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Crise ivoirienne : Vers un nouveau chaos?

Malgré l’échec de la marche organisée jeudi dernier pour la prise de la télévision publique et qui a causé de nombreux morts, le camp Ouattara envisage de recommencer

Encore de violents affrontements envisagés ce vendredi
La Côte d’ivoire retient ce matin son souffle. Les partisans d’Alassane Ouattara candidat à la dernière présidentielle, déclaré vainqueur par la Commission Electorale Indépendante (CEI) et éconduit par le conseil constitutionnel au profit de son adversaire Laurent Gbagbo au pouvoir, a décidé de remettre pour ce vendredi 17 décembre 2010, la marche pour la prise de la télévision publique ivoirienne, la RTI. Jeudi dernier, une tentative analogue a plongé Abidjan dans une violence dont les conséquences exactes en termes de pertes humaines ne sont pas clairement définissables. A la demande de Guillaume Soro actuel premier ministre d’Alassane Ouattara, de nombreux partisans se sont retrouvés dans la rue. S’en serait suivi des détonations de gaz lacrymogène et des tirs de sommation dans plusieurs quartiers d’Abidjan, selon des sources médiatiques ivoiriennes. Selon Amnesty International, cette manifestation aurait provoqué la mort de neuf manifestants non armés. Un chiffre que confirme le camp Gbagbo qui rajoute cependant que 10 membres des forces armées ont aussi été tués. Dans le camp d’Alassane Ouattara, on donne un bilan plus élevé. «Il y a eu une trentaine de morts et 110 blessés à Abidjan», a affirmé son premier ministre Guillaume Soro. Tous ces bilans ne sont cependant pas confirmés par des sources strictement indépendantes.

Laurent Gbagbo de plus en plus sous pression
Ces affrontements débutent alors que de nombreux pays et organisations internationales mettent la pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il quitte le pouvoir. Le Parlement européen a déclaré soutenir jeudi la décision de l’Union européenne (UE) d’imposer des sanctions à l’encontre du président sortant Laurent Gbagbo, appelant la Haute Représentante de l’UE à la diplomatie et à la politique de sécurité, Catherine Ashton, à présenter une nouvelle initiative pour soutenir Alassane Ouattara qui a été déclaré vainqueur de la présidentielle par la Commission électorale indépendante de la Côte d’Ivoire. Dans une résolution adoptée en session plénière du Parlement européen à Strasbourg, M. Gbagbo a été appelé à « se retirer et céder le pouvoir à M. Ouattara ». Toutes les parties concernées ont été également « appelées à enrayer tout risque d’escalade de tension et à empêcher tout affrontement ». Les Etats unis eux ont de nouveau mis la pression sur Laurent Gbagbo, assurant qu’il dispose d’un «temps limité» pour céder le pouvoir à Alassane Ouattara. «Nous avons des raisons de penser qu’il reçoit le message», a déclaré un haut responsable américain, selon une information rapportée par le quotidien français le Figaro. Le Conseil de sécurité de l’ONU a pour sa part mis en garde les auteurs d’attaques contre des civils, soulignant qu’ils seront tenus responsables de leurs actes et «traduits en justice». La France aujourd’hui joue la carte de la réserve, après avoir quand même contribué à pourrir la situation avec un soutien précipité à Alassane Ouattara. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a ainsi prévenu jeudi qu’il engagerait des poursuites contre quiconque serait responsable de violences meurtrières, dans un entretien à la télévision France 24.

Des observateurs reprochent la radicalisation des deux bords
De nombreux observateurs reprochent aujourd’hui à l’ensemble des parties prenantes, la radicalisation de leurs propositions. Dans le camp de Laurent Gbagbo, le problème est désormais transformé en lutte contre l’ingérence de la France et des Etats-Unis. « Il s’agit d’une ingérence grave dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire de la part de la France et des États-Unis. Cette ingérence s’est faite d’abord au Conseil de sécurité à New York, puisque le représentant des services extérieurs des Nations Unies a reçu des fortes pressions pour que le président de la Commission électorale indépendante, qui normalement siège de façon collégiale et par consensus, soit amené dans les locaux de l’ONUCI à Abidjan pour proclamer les résultats » a fait savoir l’actuel ministre des affaires étrangères de Gbagbo, Alcide Djédjé, dans une interview accordé à un média ivoirien. Pour la « communauté internationale » la victoire d’Alassane Ouattara ne fait aucun doute et Laurent Gbagbo n’a d’autre choix ou d’autre offre que de partir. Une radicalisation qui laissent un peu perplexe, lorsqu’on sait les élections à Haïti qui se déroulent aussi dans un contexte de crise pourront grâce à la médiation américaine, être reprise. La société civile ivoirienne dont on parle peu dans cette crise, se prononce en faveur d’un compromis politique. L’Organisation pour la démocratie et la justice en Côte d’Ivoire (Odjci), estime que « la solution est beaucoup plus politique que juridique », ajoutant que dans la recherche de ce compromis, la Commission électorale indépendante (CEI) « pourrait être autorisée à organiser de nouvelles élections ». La Convention de la société civile ivoirienne (CSCI), propose quant à elle que les « les bureaux de votes où des irrégularités auraient été relevées soient recensés et que les votes y soient recomptés sous la supervision d’institutions compétentes et d’observateurs qualifiés ». Des appels qui risquent de ne pas être suivis. Malgré la confusion ce jeudi, le gouvernement Laurent Gbagbo a tenu son premier conseil de ministres. De son côté les forces onusiennes ont définitivement indiqué leur parti pris dans cette crise. 800 casques bleus campent désormais autour du quartier général de Ouattara.

La marche a dégénéré le 16 décembre à Abidjan

Figaro.fr)/n

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