr Mark Woolhouse de l’université d’Edimbourg (Ecosse).

« Notre principal espoir de contrôler l’épidémie est d’identifier rapidement les patients touchés et de les isoler pour éviter la contagion », rappelle-t-il. « Si la transmission du virus avant même l’apparition des symptômes se confirmait à large échelle, l’efficacité de telles mesures serait compromise ».

– Quel niveau de transmission entre humains?

L’essentiel des cas de contagion directe entre humains a été observé en Chine. Trois autres cas ont été rapportés au Vietnam, en Allemagne et au Japon.

Le risque de telles transmissions est « très bas dans les pays développés », qui ont les moyens de contenir la propagation du virus, selon J. Stephen Morrison, du Centre pour les études stratégiques internationales (CSIS) à Washington.

Cependant, si des cas étaient exportés « vers certains pays d’Afrique ou d’autres continents où les moyens de sécurité sanitaire sont limités, de gros foyers épidémiques pourraient alors éclater hors de Chine ».

« Cela pourrait être le prélude à une pandémie mondiale », ajoute M. Morrison, en précisant que pour l’heure, un tel scénario n’est que théorique.

– Quelle période d’incubation?

C’est la durée entre l’infection par le virus et l’apparition des premiers symptômes.

L’OMS l’estimait lundi à deux à dix jours en moyenne. Selon l’étude chinoise parue dans le NEJM, elle est de l’ordre de 5,2 jours en moyenne et varie fortement en fonction des patients. De précédents travaux réalisés aux Pays-Bas évoquaient une moyenne de 5,8 jours.

Le fait que l’estimation soit préliminaire et « imprécise » justifie « une période d’observation ou de quarantaine de 14 jours pour les personnes exposées », écrivent les chercheurs chinois dans le NEJM.

– Quels symptômes?

Le tableau clinique de la maladie respiratoire provoquée par le nouveau coronavirus se précise après l’analyse des 99 premiers cas repérés en Chine, publiée mercredi dans la revue médicale The Lancet.

Tous ces patients avaient une pneumonie (pour les trois-quarts, les deux poumons étaient touchés), la plupart avait de la fièvre et toussait, et un tiers souffrait d’essoufflement.

L’âge moyen de ces 99 patients est de 55 ans, les deux-tiers sont des hommes et la moitié souffrait de maladies chroniques (problèmes cardiovasculaires, diabète…). A la date du 25 janvier, 11 de ces patients sont morts, 57 sont toujours hospitalisés et 31 sont sortis de l’hôpital.

Il n’existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes, dont la fièvre.

Une autre étude chinoise publié dans The Lancet et basée sur 10 patients montre que le virus a peu muté depuis son apparition chez l’homme. « A mesure qu’il se transmet à un nombre croissant d’individus, il est nécessaire de surveiller l’apparition d’éventuelles mutations », commente toutefois l’un des auteurs, le Pr Weifeng Shi.



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