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Crise sénégalaise: Le spectre ivoirien?

Tous les ingrédients semblent réunis pour qu’une situation semblable à celle qu’a connu la Côte d’Ivoire se produise au Sénégal, malgré une différence de contexte

Avec la proclamation par le conseil constitutionnel de la validité de la candidature d’Abdoulaye Wade 85 ans, en quête d’un nouveau mandat de président de la République au Sénégal, la situation a rapidement dégénérée. Les manifestations se succèdent chaque jour depuis la semaine dernière en guise de protestation. Des sources médiatiques locales parlent de 4 morts déjà enregistrés sans qu’on ait vraiment déterminé les circonstances éventuelles. A l’appel du M23 (mouvement du 23 juin), une association politique très active sur cette question, plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées mardi à Dakar pour s’opposer à cette candidature. La manifestation a été dispersée par la police, et un étudiant a été tué, renversé par un véhicule. Alors qu’il n’existe plus désormais aucun recours légal pour contester la candidature du président Wade, les responsables du M23 tentent de mettre en place de nouveaux « plans d’action » et ont appelé « à une journée de prière » ce vendredi 3 février 2012, dans le centre-ville de Dakar en hommage aux « victimes de la répression ». Réaffirmant « l’orientation pacifique » de leur mouvement, le M23 a assuré ne pas vouloir « envoyer des jeunes à la confrontation avec les forces de l’ordre ». « Nous n’encourageons personne à marcher sur le palais (présidentiel), nous ne le ferons pas », a assuré au cours d’une conférence de presse un des responsables du mouvement, Cheikh Tidiane Dièye.

De son côté, les réactions divergent face à cette dégradation de la situation. «Au bout de 12 ans, Abdoulaye Wade peut s’arrêter, il est âgé (85 ans). Est-ce que ça vaut la peine qu’il s’agrippe?», s’interroge encore Ibrahima qui pense que le président sortant est «responsable du chaos qui s’installe progressivement». Selon Mickaël, c’est surtout son entourage, «assoiffé de pouvoir», qui le pousse à rester. Mais si les gens sont prêts et désirent une alternance, tout dépendra aussi des opposants, qui «ne sont pas unis», déplore une sénégalaise, selon une information rapportée par le site d’information 20 minutes.fr.

Au sein de la communauté internationale, on dramatise déjà la situation. La Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a dénoncé jeudi un possible usage excessif de la force par les autorités du Sénégal. Les informations faisant état d’un usage excessif de la force par la police en réponse à la violence de certains manifestants, sont vraiment préoccupants étant donné la tradition du Sénégal de respect des libertés d’association, de rassemblement et d’expression », a affirmé à Genève la Haut Commissaire. « En plus d’exhorter à la modération les autorités, j’appelle tous les candidats à l’élection présidentielle à renoncer et à décourager toute nouvelle tentative de violence ou d’incitation à la violence », a-t-elle ajouté. Le président Wade semble plus calme. Il a estimé que cette vague de contestation n’est qu’une « une brise ». « C’est un vent léger qui secoue les feuilles des arbres, mais elle ne devient jamais un ouragan », a-t-il déclaré, qui s’exprimait au cours d’une cérémonie publique à Dakar.

De nombreux observateurs vient déjà se peaufiner une crise politique à l’ivoirienne. Un président qui évoluent à la limite de la légalité, une partie de la population revendicatrice, et une classe des affaires française fâchée d’avoir perdu ses privilèges. Le ministre français des relations Alain Juppé a presque demandé au président Wade de quitter le pouvoir. Pourtant il y a de faible chance que la France renvoi ses soldats à Dakar pour chasser Wade. Une première raison est que le Sénégal est moins stratégique que la côte d’ivoire. Elle ne possède pas un potentiel de 1,5 millions de tonnes de cacao. Deuxièmement avec la crise ivoirienne et ensuite libyenne, l’image de la France a été fortement dégradée et s’attaquer au Sénégal pourrait s’avérer délicat. Au contraire de la côte d’ivoire, une forte délégation de sénégalais bien structurée réside en France. On ne peut clairement prévoir comment est ce qu’ils réagiront de voir leur pays mis à sac avec le soutien de la France. La troisième raison est d’ordre financière. Le bilan des combats d’Abidjan et de syrte n’a pas encore été fait et l’opinion publique française comprendrait en période électorale, de crise économique, que Nicolas Sarkozy le président français, plonge la France dans une nouvelle guerre à l’issue économique incertaine. Et enfin Abdoulaye Wade a le soutien des leaders de la société sénégalaise et pourrait donc passer tranquillement son nouveau mandat s’il était élu.

Tous les ingrédients semblent réunis pour qu’une situation semblable à celle qu’a connu la Côte d’Ivoire se produise au Sénégal, malgré une différence de contexte
reuters )/n


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