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David Hercule Matam : L’haltérophile camerounais est établi à Besançon !

Camerounais naturalisé français, l’haltérophile de 30 ans nous raconte son parcours

Son prénom Hercule évoque tout. Sa gigantesque musculature aussi. Il ne passe jamais inaperçu. On le soupçonne presque toujours d’être un boxeur. De cette force physique qui s’affiche sans retenue, il tire sa renommée. Il est devenu haltérophile, après avoir pratiqué en amateur le judo au collège de la Salle à Douala. Pourtant, rien au départ ne l’y prédestinait. Tenté par la mécanique automobile, il fait des études dans cette discipline jusqu’à obtenir un certificat d’aptitude professionnel (CAP) dont il abandonne le diplôme. Parallèlement, il pratique le judo où il se révèle un adversaire coriace. « J’étais encore ceinture blanche mais je battais déjà les ceintures noires » se rappelle t-il. Lassé par la mécanique qu’il considère comme « salissante », apitoyé par le sort de sa mère qui peine à rassembler ses frais de scolarité, Hercule décide de rejoindre son père à Yaoundé pour gagner sa vie à la sueur de ses muscles. C’est alors qu’en 1993, il s’intéresse à l’haltérophilie. « Un sport que je regardais souvent à la télé » se souvient-il.

Des débuts difficiles

Il débute en 1993 sous les conseils avisés de son père, entraîneur national au Cameroun. Qui n’aura pas manqué de le réprimander le premier jour, lorsqu’il se plante le genou après que la charge de 140 kilos qu’il porte, retombe sur lui. « Moi j’ai commencé à 18 ans alors que certains commencent à 9 ans. Mais quand on a du talent, il n’est jamais trop tard pour faire briller son génie » explique Matamb. Mais il ne se décourage pas. « Je voulais montrer que je mérite mon surnom de Hercule » se souvient-il encore. Dès sa première année de pratique, il est sélectionné dans l’équipe du Cameroun pour le championnat d’Afrique où il se classe à une prometteuse 4ème place. Le départ de ses deux frères pour la France le laisse un peu seul. Lorsque ses deux frères reviennent pour contribuer à développer l’haltérophilie au Cameroun, il manque de peu d’obtenir un ticket pour participer au championnat du monde d’haltérophilie en Tchécoslovaquie. « Il y avait comme un acharnement de la part des dirigeants camerounais qui ne voulaient pas que je parte alors même que les sélectionneurs français ont trouvé que j’avais beaucoup de qualités. Les dirigeants camerounais se sont opposés à ce que j’aille en France pour faire un stage. C’est le déclic pour David Hercule Matamb qui est inconsolable après ce départ manqué pour le pays du général De Gaulle. « J’ai pleuré pendant des jours » se souvient-il. C’est ce départ manqué qui le remet au travail, avec rage et détermination. « Tous les matins, je me levais pour m’entraîner. C’est le bruit des ferrailles que je provoquais qui réveillaient mes voisins. J’ai alors très vite grimpé en performance » raconte t-il. C’est dans cette endurance revancharde qu’il cultive son talent. « Depuis ce temps là, mes performances ont continué à augmenter. Ce n’est pas absolument parce que je suis en Europe que je fais des bonnes performances. La preuve, c’est que j’ai obtenu 3 médailles de bronze aux jeux du Commonwealth à partir du Cameroun » argumente Hercule pour répondre à ces jeunes qui, « à peine commencent-ils à pratiquer un sport, qu’ils veulent tout de suite partir en Europe pour évoluer ». Il décide alors de venir en France.

En octobre 2000, David intègre tout d’abord le club de Langres grâce au concours de Jean Louis Guidin. Un homme qui a beaucoup uvré pour son départ du Cameroun. « Par deux fois, il m’a envoyé un billet d’avion et m’a aidé à obtenir mon visa ». Puis, il rejoint la française de Besançon. Il y trouve un certain équilibre et entame alors une procédure de naturalisation qu’il obtient en septembre 2003. David participe aux championnats du monde de Vancouver en novembre 2003 et sous les couleurs de sa nouvelle patrie, il y décroche une place pour les JO d’Athènes par équipe. Pour sa naturalisation, il explique : « Avec la nationalité française, on nous donne la possibilité d’avoir une vie après le sport. Ce qui n’est pas le cas au Cameroun où on ne sait jamais ce qu’on va devenir après ».

Hercule Matam
Journalducameroun.com)/n

Un palmarès mitigé

A l’occasion des championnats d’Europe à Kiev, avec 6 essais sur six, il améliore à quatre reprises les records de France et gagne sans ambiguïté sa place pour les JO. Malheureusement pour lui, le succès escompté n’arrivera pas à Athènes. Après un excellent arraché à 167.5kg (record de France), il échoue à trois reprises sur sa barre de départ à l’épaule jeté. Désormais David a pris conscience de ses moyens physiques exceptionnels. Il a la conviction d’avoir franchi un cap : la barre mythique des 200kg à l’épaule dans la catégorie des 85kg et une médaille à l’arraché, son mouvement fétiche, ne lui paraissent plus comme des objectifs insurmontables mais comme des ambitions sportives légitimes !

A ce jour, David, célibataire, est père de 2 enfants. Même s’il reconnaît n’avoir pas poussé très loin dans les études, ses brevets d’Etat de 1er et 2ème degré font sa fierté. « Le brevet d’Etat de 2ème degré est l’équivalent de la Licence » argue t-il. Il officie aussi comm jury dans plusieurs centres de formation en haltérophilie. Il a aussi contribué à l’émergence de son jeune frère Bernardin Kingué Matamb sur qui il fonde beaucoup d’espoir. « Avant que je n’arrête l’haltérophilie, il faut qu’il y ait une relève et je crois que Bernardin peut l’assurer. Mais il faut aussi qu’il fasse les études » déclare David Hercule. Revenu tout récemment au Cameroun avec des chaussures de compétition, des barres de 140 kilogrammes, des maillots, David Hercule Matamb n’a pas oublié son pays. Il espère contribuer à la professionnalisation de l’haltérophilie.

Le recordman de France (dans les 94 avec 170 kilos à l’arraché et dans les 85 avec 167 kilos à l’épaulé) est un homme avec qui l’équipe de France d’haltérophilie devra compter dans les prochaines compétitions. Il n’en fera pas moins la fierté du Cameroun dont il est originaire. C’est en tout cas un sportif à surveiller de près.

Matam avec ses amis et son frère Bernardin porté en triomphe après une victoire
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