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De l’incohérence dans les actes. dans un pays aux urgences!

Par Abdelaziz Mounde

177 véhicules « offerts par le chef de l’Etat » aux chefs de terre (gouverneurs, préfets, sous-préfets) d’un coût de quatre milliards de FCFA…Pour les 20 ans de la Constitution de 1996, où l’on attendait la mise en place des Conseils régionaux, on a la mise à disposition de véhicules à des autorités administratives qui en disposent à foison. Et pendant ce temps, les services administratifs et l’Etat civil sont à l’âge de pierre…

A qui s’applique donc la réduction du train de vie de l’Etat ? Cette antienne des Conseils de ministre dont nous désespérons désormais de la tenue régulière.

Les hautes instructions serinées par les médias de service public et machinalement répétées sans conviction par vos plus proches collaborateurs, les hauts commis de l’Etat et le Premier ministre, ne sont plus qu’une liturgie pour fidèles crédules.

En vous écoutant en novembre 2011, j’ai cru – naïvement ?- qu’en parlant de République exemplaire, une fois élu, vous retrouveriez de la cohérence dans la gestion des affaires de l’Etat. Dire et faire. Faire ce que l’on dit, des choses qui relèvent de la petite fable du primaire et non de la grande science politique, version Machiavel, me dira-t-on.

Parlant d’exemple, il y’a de nombreux Camerounais qui ont compris qu’en acquérant des Maybach, garnissant le parking présidentiel, notre pays n’était pas encore prêt à adopter des pratiques plus modestes, adaptées à nos besoins et réalités. Songeons que le Cameroun dépense en véhicules présidentiels et officiels plus que l’Allemagne, fournisseur de Maybach, première puissance économique d’Europe et l’un des leaders mondiaux ! Ce pays qui fait tous les jours, en partenaire privilégié de l’aide au développement, des dons au Cameroun… Le comble !

Le saviez-vous ? Le montant global du budget débloqué pour l’achat de ces véhicules est à des bornes, supérieur à la dotation que la France octroie au Cameroun pour la…sécurisation de l’Etat civil. Au moment où vous venez de signer un décret réorganisant le Bureau Central de l’Etat Civil au Cameroun, cela prend tout son sens…

Il faut le dire, nos services administratifs, des Services du Gouverneur aux Consulats sont parfois dans un tel archaïsme, qu’il ne serait pas vain de troquer le produit de ces véhicules inutilement dispendieux pour équiper enfin notre pays, en outils modernes, de gestion des procédures administratives.

En maîtrisant la dépense, principe de vos instructions habituelles, on aurait discerné entre les besoins de chaque gouverneur et autorité du commandement, étudié le meilleur rapport qualité-prix et évalué l’opportunité de la dépense. Et puis, cette manie qu’ont les médias de service public, qui se croient obligés de vous encenser, d’ouvrir les éditions de journaux en annonçant des dons offerts par le Chef de l’Etat est une entaille à l’esprit républicain.

Pour que les jeunes générations soient édifiées sur les règles de gouvernance, de saine gestion, il faudrait préciser qu’un président aussi fortuné soit-il ne dispose guère de ses propres deniers pour faire des dons. Le Cameroun doit sortir de cette confusion d’esprit où après l’adoption de la Loi des finances et donc le vote du budget de chaque ministère, l’on revienne deux jours après annoncer des dotations du Président.

En soi, la mise à disposition n’est pas une mauvaise chose, loin s’en faut. Mais des questions se posent. Quel était l’état du matériel roulant à la disposition des gouverneurs et autorités administratives ? Existe-t-il des règles d’amortissement, en clair, une échéance de remplacement des véhicules accordés aux autorités administratives ?

Qui en a la charge ? En clair, où est la part des 42 milliards du budget du Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation dans cette opération, si tant est qu’il s’agit normalement de crédits mentionnés sur ses lignes de dépense ?
Dans quel programme rentre cette opération, pour quels objectifs, suivant les nouvelles règles managériales et budgétaires adoptées utilement par notre pays ?

S’agit-il de budgets de souveraineté, à votre seule discrétion, puisque c’est l’argument massue dès qu’on aborde de tels sujets sous nos cieux ?

Trop d’incohérences empêchent d’apprécier à la juste valeur vos décisions et initiatives. Pour se départir de la passion, analyser avec rigueur, on a besoin de voir clair, de mesurer l’adéquation entre le discours et la pratique. La distance est aussi grande qu’entre les deux rives de la Sanaga.

Pour moi qui ne suis pas favorable à votre candidature en 2018, à la différence de tous ceux qui bénéficient de vos décrets dans le Sud et hier les sénateurs nommés du Centre, j’estime que c’est le gap qu’il faut essayer de combler avant une sortie honorable.

Les Camerounais sont fatigués. Vraiment ! Leur résilience est une résignation joyeuse. Heureusement, beaucoup sont debouts pour vous dire lucidement qu’il faut mettre fin à ces pratiques de pouvoir d’un temps ancien !


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