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Déconfiture politique du Renouveau national» par Thierry Amougou

Une «dégénérescence éthico-sportive de l’équipe nationale camerounaise de football: les chiens ne font pas les chats!» (suite et fin)

Les Lions et la Fécafoot sont deux pôles performants de la «mangeoire nationale» et sont gérés comme tels pour les mêmes résultats déplorables que l’Etat camerounais
Le Cameroun est l’Etat bananier qu’il est aujourd’hui parce que l’Etat et ses institutions sont devenus les meilleurs canaux d’enrichissement pour ceux qui sont à sa tête. Encore une fois, il ne faut pas croire que l’équipe nationale et la Fécafoot sont gérées en dehors du mode de gouvernance générale qui fait du lieu d’attache d’une chèvre, son plus beau et proche pâturage. Chaque nouveau ministre nommé par le Renouveau National à la tête du ministère de tutelle des Lions, semble ainsi avoir pour principale fonction, de sortir l’équipe nationale camerounaise de l’échec retentissant dans lequel l’aura laissé et plongé son prédécesseur. Mais comme aucun projet cohérent de long terme n’existe, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le nouveau venu fait des retouches artificielles et superficielles sans résoudre les problèmes organisationnels, éthiques et logistiques. Il recrute un nouveau coach qu’on pense être un magicien, et fait appel à d’autres proches collaborateurs pour colmater les brèches et se qualifier pour la prochaine compétition.

Cette logique répétitive depuis des années est implacable parce que, à l’instar de l’Etat tout entier, deux de ses parties constituantes que sont les Lions et la Fécafoot, sont des «mangeoires». Le régime y «mange» car certaines victoires des Lions cachent ses carences; les ministres s’y «sucrent» car, recruter de nouveaux coachs ou des animateurs-conseillers à la Yannick Noah, donne des possibilités de contrats, de dépenses et de salaires fictifs. C’est aussi une mangeoire pour les joueurs qui touchent des primes conséquentes en monnayant ainsi leurs talents. Il est très pauvre et indigne de constater que le travail fait par chaque nouveau ministre pour réformer la gestion de l’équipe nationale, s’est limité à recruter un nouvel entraîneur en assimilant celui-ci la solution miracle. Le fait de remplacer Thomas N’kono Par Jacques Songo’o après la piètre CAN des Lions a-t-il donné à l’équipe du Cameroun un meilleur gardien de but que celui que peut lui procurer une bonne formation de jeunes dans de bonnes infrastructures?

En conséquence, il n’est pas paradoxal qu’alors que le peuple camerounais pleurait pour avoir raté le dernier mondial en Allemagne, les responsables à la tête de l’équipe nationale camerounaise et des Lions, se mordaient les doigts pour tous leurs business qui tombaient ainsi dans l’eau. Tant que gouverner reste synonyme «de manger et faire manger les siens», le Cameroun et ses Lions n’iront nul part. Un label comme les Lions Indomptables a besoin d’innovations mélioratives pour préserver sa réputation. «La politique du ventre» ne peut y arriver que de façon chanceuse et anecdotique comme en 1990 où, grâce aux talents des joueurs, le Cameroun atteignait les quarts de finale avec un coach muet et une préparation calamiteuse. Mais la chance et de bons joueurs n’étant pas toujours au rendez-vous, la déculottée de 2010 montre que nos victoires passées ne doivent rien à la gouvernance camerounaise du football.

L’argent, le pouvoir et la gloire rendent fou et donnent tous les droits : du pays tout entier aux Lions il n’y a qu’un pas
Une fois encore, un regard global et systémique est important pour comprendre plusieurs faits qui minent les Lions en 2010. Samuel Eto’o, joueur le plus doué de l’équipe nationale et milliardaire, aurait pris les Lions en otage en y faisant la pluie et le beau temps. Il choisit les entraîneurs, les hôtels ainsi que ceux qui jouent et ne doivent pas jouer. Il décide aussi de qui doit être convoqué en équipe nationale ou plus jamais à l’instar de Wome Nlend, disent certaines voix autorisées. Les clans se sont formés au sein de l’équipe, non seulement à cause de cela, mais aussi parce que d’autres jeunes comme Alexandre Song, hors mis cette sombre affaire de contrat publicitaire, ont été montés par des anciens mécontents de se retrouver au rang de figurants. Et à Eto’o de répondre aux critiques de l’officier de réserve, «Milla c’est qui?».

