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Des Camerounaises de la diaspora parlent du 08 mars

Par François Zoomevele Effa

Le 8 mars est depuis 1977 proclamé Journée internationale de la femme par l’ONU. A travers le monde entier, se déroulent différentes manifestations. C’est depuis 1986 que le Cameroun célèbre de façon très singulière cette journée, de la première dame aux citoyennes des villages. Ce n’est pas férié, mais toutes les administrations et les entreprises laissent les femmes libres de participer aux manifestations officielles et aux réjouissances déclinées au féminin ce jour-là.

Nous avons rencontré des Camerounaises de la diaspora. Elles sont artiste peintre, artiste de variétés, humoriste, conteuse, écrivain, responsable d’association, et journaliste. Elles nous ont raconté chacune ce que représente cette journée pour elle, la signification particulière qu’elle revêt pour les Africaines qu’elles sont, et l’appréciation qu’elles portent aux commémorations « à la camerounaise » de l’événement.

Delphine Barbeau est gestionnaire de paye. Elle est présidente de l’association « Dynamiques Africaines » de La Rochelle.
«Pour moi, le 08 mars est une manière de célébrer la place de la femme dans la société, sa reconnaissance en tant qu’être humain possédant des droits et des devoirs. C’est pour la femme africaine très significatif dans la mesure où elle a été longtemps asservie. Elle est sortie de l’ombre aujourd’hui car les m urs évoluent, et notre émancipation en tant que femme africaine s’arrache au fil de combats difficiles.

Les commémorations de cette journée au Cameroun revêtent deux formes : dans les classes intellectuelles, les femmes organisent des tables rondes et des conférences sur des thèmes variés portant sur leur vie. Réduites au début à une seule journée, ces activités s’étendent sur plusieurs jours, avec des débats, des activités gastronomiques, des remises de dons aux orphelinats, aux enfants des rues, aux centres de santé. Les femmes du milieu rural, elles, essayent de calquer leurs activités sur celles de la ville, mais elles sont limitées par leurs moyens financiers.

En tant que dirigeante d’association, cette journée est pour moi l’occasion de dynamiser de plus belle les femmes de notre groupe par des conférences, des soirées dansantes à thème…
Cependant cette journée sera une réussite totale pour la femme africaine lorsque toutes nos sociétés traditionnelles auront libéré les femmes de l’emprise des rites et coutumes comme l’excision ou les mariages forcés….»

Stella Triché Nsi est artiste peintre, éducatrice et aide-soignante en formation.
« Pour moi, la journée du 8 mars qui a pris naissance dans les luttes féminines prolétariennes du début du vingtième siècle et dans une perspective révolutionnaire signifie journée internationale de la femme. Nous devons sa création à Clara Zetkin lors de la seconde conférence internationale des femmes socialistes en 1910 à Copenhague. L’ONU francophone l’appelle journée de manifestation et d’égalité. Pour le gouvernement, c’est la journée des droits de la femme, et les militantes la nomment journée de lutte pour le droit des femmes.

En tant qu’Africaine, je fais un sombre constat des inégalités qui règnent encore malheureusement entre les hommes et les femmes, sans distinction de race ni de couleur. Je pense que la femme n’est pas traitée comme il se doit. Nous devons donc continuer cette lutte pour nous faire entendre. Moi, femme africaine vivant en Europe, je ressens encore plus ces inégalités tant dans la vie professionnelle que privée. Je veux dire ici à toutes les femmes, ne nous laissons pas faire, ne baissons pas les bras, continuons notre combat, affirmons-nous à travers des conférences de presse, les médias, des expositions de peinture, des défilés, des écrits… Nos enfants verront sans doute le fruit de nos efforts »

Delphine Barbeau.
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Aline Marie Christine Zomo-Bem, La Comtesse du rire, humoriste de talent et romancière
« Le 8mars est la journée internationale qui me prouve que nous sommes déjà reconnues comme entité à part entière dans ce machisme qui nous environne. C’est une avancée que je valide, j’y adhère, malgré le manque d’encadrement des femmes africaines.
Cette journée et ses manifestations n’ont pas l’importance et la valeur qu’elles devraient revêtir chez certaines Africaines dont on entretient l’ignorance. Ça devient l’occasion de se déshonorer en couchant dans les caniveaux avec des voyous, après avoir ingurgité des bières par ci par là. C’est que le sens de cette célébration leur échappe.

Au Cameroun, mis à part la première dame qui participe au défilé, j’observe qu’entre les discours des officiels et la réalité quotidienne des femmes, il y a un abîme. Les violences sexuelles continuent en toute impunité, et la ministre de la condition féminine n’en est pas offusquée. Les femmes qui choisissent comme moi de dénoncer ou d’écrire sur des sujets relatifs à ce qui mine la condition féminine sont mises au ban de la communication.

