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De la nécessité d’un grand mouvement du peuple pour un New Deal

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

Toute la presse camerounaise avait annoncé l’appel de Fru Ndi à ses partisans de sortir les machettes au cas où le président de la République s’obstinerait à organiser les sénatoriales avant les législatives et les municipales. Très peu annoncent le 8 mars 2013 les conclusions de la rencontre entre le ministre Martin Belinga Eboutou et Ni John Fru Ndi et qui débouche sur un appel du leader du SDF à ses militants à participer massivement aux élections sénatoriales. Si nous étions un peu plus honnêtes dans le langage et dans notre volonté d’éclairer le peuple camerounais qui en a tant besoin, alors nous ne parlerons pas des militants du SDF qui ne sont nullement concernés par cette élection comme tous les camerounais d’ailleurs. Oui nous parlerons des 801 conseillers municipaux d’audience SDF, ceux-là qui recevront 50 000 CFA pour introduire leur bulletin dans l’urne le 14 avril prochain pour élire les 70 sénateurs dont la liste sera complétée par les 30 sénateurs nommés dans sa souveraineté par le Chef de l’Etat. Une fois ce décor vrai planté, nous pouvons nous tourner vers le peuple, celui-là qui compte sur la puissance du rejet du pouvoir en place : Il suffirait à ses yeux, qu’une autre opposition, peut-être celle que nous portons et représentons avec d’autres, désignons demain un candidat pour 2017 pour régler le problème du Cameroun. Ce candidat admettons-le à leur place devra être crédible, en cohérence avec un projet de société éventuellement consensuel et possiblement corrigé à la marge. Depuis l’arrivée de Paul Biya au pouvoir il n’a vraiment jamais été inquiété ni par la tentative de coup d’état de 1984 ni par les urnes.

Pour nous ceci n’est pas un effet du hasard, c’est la conséquence d’une rupture entre le peuple et les politiques mais aussi l’expression de savoir travailler dans la durée en touchant les couches populaires de notre peuple. La construction d’un électorat dans les villes et dans les campagnes comme l’avait minutieusement fait l’UPC de Ruben Um Nyobè dès 1948, la construction d’un électorat comme l’avait fait le PDC d’André-Marie Mbida surtout son épouse Margueritte n’est pas possible à partir de l’inexistant. Le tango, mieux la danse bafia de Ni John Fru Ndi, le tartuffe nu dans la chansonnette de la trahison, appelle un électrochoc puissant, qui doit déboucher à la mise en marche de tout le peuple. Ce n’est plus une affaire de partis politiques mais du peuple, celui du Cameroun. Sa responsabilité est grande, elle est à la hauteur des défis que nous lance la décrépitude de notre tissu social et économique. Nous avons besoin d’un véritable mouvement social porté, insufflé par le peuple lui-même, c’est lui qui doit refuser de faire l’économie de la critique du régime qui nous tient prisonnier. Dans ce régime il serait exclu de tenir à l’écart les partis politiques de la majorité présidentielle et ceux de la complicité gouvernementale dont le leader n’est autre que Ni John Fru Ndi. Nous ne pouvons pas nous mettre aujourd’hui en mouvement sans ce peuple qui nous manque tant ! La fondation de notre peuple ne peut davantage se faire sans une critique approfondie de toutes les déceptions au niveau de la classe régnante et dirigeante.

