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Déjà 15 mois sans polio au Cameroun

Une victoire qu’il faut célébrer certes, tout en restant vigilant au regard de nombreux défis qui interpellent le pays en matière de vaccination de routine des enfants de moins de 5 ans

09 juillet 2014-octobre 2015. Voilà 15 mois que les derniers cas de Polio Virus Sauvage (Pvs) ont été enregistrés au Cameroun. Le dernier cas a été découvert à Ketté, dans la région de l’Est après la résurgence de la maladie en octobre 2013, date de la découverte du premier cas de Pvs disparu depuis 2009 du territoire national.

Au total, ce sont 9 cas qui ont été enregistrés sur l’ensemble du territoire national. Soit entre autres, quatre cas de Pvs dont trois dans le district de santé de Malentouen et un à Foumbot dans la région de l’Ouest, ont été confirmés dans les échantillons de selles en 2013. La survenue de ces épidémies a été d’autant plus inquiétante que le Cameroun est le seul pays d’Afrique Centrale à avoir confirmé les cas de Pvs en 2013, mais aussi parce que ces cas sont survenus dans une région méridionale considérée jusqu’alors comme à risque faible. Afin de booter la poliomyélite hors du pays, plusieurs activités ont été menées avec l’aide des partenaires au développement.

En bonne place, les campagnes de vaccination de masse et les «Forum des gouverneurs» de l’Extrême-nord, du Centre, du Littoral et de l’Ouest dont le but était d’impliquer activement toutes les couches sociales dans la lutte contre la polio en vue d’améliorer la couverture vaccinale.

Ces efforts ont permis d’aboutir en mars 2015 au retrait du Cameroun de la liste rouge des pays exportateurs de Pvs et en avril 2015, à l’annonce de l’arrêt de la circulation du Pvs dans le pays, à la suite d’une évaluation externe indépendante. Depuis le 9 octobre 2014, plus aucun cas de polio n’a été signalé dans le pays. De quoi se réjouir surtout en cette veille de la Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite, ce samedi 24 octobre 2015. Toutefois, la vigilance reste de mise à cause entre autres du caractère imprévisible de la maladie. De manière globale dans le monde, seuls deux pays ont signalé des cas de polio de souche sauvage cette année. Il s’agit de l’Afghanistan et du Pakistan où cependant moins de 10 cas ont été rapportés.

L’Afrique n’a plus signalé de cas depuis un an. Le Nigeria a connu son dernier cas de polio le 24 juillet 2014. L’Oms pourrait bientôt retirer ce pays de la liste des pays endémiques et, lorsque l’Afrique n’aura plus connu de cas de polio pendant trois ans, l’Oms pourra certifier le continent exempt de polio. En attendant, le travail n’est pas terminé pour venir à bout d’une maladie qui frappait autrefois 350 000 enfants par an. «En matière d’éradication de la polio, des progrès ont été réalisés certes; mais l’arrêt de la circulation du virus, ne veut pas dire la fin des campagnes», prévenait Félicité Tchibindat, représentante-résidente de l’Unicef au Cameroun lors du lancement officiel du partenariat Minproff-Unicef en faveur de la vaccination et de la santé de l’enfant, pour une approche de proximité, le 11 septembre 2015.

Risques résiduaires.
Et la diplomate d’ajouter: «Au contraire, les campagnes à venir vont renforcer davantage la protection de nos enfants. Nous devons tous être vigilants pour nous assurer que l’enfant du voisin, de la voisine est complètement vacciné et que les femmes enceintes se font vacciner car la première protection de l’enfant démarre durant la grossesse de la maman». En effet, insiste Peter Crowley, chef de l’Unité de la polio à l’Unicef à l’occasion de la journée mondiale contre la polio, «jusqu’à ce que tous les enfants du monde soient constamment et systématiquement vaccinés contre la polio, la menace demeure. Nous ne pouvons pas baisser la garde; nous devons continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait pas un seul enfant dans le monde qui reste non vacciné».

Au Cameroun, cette nécessité de vigilance découle des indicateurs de la vaccination de routine qui sont très bas dans notre pays. Certes, l’arrêt de la circulation du virus responsable de la poliomyélite a été déclaré, mais il reste des risques résiduels auxquels le pays doit s’attaquer.

D’après Dr Marie Kobela, secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination (Pev), entre 2000 et juillet 2015, on assiste dans l’ensemble, à une évolution en dent de scie du taux de couverture vaccinale qui stagne autour de 76% soit en dessous des 90% fixé comme objectif. Aussi, le défi ici est de: «Augmenter l’immunité collective pouratteindre une couverture vaccinale â ¥ 90 % au niveau national et d’au moins 80% dans chaque district de santé».

Par ailleurs, selon les résultats du monitorage indépendant à l’issue des campagnes contre la polio, on note des disparités entre les régions ainsi que les districts de santé en termes de pourcentage du niveau des parents informés (87%). Le pourcentage d’enfants manqués hors ménages (7%) diminue d’une campagne à l’autre mais reste au-dessus des 5% recommandé au plan mondial.

Les absences constituent la principale raison de non vaccination des enfants (en moyenne 50%). Cependant, on relève également des cas de refus dont le nombre va croissant entre janvier (93) et juillet 2015 (242). Les cas se concentrent dans la ceinture Centre, Littoral et Ouest. L’Est sans cas en janvier, en compte 4 en février et 11 en juillet. Les autres défis concernent les enfants des zones difficiles d’accès; les cas d’abandon pour ceux qui n’achèvent pas le calendrier vaccinal. Dr Kobela rappelle à ce sujet que de la naissance à neuf (9) mois, l’enfant a droit à au moins cinq (5) contacts avec le centre de santé pour les raisons de vaccination que les experts qualifient de «l’une des plus efficaces et des plus économiques» de toutes les interventions sanitaires jamais mises en uvre dans la prévention des maladies infectieuses.


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