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Coup de pouce de l’Union européenne pour l’industrialisation de la Cemac

La Cemac, créditée d’un faible taux de 8% d’apport du secteur industriel à son PIB, va bénéficier de deux programmes de l’UE de plus de 12 milliards F CFA

Connue pour être la moins économiquement intégrée parmi les 5 régions du continent, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est créditée d’un faible taux de 8% d’apport du secteur industriel à son PIB, signe d’un bas niveau de compétitivité des économies de ses 6 pays membres que deux programmes d’appui européens se chargent de doper.

« Depuis près d’une décennie, la contribution du secteur industriel au PIB des pays d’Afrique centrale est restée faible, stagnant autour de 8% l’an et se situant ainsi à un niveau largement inférieur à la moyenne mondiale qui est de 18% », a regretté mercredi dernier, 10 juin, à Yaoundé le ministre camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Emmanuel Bondé.

C’est une préoccupation exprimée lors d’une cérémonie de lancement de deux programmes de mise à niveau des entreprises et de promotion des infrastructures de qualité, au cours de laquelle le ministre Bondé a pointé un faible niveau de création de la valeur ajoutée dû à « une offre très réduite des produits manufacturés », pour justifier l’état de fragilité critique des économies de la CEMAC.

Instituée en 1994, après 30 ans d’ombres et lumières de l’Uniondouanière et économique de l’Afrique centrale (UDEAC), cette organisation régionale se compose du Cameroun, du Congo, du Gabon,de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine ( RCA) et du Tchad, pour une population totale estimée entre 35 et 40 millions d’habitants.

Parmi ces pays, seul le Cameroun, avec ses 40% de valeur économique régionale, est doté d’un tissu industriel relativement important. C’est aussi le seul à avoir conclu en 2009 avec l’Union européenne(UE) un accord commercial de libre-échange ou accord de partenariat économique (APE) à caractère intérimaire et censé s’étendre à l’ensemble de la région après aboutissement des négociations en cours.

Décrié par des experts et redouté par les populations comme une menace pour l’accentuation de la fragilité des économies de la région,cet accord, en application par le Cameroun depuis août 2014, a vocation à consacrer, par mesure de réciprocité, l’ouverture en franchise de douane de ces marchés aux produits européens par un démantèlement tarifaire progressif, notamment négocié.

C’est le principal enjeu du Programme d’appui au commerce et à l’intégration économique (PACIE) élaboré par l’UE au profit de ses partenaires de la CEMAC, pour un financement de 68 millions d’ euros(plus de 40 milliards de francs CFA), en marge du 10e Fonds européen de développement (FED) en cours d’exécution à destination des pays ACP(Afrique, Caraïbes, Pacifique).

La mise en oeuvre de ce programme donne lieu à deux autres, dans des domaines spécifiques, lancés mercredi à Yaoundé: le Programme régional de mise à niveau de l’industrie et le Programme infrastructure qualité de l’Afrique centrale, financés respectivement à hauteur de 6,3 et 5,8 millions d’euros (4,095 et 3,97 milliards de francs CFA).

Pour les objectifs, le Programme de mise à niveau de l’industrie « vise à contribuer au renforcement des capacités productives de l’Afrique centrale et ambitionne pour la sous- région et pour ses entreprises d’améliorer la compétitivité sur les marchés aussi bien intérieurs qu’extérieurs, en termes de prix, qualité et innovation en créant des chaînes de valeur transfrontalières », selon l’ambassadeur,chef de la délégation de l’ UE au Cameroun, Françoise Collet.

Quant au Programme infrastructure qualité, il est question, a en outre expliqué la diplomate, de « renforcer la compétitivité et la diversification des secteurs productifs à travers l’opérationnalisation des infrastructures de qualité régionales et nationales et leur mise en réseau ».

En plus des six pays de la CEMAC, les deux programmes associent aussi, par extension à la Communauté économique des Etats de l’ Afrique centrale (CEEAC), la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé et Principe. Ils sont confiés pour leur exécution à l’ Organisation des Nations Unies pour le développement industriel( ONUDI).

Pour la circonstance, cet organisme a dépêché à Yaoundé son directeur général adjoint, Célestin Monga, qui a invité l’Afrique centrale à mettre un terme à son atonie pour se montrer conquérante face aux opportunités d’affaires offertes par le commerce mondial, où par exemple la Chine a réussi à s’imposer en quelques années grâce à une politique volontariste de réformes audacieuses.

Pour M. Monga en effet, « la Chine a fait quelque chose qu’on n’ a jamais vu dans l’histoire de l’humanité. En moins de 30 ans, elle a sorti 500 à 600 millions de personnes de la pauvreté », un résultat attribué à la création de « parcs industriels », plus connus sous l’appellation de zones économiques spéciales, incitatives pour l’attrait des investissements étrangers.

De tels progrès sont pour l’instant inimaginables en Afrique centrale, à cause d’un environnement des affaires peu propice qui fragilise les entreprises existantes, des coûts excessivement élevés des facteurs de production, l’insuffisance des services sociaux,l’accès difficile aux financements, l’étroitesse du marché intérieur,la fraude, la contrebande et la contrefaçon, admet le ministre Emmanuel Bondé.

Ces derniers temps, la région souffre d’une baisse de près de la moitié des recettes d’exportation de certaines matières premières dont le pétrole, produit par la quasi-totalité des pays membres de la CEMAC, à l’exception de la RCA. Aussi le commissaire en charge du marché commun à la Commission de la CEMAC, Pascal Youbi Laga,insiste-t-il pour que d’importantes réformes soient entreprises.

Selon celui-ci, dans un contexte par ailleurs marqué par la baisse de l’aide au développement, « ces réformes devraient se focaliser sur la mobilisation des ressources internes, à travers notamment l’élargissement de l’assiette [fiscale] et l’efficacité de la collecte, pour maintenir les volumes des ressources nécessaires au développement ».

Au nom de l’Union des patronats d’Afrique centrale (UNIPACE), Alain Blaise Batongué, secrétaire exécutif du Groupement interpatronal du Cameroun, a plaidé pour l’ouverture des frontières pour garantir la libre circulation des biens et des personnes, que le Gabon et la Guinée équatoriale rechignent à appliquer, et favoriser l’émergence d’un secteur privé compétitif.


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