Je le dis depuis des années comme dans un désert, le tout libéral du Pour le Libéralisme communautaire est une dérive, avec son ouverture des marchés au mépris de la classe la plus fragile de notre population, la privatisation des sociétés de souveraineté comme la SNEC et la SONEL sont la preuve que le Renouveau gouverne contre le peuple. Le coup d’accélérateur libéral de ces 5 dernières années au Cameroun consacre si besoin est la domination sans partage d’une minorité régnante. Le fait que deux ou trois partis soient à l’Assemblée Nationale n’a pas empêché que le peuple passe de la pauvreté à la misère. Notre pays s’est surendetté alors même dans le même temps une classe, la classe dirigeante est passée du statut de millionnaire à celui de milliardaires sans trop d’effort. Oui le flux des richesses et notamment de matières premières est soustrait au regard des miséreux du peuple en lambeaux et guenilles. En réalité, le RDPC n’a jamais eu les moyens de dominer seul le Cameroun. Sa politique a donc été depuis l’avènement du multipartisme dans notre pays au prix d’une longue lutte menée notamment par les gens comme Yondo Black ou encore Henriette Ekwé, de créer des partis et des hommes : Aujourd’hui, ils ont tous un visage et nous pouvons tous les nommer. La seule question qui se pose est de savoir si nous prétendons contrarier cette évolution toujours dominante de la classe régnante dans ces deux facettes, en nous mettant, au nom d’une attente messianique du politique à courte vue, au risque d’un suicide collectif qui n’épargnera ni petit ni grand, ni femme ni enfant, ou si, au contraire, nous voulons que le Cameroun se redresse, définisse sa place et celui de son peuple déjà à l’intérieur de ses frontières et ensuite en Afrique centrale. C’est cet engagement qui nous permettra de faire naitre une nouvelle classe dirigeante, c’est cette position, qui fera prévaloir chez nous le dialogue et la nouvelle autorité, la fin de l’impunité. Ce choix je le sais est crucial et même onéreux. Il n’est pas moins décisif pour la fondation d’un véritable Etat-Nation au Cameroun. La mise en marche du peuple doit s’appuyer sur les échecs du régime, sur sa duplicité, sur le jeu trouble de celui qui demeure encore aux yeux de tous comme le principal leader de l’opposition.

Notre pays est en crise à tous les niveaux, crise de la famille avec la déstructuration de sa cellule, en guise de protection des enfants la ministre des affaires sociales, nous a servi une légalisation du droit d’adoption au Cameroun par les personnes de même sexe ! Crise sociale avec l’ouverture de la succession aux femmes dans leurs familles directes chamboulant ainsi la patrilinéarité de la famille chez nous. Un véritable bordelle et une large ouverture à l’inceste dans le plus grand silence des églises et de l’autorité traditionnelle ! Crise économique avec le panier de la ménagère de plus en plus vide ! Crise des institutions avec l’organisation des sénatoriales le 14 avril prochain avec un corps électoral illégitime et sans la mise en place des conseillers régionaux. La liste de toute ces crises est loin d’être exhaustive mais le résultat est saisissant : la disparition de l’Etat et de la Nation. Voilà pourquoi ce n’est plus une affaire de partis politiques mais des hommes, des femmes, des jeunes et moins jeunes. C’est ce peuple qui doit se mettre en mouvement pour un New Deal à l’échelle nationale. Cette mise en marche qui se veut sociale, environnementale, politique et économique implique tous les peuples du Cameroun. Sinon à quoi peut servir un tel mouvement dans un pays déjà aussi décousu ? C’est cette visée qui donnera toute sa puissance et sa légitimité à l’effort de conviction que le peuple devra déployer aussi bien dans les villes que dans les campagnes. C’est ainsi que le peuple camerounais pourra donner une juste perspective à la mise hors scène politique de ceux et celles qui tiennent le gouvernail aujourd’hui de deux mains solides. Les institutions de la deuxième république que j’appelle de tous mes v ux auront à se réformer au feu de la crise. Le recentrage de la nouvelle élite, de la diaspora aussi, auquel nous devons contribuer, sera déterminant. Pour mettre notre pays sur les rails des redressements, l’Etat ne devra se priver d’aucun moyen. Cette nouvelle donne suppose que le peuple s’approprie la tradition généreuse des pères de la construction du Cameroun parmi lesquels Martin Paul Samba, Ossendé Afana, Félix Roland Moumié et les milliers d’anonymes dont personne ne prononcera jamais le nom dans notre pays et qui n’ont jamais opposé la tribu à la Nation. Ainsi, c’est à travers la conscience d’une tâche historique exceptionnelle qu’on relèvera notre pays. Je suis convaincu que l’organisation, dans tout le pays, de « forums de l’unité », dès lors que seront abordés les débats de fond, permettra d’attirer des milliers de sympathisants aujourd’hui encore sur le reculoir. Nous créerons ainsi un mouvement irrésistible vers cet « événement-électrochoc » que serait une nouvelle refondation de notre pays par ses peuples, à l’image de celles qui, de 1947 (naissance de l’UPC) et de 1990 (retour au multipartisme), ont rythmé son histoire.

Un tel mouvement doit s’ouvrir à toutes les sensibilités. Nous devons à présent inviter nos pays à nous rejoindre, nos classes moyennes à s’engager, tous les corps de métiers devront non plus combattre pour eux mais pour le peuple, pour le pays. Oui c’est à nous de le faire parce qu’il n’y a plus urgence c’est tout simplement l’heure.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
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