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Côte d’ivoire: Et maintenant ?

Quelques minutes après l’annonce de l’arrestation de Laurent Gbagbo, des cris de joie ont éclaté à Abidjan. Cette joie est loin d’être partagée par tous les ivoiriens. L’avenir est encore incertain…

Liesse à Abidjan.
« Gbagbo s’en va », « C’est vraiment une immense joie, vraiment immense, dit un homme qui porte un t-shirt à l’effigie de Ouattara, parce qu’il y a eu 10 ans de crise, sans avancée, sans développement, mais grâce à Dieu et grâce à Alassane, on peut vraiment exprimer notre joie ». C’est une foule en liesse qui a envahi les rues de Yopougon et d’autres quartiers populaires de la capitale économique ivoirienne. « Vraiment, on remercie Alassane Ouattara, on remercie le bon Dieu, on remercie Ouattara ! » crie une femme. Mais cette fête, d’autres Ivoiriens ne veulent pas encore la faire. Beaucoup de gens sont morts, et dans des dizaines de familles, c’est l’heure du deuil. Certains sont sans nouvelles de leurs proches depuis plusieurs jours et le décompte de toutes les victimes «collatérales» des deux camps va désormais commencer. Des témoins ont en effet fait état de nombreuses bavures des belligérants qui ont tiré des obus sur des maisons ou encore des balles qui sont allées foudroyer des paisibles citoyens cachés dans leurs chambres. Et puis, il y a encore des milices et des mercenaires pro-Gbagbo en ville.

A l’ouest, on retient son souffle
Laurent Gbagbo a souhaité lundi soir « qu`on arrête les armes » et « qu`on rentre dans la partie civile de la crise » dans une déclaration diffusée après son arrestation sur la télévision TCI du nouveau président Alassane Ouattara. L`annonce de ce dénouement de la saga «Laurent et Simone Gbagbo», a été accueillie par un silence prudent à Duékoué, fief pro-Gbagbo, où s`entassent 30 000 personnes fuyant des violences dans cette région, selon des témoins. Seules quelques dizaines de personnes, essentiellement allogènes (non originaires de la région), ont aussi exprimé leur joie dans la rue à l`annonce de l`arrestation de M. Gbagbo. Mais dans la mission catholique de la ville, où sont réfugiés la plupart des personnes déplacées par les violences et craignant des représailles, la nouvelle a été accueillie « dans le calme, dans le silence », a dit Chantale Gueï, qui vit au camp et jointe depuis Monrovia. « Tout ce que nous voulons aujourd`hui, est que le président reconnu par la communauté internationale nous donne une certaine protection, de sorte qu`on n`ait plus en face de nous des gens qui veulent nous tuer. La politique, c`est comme un jeu, il faut un vainqueur et un vaincu. Et je crois que le vainqueur, cette fois, c`est Alassane Ouattara », a-t-elle ajouté.

Et maintenant ?
Alassane Ouattara hérite d’un pays à genoux, à l’économie en panne et à la population divisée. Sur le plan économique, l’encéphalogramme est à plat. Le batîment ne construit plus, les grands groupes étrangers se sont repliés à l’étranger, et les PME sont à court de trésorerie. L’exportation de cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, est stoppée depuis fin janvier à cause de l’interdiction faite aux bateaux européens de relâcher dans les ports ivoiriens. Ouattara l’économiste pourrait en outre relancer la confiance et faire jouer ses contacts dans le monde des affaires pour créer des entreprises employant une nombreuse main-d’ uvre, afin de donner un espoir aux Ivoiriens aujourd’hui sans travail. Mais il lui faudra d’abord rétablir l’ordre en récupérant des milliers d’armes illégales. La Côte d’Ivoire possède de facto deux armées depuis la tentative de coup d’État de 2002, suivie de l’assaut des rebelles venus du Nord. Fusionner les deux forces n’ira pas sans mal. Les ivoiriens ont besoin de réconciliation. Un défi pour Ouattara, étant donné la façon dont il sera arrivé à la présidence, élu mais soutenu par des militaires. Il ne devra pas oublier que c’est d’abord le peuple qui l’a porté au pouvoir. Il devra éviter d’être l’otage des militaires. Alassane Ouattara se retrouve aussi à la tête d’un pays hanté par dix ans de violences, commises par tous les côtés: émeutes sanglantes du général Gueï quand celui-ci avait voulu annuler l’élection présidentielle de 2000, assassinats d’opposants par des escadrons de la mort sous Gbagbo et charniers découverts récemment dans des villes conquises par les troupes d’Ouattara. La Côte d’Ivoire ne pourra se passer d’une commission de vérité, justice et réconciliation indépendante menée par la société civile pour faire la lumière sur ces heures sombres de son histoire et enfin, tourner la page ouverte un certain 19 septembre 2002. Pour qu’enfin, l’éléphant se remette debout !

Dans les rues à Yopougon, c’est la joie
journaldumali.com)/n


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