Ces faits suivis à gauche et à droite ces derniers temps, attestent de trois choses au moins: les millions d’Euros d’Eto’o font que celui-ci gère les Lions comme sa maison; les anciens Lions au banc de touche ont envenimé la situation et ont contribué au clanisme au sein de l’équipe; l’esprit patriotique et éthique est déficient au sein de cette génération de joueurs. Cependant, une fois qu’on se rend compte que le Cameroun actuel est celui où les espèces sonnantes et trébuchantes sont la nouvelle valeur au centre de la société, il n’est par surprenant de constater que cet argent fait le même effet au sein des Lions, que celui qu’il induit au sein d’un Etat devenu une coopérative de voleurs de deniers publics.

En effet, il est impossible que l’argent, érigé en valeur suprême au sein de la société camerounaise par le Renouveau National, ne fasse pas d’Eto’o-fils le roi au sein des Lions qui sont aussi un lieu de pouvoir. Si Paul Biya met ses concurrents en prison parce qu’ils ont trop accumulé et peuvent contester son pouvoir, c’est que l’argent est roi au Cameroun. Nous n’en voulons pour preuves que les musiciens, humoristes et feymens qui chantent les louanges du joueur parce que celui-ci possède des milliards qu’il peut distribuer à qui il le souhaite. En conséquence, dans un pays où la valeur d’un citoyen se mesure à celle de son compte en banque, Eto’o dit «Milla c’est qui?» mais personne n’ose dire «Eto’o c’est qui?». C’est très très grave pour l’avenir des valeurs éthiques et patriotiques au sein du pays car, une société qui ne jure que par l’argent, fait de celui-ci la chose par laquelle elle se corrompt et meurt.

C’est parce que l’argent a rendu fou le Renouveau National et les pauvres les Camerounais qui se sont fait spoliés par leur propre Etat, que les milliards d’un joueur peuvent mener tout le monde par le bout du nez.

En conséquence, parce que chaque Lion aura reçu de l’Etat 45 000.000 de FCFA de primes, le journaliste Linus Pascal Fouda pense que l’Etat a tout fait pour la réussite de la coupe du monde sud-africaine. Ce qui est pourtant vrai ici, et que démontre le fiasco, est que cet Etat voulait juste doper les esprits des joueurs pour qu’ils fassent une bonne participation politiquement exploitable pour la présidentielle de 2011.
Thierry Amougou

Encore une fois, le Renouveau National pense que l’argent peut remplacer le travail et un projet crédible. Le sens de l’honneur, du travail et de la justice n’existe plus, phagocyté qu’il est par un pouvoir vénal et affamant une société où tout ce qui fait argent brille et devient or. Les autres vieux joueurs qui, ayant fait leur temps, s’incrustent dans cette équipe pour y créer du clanisme, sont aussi à l’image du pays où personne ne quitte ses fonctions à temps. Il est de ce fait impossible de retrouver des valeurs éthiques et patriotiques au sein d’une équipe nationale camerounaise, qui n’est que le produit des valeurs actuelles de la société dont elle est le produit. Nous l’avons déjà dit, les chiens ne font pas les chats.

Si les élites au pouvoir ont privatisé chacune une part de la richesse camerounaise en détournant des deniers publics, le chef de l’Etat lui privatise tout le pays, comme les joueurs peuvent aussi privatiser l’équipe nationale. C’est une logique qui vient d’en haut et acquiert ainsi sa légitimité. Si non, expliquez-nous pourquoi, si ce qui se dit est fondé, Eto’o n’est pas mis à la porte de l’équipe nationale camerounaise ainsi que tous les autres fauteurs de troubles? Le Ghana est en quart de finale sans Michael Essien blessé, la France a gagné la coupe du monde sans Cantona et Ginola ses meilleurs joueurs de l’époque qu’Aimé Jacquet jugeât d’un ego surdimensionné mauvais pour son groupe, et le Brésil autre grand du football, remporta sa dernière coupe du monde sans le brillantissime avant-centre Romario, jugé caractériel et ingérable. Encore une fois, si ce qui se dit est fondé, que ceux qui ont le pouvoir prennent, pour une fois, une décision utile au pays. Qu’ils sortent de la dictature de l’argent déjà instituée par le Renouveau National, et débarrassent l’équipe nationale de la gangrène des milliards sans scrupules.

Thierry Amougou
africapresse.com)/n

Assumer ses résultats est le signe d’un grand homme
Une autre bizarrerie que montre la débâcle des Lions, est que les Camerounais ont une mémoire très sélective. En effet, voici que tout le monde demande la démission de Le Guen car il serait responsable de notre fiasco. D’accord, c’est lui le capitaine du bateau et doit assumer tous les résultats en chef d’équipe. Il l’a d’ailleurs fait en acceptant de porter le chapeau et de démissionner car l’échec est le sien. C’est ça le signe d’un grand homme car il assume ses résultats et tire les conclusions qui s’imposent.

Dans un Cameroun où, depuis près de trente ans, le pays va à reculons sur le plan du développement, il est souhaitable que les Camerounais aient la même intransigeance par rapport à Paul Biya que par rapport Paul Le Guen. Dans le cas contraire, cela voudrait dire que Le Guen est responsable de la débâcle des Lions et Biya pas responsable de celle du Cameroun qu’il dirige depuis plus d’un quart de siècle. Ce serait alors être incohérent envers nous-mêmes car le temps mis par Paul Le Guen à la Tête des Lions, ne peut avoir détruit cette équipe autant que les près de 30 ans de destruction du Cameroun par le Renouveau National.

La situation qui se profile est même encore plus inquiétante. En effet, Paul le Guen a pris ses responsabilités et a démissionné ou a été démissionné. Ceci veut dire que les Camerounais sont soulagés car cette démission constitue un exutoire à leur colère qui, ainsi, se dissipe. Mais ça veut aussi dire qu’une fois la brebis galeuse désignée et évincée, le reste va reprendre comme avant car le mal a déjà été extirpé de la racine des Lions. C’est une grosse erreur car ça va reprendre de plus belle comme avant avec un nouveau coach, les mêmes bricolages et les mêmes résultats minables. En France par exemple, le président de la fédération a démissionné, le ministre des sports, l’entraineur Domenech et le président Escalette sont entendus par une commission parlementaire, non parce que le sport n’est plus un jeu fait de victoires et de défaites, mais parce qu’ils doivent des explications au peuple et assument leurs résultats. Au Cameroun, personne n’assume ses résultats et on s’étonne que l’équipe nationale périsse comme le pays tout entier.

Le Cameroun n’a plus les joueurs de très grands talents qu’il pense avoir et cela exige de construire une équipe au vrai sens de ce terme
Les Camerounais rêvent au passé et non au présent. Ils sont dans l’imparfait du présent en pensant qu’ils ont encore les talents exceptionnels qui ont joué au football même avec une pelouse du stade omnisport assimilable à un champ de patates. Nous n’avons qu’un seul joueur de grande classe, c’est le capitaine actuel de l’équipe. Qui plus est, aux dires de certains, celui-ci semble en être un des principaux cancers. Certes la tactique est importante et peut faire gagner ou perdre un match, mais ce n’est pas la tactique qui fait que des professionnels n’arrivent pas à aligner cinq passes successives et correctes. S’ils ne le font pas, cela veut dire qu’ils sont mauvais et limités. De bons joueurs sont capables de changer leur tactique de jeu sans demander au coach. Nous savons que Zidane, Makélélé et Thuram ont pris l’équipe de France à l’avant dernier mondial, et ont changé la stratégie de jeu improductive de Domenech.

Maintenant que la réalité a montré le niveau des uns et des autres, maintenant que nos stars causent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent, l’heure est venue de construire une équipe nationale qui joue bien au football. Quand on voit les jeunes Ghanéens jouer, on se demande si nos joueurs ont des pieds carrés ! Ces jeunes jouent bien parce qu’ils se connaissent depuis les équipes de jeunes et forment un groupe solidaire qui éprouve le plaisir d’être en équipe. Un joueur qui menace de ne pas aller à la coupe du monde parce qu’un illustre aîné critique son rendement, doit être remis à sa place de joueur en lui disant que la star ce sont les Lions Indomptables et non lui. Porter le maillot des Lions doit être un honneur pour tous et non un objet de chantage.

Un pouvoir corrompu, c’est-à-dire, qui confond les biens publics et les biens privés, entraîne automatiquement une société corrompue, étant donné qu’il place toutes les structures, dont les Lions, dans la même logique. Le travail à faire au Cameroun est immense car il faut récréer de l’ordre républicain. C’est-à-dire, remplacer la dictature de l’argent par les valeurs de justice, de travail, d’excellence, de mérite, de patriotisme et de solidarité. Après ça, vous verrez que les Lions seront positivement contaminés et iront nettement mieux. Si cette base n’est pas posée, même le meilleur entraîneur au monde n’y pourra rien du tout.

Un lion assis
Xinhua)/n


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