Santé › Actualité

Décès de Monique Koumate: les explications du ministre de la Santé

André Mama Fouda a donné un point de presse dimanche, 13 mars, sur l’ouverture du corps d’une femme enceinte à l’hôpital Laquintinie de Douala. L’intégralité de son propos

« Dame Monique Koumaté, âgée d’une trentaine d’années, avait déjà eu trois enfants, elle avait une quatrième grossesse. Elle s’est présentée dans un centre médical le 11 mars. Sa grossesse était déjà d’un peu plus de cinq mois. Elle n’a pas suivi les premières consultations. Dans ce centre de santé, un certain nombre de bilans lui ont été demandés. Elle a reçu le traitement préventif intermittent et tout semblait normal sauf qu’on n’a pas décelé que c’était une grossesse gémellaire, c’est-à-dire qu’elle avait des jumeaux puisqu’elle n’avait pas fait d’échographie. Elle décède le 11 mars. Pour l’instant, nous ne pouvons pas dire si elle est décédée à domicile, si elle est décédée chez quelqu’un d’autre ; mais en tout cas, nous avons ses traces dans un hôpital public vers 08h.

En effet, à 08h00 du matin hier (samedi 12 mars 2016, ndlr), sa famille arrive avec elle, elle est malheureusement dans la malle arrière d’un taxi. Ils arrivent à l’hôpital de district de Nylon. La famille sait très bien qu’elle est déjà décédée et la famille demande au personnel médical de Nylon si on peut ouvrir pour pouvoir enlever les f tus parce que dans les traditions de cette famille-là, une maman ne doit pas partir avec des f tus dans le ventre. Bien entendu, le personnel médical de l’hôpital de district de Nylon leur a fait comprendre que cet acte n’était pas usuel et qu’il valait mieux référer à un hôpital de niveau supérieur. Ils ont donc continué avec dame Koumate dans le même taxi et ils sont arrivés vers 10h00 à l’hôpital Laquintinie.

Aux urgences, où ils se sont présentés, ils n’ont pas descendu la dame. Un Monsieur est descendu et a dit : «nous avons une femme enceinte qui est dans un état compliqué». La personne qui les a reçus, une étudiante de 7ème année, leur a dit : «allez vite à la maternité». La maternité est à proximité de la morgue. Ils sont arrivés, ils se sont d’abord trompés, ils sont allés à la morgue. La morgue leur a dit : «voilà la maternité qui est à côté». Ils sont arrivés, la sage-femme est sortie avec le major de la maternité. C’est là qu’elle a vu qu’on a ouvert la malle arrière et il y avait une femme couchée, la tête à moitié enveloppée d’un linge. Ils ont immédiatement constaté que les pupilles étaient déjà à mydriase aréactive. Ils ont constaté qu’il n’y avait plus de pouls carotidien, ni de bruit du c ur maternel et f taux. Ils ont dit à la famille : «vous nous avez amené quelqu’un qui est déjà décédé, il faudrait aller à la morgue».

Ils sont donc partis à la morgue, encore en taxi, à côté et là on a le jeu trouble du morguier qui, peut être, en voulant sortir le corps, dit : «ça semble bouger.» Mais vous savez bien que le f tus est dans un liquide. Comment peut-il imaginer que plus de 4h après le décès, un f tus puisse encore être vivant ? Parce que c’est la mère qui fait vivre le f tus. Dès le moment où la maman est décédée, un f tus ne peut plus vivre. Et le morguier dit : «sauvons le f tus.» Ils retraversent avec le taximan pour aller à la maternité. De nouveau, les sages-femmes disent : «mais non, notre rôle c’est d’accoucher, ce n’est pas une personne qui est déjà décédée.» Entretemps, la gynécologue de garde est en pleine opération de césarienne, donc ne peut pas sortir. Les sages-femmes leur disent: «comme vous demandez maintenant de sortir les f tus, il vaudrait donc mieux aller aux urgences. Là le médecin verra, peut être avec le reste de l’hôpital, ce qu’il y a lieu de faire.»

C’est là qu’on ne sait pas ce qui a traversé la tête d’une dame qui accompagnait ce couple. Au départ, elle s’était présentée comme une belle-s ur mais non ; il apparaissait qu’il n’y avait aucun lien de parenté. Mais cette dame était avec le couple depuis la matinée. Et c’est cette dame donc qui, avec un instrument tranchant, on parle de lame de bistouri, a décidé d’ouvrir le ventre. Cette famille a immédiatement fait un cordon, parce qu’entretemps la sage-femme et le major ont commencé à appeler la guérite de l’hôpital où il y a un poste de police et des vigiles. Au moment où la police de l’hôpital arrivent, cette dame avait déjà ouvert le ventre et sorti les f tus pour les poser sur la poitrine de cette maman.

Mesdames et messieurs, c’est un acte regrettable. Dand un premier temps, on a dit hier qu’on a demandé une caution. Il n’y avait pas un problème de caution. On a parlé qu’il y avait un problème de négligence médicale, il n’y avait pas de négligence médicale, il y a seulement un acte horrible à la fin. Parce que morte, la femme qui a ouvert le ventre n’a pas le droit de disséquer quelqu’un. Elle n’avait pas cette qualité, et dans tous les cas, dans la dignité humaine, ça ne se fait pas. Pour l’instant, les services de gendarmerie et de police ont mis en garde à vue la sage-femme, le major, le morguier et bien entendu la sage-femme qui a commis cet acte horrible que vous avez tous suivi. Je voulais donc rassurer les uns et les autres que le gouvernement suit de très près ce dossier, le gouvernement est choqué par cet acte, le gouvernement est très gêné et surtout perturbé quand il s’agit de la perte d’une femme qui est en train de donner vie à un enfant. Mais le gouvernement souhaite que, maintenant que vous tous vous connaissez la réalité, qu’on attende la fin du process mais que les images qui circulent ne perturbent pas ceux qui les reçoivent parce que ce sont des images qui ne sont pas du tout bonnes.»

André Mama Fouda, le ministre de la Santé publique du Cameroun
Droits réservés)/n



À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé