Politique › Institutionnel

De la centralité du principe politique, ouvrage du Cercle Mont Cameroun

Interview de Raoul Nkuitchou Nkouatchet, TaaMâtchou

Rencontre avec Raoul Nkuitchou Nkouatchet, TaaMâtchou


De la centralité du principe politique est le nom du manifeste qu’a produit le cercle Mont Cameroun. Parlez nous du contenu de l’ouvrage.
Le manifeste que vient de commettre le Cercle Mont Cameroun, et qui s’intitule De la centralité du principe politique, constitue un appel patriotique à la responsabilité politique de chaque Camerounais sur le Cameroun. Nous considérons, et disons aux Camerounais, que le seul moyen qu’ont trouvé les hommes, pour vivre libres, épanouis et prospères dans leur propre pays, est de se mêler activement au processus général de production des décisions et des choix collectifs. C’est la première phrase du préambule de notre manifeste. Dans ce texte très court, destiné à une lecture aisée, nous voulons dire à nos compatriotes que la question politique est celle que l’on doit régler avant de se retirer dans sa sphère privée, dans la paix. Nous rappelons qu’il n’est pas possible d’attendre une quelconque prospérité collective, et en dernière instance la tranquillité individuelle, si l’on n’a pas consacré un peu à la question de qui gouverne, et comment ?
Nous déplorons l’abandon du domaine politique, qui fait de ce terrain principal une sorte de jachère au Cameroun. Alors que les ressources humaines ne manquent pas dans notre pays, on ne trouve que des espèces de demi-portions parmi les protagonistes de la vie politique nationale. Et cela ne relève pas du tout du hasard. Cela vient d’une très ancienne déresponsabilisation, c’est-à-dire d’une infantilisation vis-à-vis du politique : ce qui est bon n’est pas de notre fait, et ce qui est mauvais n’est pas de notre faute ! Le Cameroun connaît une crise plus terrible que celle qui avait provoqué le soulèvement des Français contre la monarchie à la fin du 18ème siècle, et pourtant l’on n’observe aucune réaction significative chez les élites de notre pays. Si vous jetez un coup d’ il à la longue liste des hommes qui se sont penchés sur la question politique, pour la résoudre, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, en France ou ailleurs, vous avez l’impression qu’il s’agit d’une compétition pour le Nobel de l’intelligence ! C’est une fois la question politique réglée, que les hommes retournent souvent à des activités plus rentables pour eux.

De la centralité du principe politique rappelle que la politique est une expérience sociale irréductible à tout autre. Aussi, que la conquête de la démocratie est une formidable aventure humaine, un mouvement historique décisif. Nous rêvons de voir les meilleures potentialités de notre pays, se mobiliser pour donner de l’intensité, de la densité à la joute politique chez nous. Les Etats-Unis d’Amérique, par exemple, ne seraient pas le pays que l’on connaît, s’il n’y avait eu un jour là-bas, dans la même arène, des compétiteurs de la trempe de Washington, Jefferson, Monroe, Franklin, Paine et consorts ! Ces types-là ne se retrouvent pas là par hasard ; ils passent tous par des lieux où l’on apprend à s’élever au-dessus de la condition moyenne.

Qu’est ce que le cercle Mont Cameroun ?
C’est d’abord quelques amis qui, partant du constat que l’inflation de l’offre partisane au Cameroun, n’a amélioré ni la qualité ni le rendement de la vie politique nationale, ont décidé de tenter autre chose ; de trouver une autre voie. Le Cercle Mont Cameroun se veut un cadre où les patriotes apprennent à traiter sérieusement du politique, c’est-à-dire de s’écarter progressivement du rapport folklorique ou frivole à la cruciale matière.
Le Cercle est une société initiatique où l’on apprend au moins à se poser des questions, mais les bonnes. Sur l’organisation sociale et économique du Cameroun, sur notre histoire, sur l’Histoire, la philosophie, la morale, voire la métaphysique. Nous n’avons aucune garantie de trouver les réponses. Mais nous sommes convaincus que pour modifier l’état social de notre pays, les élites camerounaises doivent commencer par se mettre sur le chemin, se modifier elles-mêmes.

Vous parlez de société initiatique. Peut-on faire un rapprochement avec la politique ?
La notion d’initiation ne doit pas impressionner. Il faut entendre par là un chemin pour s’élever à la dignité de la politique, pour accéder à un rapport exigeant à la chose. C’est dans des clubs, des cercles restreints que les hommes peuvent s’adonner à certains types d’activités intellectuelles et spirituelles ; lesquelles progressivement vont se complexifier, jusqu’à déborder sur le reste de la société.
La seule existence de ces lieux où l’on débat de l’avenir du pays, à la fois ouverts et sélectifs, dans un contexte où règne la crispation et le renoncement, serait en soi un gain pour le Cameroun. D’autant que la politesse, la culture et une certaine aisance des membres de la société initiatique, assurent à l’ordre social et politique des vues plutôt progressistes que révolutionnaires. Bref le rapprochement de la société initiatique et de la politique, c’est la progressivité, la prudence, la mesure dans l’acceptation des choses, plutôt que leur bouleversement.

