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Coupe du Monde: Gros succès organisationnel, maigre spectacle au niveau du jeu

Avec de bons points au niveau des spectateurs et la réussite de l’organisation, la coupe du monde sud-africaine aura plus réussi en dehors des terrains qu’à l’intérieur.

Une organisation à la limite de la perfection
La première Coupe du monde de l’histoire du continent africain, remportée dimanche par l’Espagne, a été marquée d’un triomphe en termes d’organisation. Ce qui n’est pas rien pour un pays africain. Durant les préparatifs les campagnes de dénigrement avaient atteint un niveau record pour une coupe du monde. L’Afrique du sud, pays au plus fort taux de SIDA, une fille violée toute les minutes, un meurtre toutes les trente minutes. A cela s’ajoutait les risques brandis de l’impréparation, de l’improvisation, et surtout du manque d’affluence, à cause de l’éloignement et de la pauvreté des populations sur le continent. La surprise des spectateurs a été grande et forte. On a eu droit à des stades modernes et une foule enthousiaste et surtout, aucun incident majeur. Sur ces points précis, de nombreux observateurs admettent que l’Afrique du sud a de quoi être fière. La compétition a connu la troisième plus grande affluence des 18 coupes du monde organisées jusqu’ici, avec trois millions de spectateurs et des milliards de personnes accrochées à leurs petits écrans. Les Township de la misère sont devenus des lieux culte de tourisme et d’expression d’humanité. Le football y a retrouvé ses vraies valeurs, celles du rapprochement des peuples. Le public sud-africain aura enfin touché par son accueil et son respect, mais aussi sa joie, bien sûr parfois un peu bruyante, avec les célèbre Vuvuzelas. Le désordre, ce sont les étrangers qui une fois encore l’ont emmené, avec un arbitrage très critiquable. Blater a présenté des excuses pour l’Angleterre et le Mexique. Pour la Côte d’Ivoire, silence. L’Uruguay malgré un jeu magnifique a quand même triché face au Ghana pour se qualifier lors des quarts de finale. Mais l’Afrique n’a pas été rancunière et la fête a continué.

Les superstars ont manqué au rendez-vous
Succès hors des stades, échec à l’intérieur. Peu de rencontres vraiment inoubliables. Avec des stars qui n’ont pas confirmé leurs statuts, la Coupe du monde a globalement déçu. Résultat, très peu de buts ont été marqués. La compétition a débuté avec 28 buts sur les 17 premiers matches et, malgré des phases finales plus intenses, le Mondial s’achève avec 145 buts en 64 matches, soit une moyenne de 2,27, la seconde plus mauvaise de l’histoire après les 2,21 buts par match de 1990 en Italie. Le Jabulani, le ballon officiel, et sa tendance à s’envoler très haut dans les airs, a été accusé par les joueurs et les gardiens, mais chaque groupe pour des raisons différentes. Pour les experts, il y a eu un manque de qualité technique chez de nombreux joueurs. La coupe du monde sud-africaine, c’est aussi la contre-performance des grands noms du football, qui n’ont pas contribué à apporter un peu de folie à la compétition. Lionel Messi (Ballon d’or Européen), Wayne Rooney (gros buteur de Manchester), Fernando Torres (l’enfant prodige de Liverpool) et Kaka (animateur de jeu du Real de Madrid) ont traversé le tournoi sans inscrire le moindre but. Didier Drogba et Cristiano Ronaldo n’ont pas fait mieux. Un seul but chacun à l’heure de rentrer chez eux. Inimaginable avant le mondial. Les experts rivalisent d’explications : Le phénomène d’altitude, la fatigue des championnats de plus en plus exigeants, mais la situation reste inchangée.

Supporter africain
Jean Jacques Ewong)/n

Déception de plusieurs équipes
De nombreuses équipes ont elles aussi déçu. Pour la première fois de l’histoire, les deux finalistes de la précédente édition – (l’Italie et la France) sont sortis dès le premier tour, sans gagner le moindre match. Les Bleus y ont ajouté un scandale extra-sportif qui a tourné à l’affaire d’Etat. L’Angleterre du célèbre Fabio Capello a fait à peine mieux. Admis difficilement au deuxième tour dans un groupe « C » pourtant facile, elle a chuté en huitième de finale contre l’Allemagne (4-1). L’Amérique du Sud a d’abord brillé, Argentine et Brésil en tête, puis finalement seule l’Uruguay, avant de tomber face à une Europe parfois jeune (Allemagne), parfois super expérimentée (Pays Bas). La plus grosse déception reste l’Afrique. Avec un record jamais atteint de six participants, tous les marabouts sérieux l’annonçait au moins en finale, et pourtant… L’Afrique du Sud a réussi à être le premier pays hôte éliminé au premier tour, dans l’histoire du football mondial. Le Nigeria, l’Algérie, le Cameroun et la Côte d’Ivoire n’ont pas fait mieux. Pour le Cameroun, une histoire incroyable. Avec une légion de marabouts et sa super star Samuel Eto’o, le pays de Paul Biya n’a pas résisté aux démons de la division et de l’improvisation. Il termine la compétition à l’avant dernière place, difficile de faire pire. A la fin, tous les espoirs du continent se sont reportés sur le Ghana, tombé avec les honneurs face à l’Uruguay du Diable de Diego Forlan, finalement élu meilleur joueur du Mondial, une reconnaissance méritée. Pourtant la victoire de l’Uruguay sur les Blacks Star Ghanéennes reste un scandale qui a fait peu de bruit, normal, c’était un pays africain. En quart de finale, comme un mauvais cauchemar, la main de Luis Suarez sur sa ligne des buts hantera encore longtemps les nuits de nombreux africains et surtout d’Asamoah Gyan, dont le penalty de la qualification pour le dernier carré s’est écrasé sur la barre transversale à la dernière seconde de la prolongation. Les rares moments de plaisir footballistique auront finalement été fournis par l’Espagne, les sympathiques japonais, les jeunes allemands et ghanéens, et enfin l’impressionnant volume de jeu du puissant uruguayen Diego Forlan.

Illustration
Xinhua)/n
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