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Culture : vers une plate-forme de collaborations entre l’Afrique du Nord et l’Afrique sub-saharienne

Luc Yatchokeu, promoteur culturel camerounais, initiateur de la plate-forme d'échanges entre l'Afrique du Nord et l'Afrique sub-saharienne. ©Droits réservés

Une réunion entre les experts culturels de ces deux parties du  continent devrait consacrer, demain 14 mars, la création d’une plate-forme d’échanges entre leurs différents acteurs (artistes, promoteurs, etc). Luc Yatchokeu, promoteur du Kolatier et initiateur de ladite rencontre, revient sur le contexte de ce projet et des besoins auxquels il viendra répondre.

Vous avez réuni des experts culturels à Rabat (Maroc) en novembre dernier- dans le cadre de Visa for music- pour présenter votre projet de plate-forme d’échanges culturels entre l’Afrique du Nord et l’Afrique sub-saharienne. Aujourd’hui, c’est à Abidjan, au Masa, que vous avez prévu de les rencontrer. Comment vous est venue l’idée ?

L’initiative vient d’un constat. Nous sommes tous du même continent. Mais, il y a bien des années, on avait l’impression que l’Afrique du Nord était un continent différent de l’Afrique sub-saharienne. Ceux de l’Afrique du Nord étaient plus proches de l’Europe et du Moyen-Orient que de l’Afrique sub-saharienne. Mais, progressivement, on se rend compte que sur le plan économique comme sur le plan culturel, ça se rapproche. On a bien vu comment le Maroc fait son extension économique en Afrique sub-saharienne. On commence à voir que même sur le plan culturel, il y a des fonds dans certains pays de l’Afrique du Nord, qui permettent des échanges, avec l’Afrique sub-saharienne. On constate également, que les acteurs culturels de l’Afrique du Nord, et beaucoup plus les artistes, commencent à revendiquer leur africanité. Vous n’avez qu’à entendre les noms des groupes : Djmawi Africa (Algérie), Ifrikya spirit (Algérie). Dans leurs créations, il y a beaucoup plus de fusion avec l’Afrique sub-saharienne. Donc, avec ce constat, nous au Kolatier (Cameroun), nous avons envisagé, pour l’édition 2017, de faire un spotlight sur l’Afrique du Nord. C’est la raison pour laquelle nous avons eu deux groupes d’Afrique du Nord, un du Maroc et un d’Algérie. Il faut souligner que ces groupes-là ont été soutenus par leurs pays respectifs pour le transport international. Comme c’était un projecteur sur l’Afrique du Nord, nous avons initié une table ronde intitulée « Coopération Sud-Sud, le cas du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne à travers la musique ». Pendant cette table-ronde, on a réalisé qu’il y avait beaucoup de choses qui se faisaient de façon individuelle et de l’engouement à aller plus loin. Les artistes voulaient collaborer ensemble, monter des projets de création. Les professionnels avaient plus envie de revenir, ils étaient contents de voir la chaleur musicale de l’Afrique au sud du Sahara. Ils ont découvert des choses qu’ils ne voyaient pas chez eux. Ils avaient tous envie de revenir et de collaborer avec leurs pairs de l’Afrique sub-saharienne. Seulement, on sait très bien qu’il y a quelques contraintes liées à la mobilité. Ils l’ont très bien compris. Ils ont déjà mis sur pied des fonds à cet effet. C’est un bon début. Nous savons qu’en réfléchissant ensemble, ils peuvent grandir. D’où l’idée de créer une plate-forme dans ce sens. J’ai alors saisi mon ami Brahim El Mazned, qui organisait Visa for music à Rabat juste après le Kolatier. Je lui ai rendu compte de ce qui s’était passé en lui demandant de bien vouloir inscrire une rencontre culturelle Maghreb-Afrique subsaharienne dans son programme. Il a accepté et nous avons eu cette première rencontre à Rabat. Là-bas, il y avait également un très grand engouement. Toutes les régions d’Afrique y étaient représentées. Nous étions 26 autour de la table. Les professionnels présents ont partagé leurs expériences des échanges. Ceux de l’Afrique du Nord expliquaient comment ils ont commencé à travailler avec l’Afrique subsaharienne et vice-versa. On a tous convenu qu’il y avait des raisons de mettre sur pied une plate-forme d’échanges. Celle-ci devait permettre de renforcer ces collaborations et les structurer- parce que c’était encore un peu disparate- de manière à ce qu’on puisse voir des statistiques, savoir où on peut apporter un plus, pour que ces échanges aient un impact plus concret. Beaucoup ont souhaité qu’on se penche sur l’artistique. Alors, comme cette première rencontre était une réflexion, nous avons convenu, avec la direction du Masa, présente à Rabat, que ce marché abriterait la deuxième rencontre du groupe, qui permettra de mettre sur pied une véritable plate-forme de coopération et d’échange entre les pays d’Afrique du Nord et ceux d’Afrique subsaharienne. C’est pour cette raison que nous sommes ici au Masa 2018. Entre-temps, nous avons eu un atelier préparatoire à Ségou au Mali. Et là, on avait des experts de très haut niveau avec qui nous avons commencé à construire cette deuxième rencontre, ici à Abidjan.

Vous parlez d’intérêt manifesté vis-à-vis de cette initiative. Vous étiez 26 experts à Rabat pour en parler, combien en attendez-vous ce 14 mars à Abidjan ?

Cette réunion est ouverte. Une soixantaine d’experts a été invitée. Mais, on se rend compte qu’il y a effectivement un grand engouement. La salle qui nous a été attribuée pourrait s’avérer petite. Ceux qui ont vu cette rencontre inscrite dans le programme du Masa ont manifesté le besoin d’y assister. Il faut dire qu’à Rabat, on ne parlait que de musique. Ici, à Abidjan, on parle de tous les arts de la scène. Donc, véritablement on ne sera pas surpris de voir une centaine de personnes assister à cette réunion. On est en train de solliciter la direction du Masa pour changer de salle, parce que celle qui a été mise à notre disposition ne peut pas prendre plus de 60 personnes.

Il est souvent fait le reproche à des initiatives comme la vôtre de ne pas toujours être concrètes. Qu’espérez-vous d’abord à l’issue de la rencontre du 14 mars et ensuite, dans les prochains mois ?

A Rabat, nous n’avons fait que parler du projet et nous nous sommes mis d’accord pour le porter ensemble. La plate-forme va se mettre sur pied ici à Abidjan. En fait, il sera question pour nous que les gens s’inscrivent, qu’on donne un contenu à la plate-forme, qui va commencer par l’artistique, qu’on l’oriente et qu’on lui donne un format. Il s’agira d’avoir une permanence pour gérer cet organe, avoir des informations sur ce qui se fait entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au sud du Sahara. Il faudra que les professionnels et les artistes s’inscrivent sur la plate-forme, qu’on souhaite être gérée en termes techniques par Arterial network, avec qui nous avons déjà discuté à Ségou (Mali). Ce réseau existe et fonctionne bien en termes d’informations. Arterial a un site internet qui est très bien. On verra avec ce réseau, dans quelle mesure, sur son site internet, créer un espace de manière à ce que les gens s’inscrivent, précisent ce qu’ils font en termes d’échanges, et leurs attentes, de manière à pouvoir, nous qui allons animer cette plate-forme, voir quelle direction donner à tel ou à tel projet. En gros, nous souhaitons encourager la mobilité et les projets de création des artistes et des professionnels et même d’aller plus loin. Mais pour ça, il faut construire, et c’est ce travail que nous sommes en train d’effectuer.

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