Qui peut adhérer au cercle mont Cameroun ?
Le Cercle Mont Cameroun est une association qui n’a ni adversaires ni amis a priori ; nous avons juste un projet. C’est une société politique ouverte à tous les hommes et femmes de bonne volonté, indépendamment de leur origine tribale, de leur affiliation partisane, religieuse ou philosophique. Il suffit de partager avec nous, l’idée que le pays a besoin d’un effort long de conscientisation de ses enfants aux enjeux de la politique.
Autrement dit, si vous pensez que la politique n’apporte quelque chose de bon à la collectivité, dans un pays miné comme le notre par une crise profonde, qu’au prix d’un effort conséquent de ses élites à l’élévation intellectuelle et spirituelle, vous pouvez être membre du CMC. Et vous seriez la bienvenue !

Lors de la dernière visite du président camerounais en France, une polémique a éclaté sur les notions de diaspora et intellectuel. Quelle est votre définition de ces deux concepts ?
C’est vrai que l’on vit un moment de très grande confusion dans les esprits chez les Camerounais. La confusion règne sur les termes, sur les évènements, sur les hommes et les finalités de la vie ensemble. Ce qui n’aide pas à voir clair sur l’avenir de notre pays. La dernière visite du Président Biya en France, a renouvelé l’occasion de prendre la mesure de l’immense défi intellectuel que constitue la clarification des sujets et des objets qui touchent au politique chez nous. Les notions de diaspora et d’intellectuel sont de celles qui se prêtent le plus aisément aux approximations.
On peut décliner indéfiniment les acceptions de la notion d’intellectuel. Mais je retiens pour ma part que, l’intellectuel est l’homme qui, s’appuyant sur ses acquis reconnus – qui peuvent être fort divers, scientifiques, philosophiques, artistiques – prend position dans le mouvement social. Cet acte de transcender sa condition « professionnelle » d’origine, l’intellectuel le fait au nom de sa responsabilité (qu’il s’invente ou qu’on lui octroie), et de sa volonté de participer supérieurement à la vie de la cité. On peut également dire, avec Edgar Morin, que l’intellectuel est celui qui se définit essentiellement par son travail sur les idées, par les idées, pour les idées. C’est un consommateur et un producteur d’idéologie. Le mot clef ici étant le travail, l’activité de consommer et de produire. Bref, si l’on veut procéder rigoureusement, on n’accole pas l’épithète à n’importe qui.

Quant à la notion de diaspora, elle est utilisée soit par commodité, c’est-à-dire par une facilité de langage, soit par intention de refouler une partie de la communauté nationale. Le mot grec de diaspora renvoie à la dispersion des Juifs. Bien avant l’ère chrétienne, les Hébreux avaient décidé de se répandre à travers le monde. C’était au nom de leur conception du monde : [Je suis un étranger et un hôte]. Et il y a eu les persécutions massives et les guerres qui ont intensifié leur Exode. Nous Camerounais, Africains, partons essentiellement parce que nous avons faim ; aussi parce qu’il n’y a pas de perspective pour nous, chez nous. Ce n’est pas du tout la même histoire que celle qu’évoque la diaspora. Nous sommes les Camerounais de l’étranger. Cela est plus simple et plus vrai ! Le mot diaspora, appliqué à notre réalité, fonctionne comme une boîte noire, dans laquelle on jette le sort de centaines de milliers de personnes. Non seulement cette notion n’apporte rien à l’intelligibilité de la chose que l’on veut éclairer, la condition des Camerounais qui vivent loin de leur pays, en plus on biaise, par ce simple procédé de langage, la part qu’ils peuvent donner au développement du Cameroun. Puisqu’ils sont du plus profond ailleurs. Est-il besoin de rappeler que ce pays n’a guère les moyens de se passer de l’apport d’une part grandissante de ses ressortissants ?
Des millions d’Irlandais, d’Allemands et d’Italiens, sans même parler des Grecs et encore moins des Chinois, ont peuplé de nombreuses régions du monde. Pourtant, avez-vous jamais rencontré un Allemand ou un Italien de la diaspora ? Avez-vous jamais entendu parler de la diaspora chinoise ? Non. Parce que ces millions d’hommes et de femmes fuyaient la rudesse de la vie qui avait cours chez eux, comme les Africains aujourd’hui. Que signifie cette volonté de se réclamer de la diaspora ? Nous devons inventer des concepts pour relater notre propre expérience historique, au lieu de nous adosser, en permanence, sur le tragique et le grandiose qui ne nous appartiennent pas.

Avez-vous l’intention de faire de la politique au Cameroun ? En France ?
Un homme a généralement une seule patrie, la mienne c’est le Cameroun. Comme pour la mère : on peut respecter toutes les autres, mais n’aimer profondément qu’une seule. On fait de la politique pour sa patrie. La question pour moi ne s’est donc jamais posée, de savoir si faire de la politique en France serait une possibilité. Si Dieu le veut, j’apporterai un jour ma modeste contribution au développement (politique) du pays où je suis né, et avant moi mes parents et mes ancêtres. Je m’y prépare depuis longtemps.


Journalducameroun.com)/n
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