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De la conquête de Levallois aux démêlés judiciaires, l’inséparable couple Balkany

Elle est à la « mise en scène » et lui « sur les planches »: Patrick et Isabelle Balkany ont traversé ensemble plus de quatre décennies de vie politique, formant un duo redoutable, devenu sulfureux, dans leur fief des Hauts-de-Seine.

C’est pourtant seul que le maire de Levallois-Perret a affronté le procès pour fraude et blanchiment infligé au printemps au couple, soupçonné d’avoir caché 13 millions d’euros d’avoirs au fisc entre 2007 et 2014. Son épouse et première adjointe, qui a fait une tentative de suicide quelques jours avant l’ouverture des débats, n’est jamais apparue à la barre.

Alternant coups de sang et bons mots au public, l’édile a tout tenté pour n’apparaître que comme un « fraudeur passif » rattrapé par sa « manie de vouloir toujours faire plaisir ».

Il a fait bonne figure jusqu’au bout, encaissant la charge du parquet qui a requis de lourdes peines de prison et une incarcération immédiate à son encontre. Les procureurs ont été plus cléments à l’égard d’Isabelle Balkany, demandant une peine aménageable, pour lui éviter la détention.

Patrick Balkany avait d’ailleurs réservé ses derniers mots à celle dont il partage la vie depuis plus de 40 ans: « Je n’aspire qu’à une chose, pouvoir être auprès de ma femme ».

Leurs proches comme leurs rivaux s’accordent à le dire: Patrick et Isabelle Balkany, tous deux 71 ans, sont complémentaires. Lui est « l’acteur sur les planches », elle le « metteur en scène » ; il est le « marketeur » et elle le « back-office » ; lui « les jambes », elle « la tête ».

S’il est en première ligne, c’est parce qu’il a le cuir plus épais selon plusieurs proches.

Nés après-guerre, à dix mois d’écart, ils se marient en 1976. Lui est fils d’un immigré hongrois, s’essaye au théâtre avant de rejoindre l’entreprise familiale de prêt-à-porter, puis d’effectuer son service militaire à l’Elysée.

Elle, Isabelle Smadja, a grandi dans une famille qui a fait fortune dans l’industrie du caoutchouc, travaille brièvement au journal Combat puis intègre le service communication d’Europe N°1.

Ensemble, ils se lancent en campagne et remportent en 1983 la mairie de Levallois, jusqu’ici communiste. Comme à l’époque leur ami Nicolas Sarkozy dans la ville voisine de Neuilly.

Patrick Balkany sera également député (1988-1997 et 2002-2017) et sa femme conseillère générale des Hauts-de-Seine (1988-2011).

– Popularité intacte –

Au fil des ans, le maire transforme cette banlieue industrielle en une commune résidentielle aisée, construisant à tour de bras sur les friches. Equipements haut-de-gamme, police municipale armée, cadeaux et voyages pour les seniors et les enfants… leur politique, plébiscitée par certains, est dénoncée par d’autres, qui critiquent endettement et clientélisme.

Levallois reste le fief: là où Patrick Balkany s’est offert une bouffée d’air frais quelques semaines après la fin de son procès en présidant le conseil municipal sous les acclamations de ses administrés.

« Moi je m’en fiche de ce qu’on dit, je suis aimé des Levalloisiens », avait tonné l’édile, balayant les critiques de l’opposition, devant un public acquis à sa cause.

Patrick Balkany et son épouse l’assurent, ils seront candidats pour un sixième mandat à la tête de Levallois en 2020, où la popularité du maire reste élevée. En 2014, il l’avait emporté dès le premier tour avec 51,5% des voix.

Les rapports sont plus conflictuels avec les médias, à mesure des révélations et des enquêtes: fêtes somptueuses sur la côte d’Azur, amitiés avec des stars du show-business, propriétés luxueuses, voyages… le procès a à nouveau donné un aperçu du train de vie fastueux des Balkany depuis les années 1980.

Le couple avait déjà eu affaire à la justice en 1996: les Balkany ont été condamnés à 15 mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende et 120.000 euros de dommages et intérêts pour avoir affecté trois employés de mairie à l’entretien de leurs domiciles de Levallois et Giverny (Eure).

Cela n’avait pas empêché Patrick Balkany de reconquérir Levallois en 2001, après l’avoir perdu en 1995.

Mis en examen dans une affaire de financement politique occulte via l’office HLM des Hauts-de-Seine, il avait finalement été relaxé, mais son allié d’alors, Didier Schuller, fut condamné en 2007.

C’est ce dernier, « trahi », qui livrera finalement en 2013 à la justice les documents qui ont déclenché les investigations sur le patrimoine des Balkany.

Six enquêtes, qui concernent plus ou moins directement le couple, sont toujours en cours à Nanterre et à Paris.


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