Que puis-je ajouter ?! Je ne fais pas partie des décideurs, celles qui en font partie se fichent des vrais problèmes des femmes. J’ai écrit deux romans dans lesquels je dénonçais le viol, puis j’ai pris mon temps pour aller en parler au Cameroun. Ma démarche n’a pas tellement eu d’écho médiatique, alors que j’ai reçu près de six cents témoignages de femmes violées dans ce pays. »

Stella Triché.
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Evelyne Pelerin Ngo Maa est poétesse et conteuse. Elle est aussi auteur, acteur et metteur en scène.
«Le 8 mars est la journée qui permet aux femmes du monde entier de se reconnaître s urs et de prétendre aux mêmes aspirations, à la même quête de reconnaissance et de liberté dans le respect.
Pour la femme Bassa que je suis, je me réjouis de voir que mes ancêtres avaient bien des longueurs d’avance sur le monde moderne à propos du rôle de la femme et de son importance.
Dans ma tradition, on raconte que notre ancêtre, organisatrice de la vie sociale, discutait d’abord avec son épouse (Ngo Maa), puis ils allaient, chacun de son côté, porter les décisions prises ensemble (lui aux hommes, elle aux femmes).

Je ne suis pas assez bien renseignée pour donner mon avis sur les manifestations qui se déroulent au Cameroun, mais le peu que je vois par internet témoigne d’une grande vitalité. Il y a de la joie, les femmes sont belles et rayonnantes. Elles témoignent avec fierté que l’accès à tous les métiers leur est désormais possible. J’aime beaucoup les tissus pagnes qu’elles réalisent à chaque édition, et les jolis kabas témoignent de leur foisonnante créativité.

Pour moi, c’est une journée de bilan pour le passé et de résolution pour les nouveaux combats à mener et à gagner, comme préparer les jeunes générations à affronter le monde de demain. Au-delà du côté festif, le 8 mars est la journée où la femme se manifeste dans toute sa noblesse. Elle règne sans dominer, sans brutaliser ni se livrer à l’abus de pouvoir et à la violence de certains hommes. C’est le moment pour elle de créer un modèle de vie qu’elle souhaite avoir tous les jours.

Il avait suffi à Rosa Parks de refuser de céder sa place dans le bus, de rester assise sans un geste, sans un mot… Et Martin Luther King s’est levé pour réclamer le changement de la condition des Noirs en Amérique.

Juste un v u, que les femmes restent femmes, des femmes pacifiques et aimantes ».

Aline Marie Zomo Bem.
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Danielle Georgia M.N. est journaliste, chroniqueuse dans « Bonjour l’Afrique » sur Radio sud Besançon
« La journée du 8 mars a une particularité pour moi, car elle trouve son origine dans les luttes ouvrières et des suffragettes au début du siècle dernier, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote des femmes. Cette journée devrait être une journée de bilan de notre vie de femme, en famille, dans la société, bref de notre vie de tous les jours.

Comme chaque année, au Cameroun, les commémorations se feront tous azimuts, plus sous forme d’une fête jouissive que comme une à la prise de conscience de notre condition féminine. C’est à peine si l’on s’attarde sur la raison d’être de cette journée ou sur la condition féminine locale qui ne change pas beaucoup en réalité.

Si je pouvais changer les choses, je dirais qu’au lieu de s’enivrer, de se faire violer et humilier, les femmes devraient mettre ce jour à profit pour une prise de conscience de leur condition et un changement de comportement. Certaines femmes ne le savent sans doute pas, mais c’est elles le sexe fort, et si elles le veulent, les choses changeront positivement. »

Evelyne Pélerin Ngo Maa.
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Stella Mouna est artiste de variétés
« C’est une journée qui est l’objet de diverses interprétations. Bien que des progrès aient été accomplis, nous sommes encore loin d’atteindre l’égalité des genres dans le monde entier. Il y a toutefois une évolution remarquable sur plusieurs points en Afrique. L’exemple de la présidente de la république -par transition- en Centrafrique, ou de Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria le prouve. Les femmes ministres et préfets au Cameroun témoignent de la baisse de la discrimination, même dans nos parlements. Cependant, les femmes sont toujours battues, marginalisées, violées, subissent des excisions et des mariages forcés dans plusieurs pays africains.

Au Cameroun, le 8 mars n’est pas un jour ordinaire. C’est une grande journée de mobilisation des femmes à travers tout le pays. Elles se dédouanent ce jour-là de toutes les tâches domestiques, laissant au mari le soin de préparer le repas et de s’occuper des enfants. Après la parade officielle, un bon nombre de femmes continue la fête en dansant dans les bars avec « soulèvement des kabas ». Cette journée est la nôtre et c’est l’occasion de revendiquer notre place, ce que je trouve logique. Ce qui reste déplorable, c’est de ne pas avoir de débats éducatifs, ni même de projets visant à soutenir nos revendications essentielles.

Sachant que la femme est la mère de tout homme, j’ose croire que le thème de cette année qui est « Planète 50-50 d’ici 2030 » passera du slogan à la réalité ».

Danielle Goergia.
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Hemley Boum est une romancière camerounaise
« La journée du 8 mars n’a de sens et d’importance pour moi que par rapport au Cameroun. J’ai le souvenir d’une fête qui se prépare des semaines à l’avance puisqu’il faut se procurer le fameux tissu pagne édité chaque année pour l’occasion. Le faire coudre ensuite mobilise une énergie formidable : les couturières sont à la peine dans tout le pays afin de livrer en temps et en heure, les tenues élégantes, imaginatives, traditionnelles ou plus contemporaines imaginées pour la circonstance. Le jour J une nuée de femmes, de tout âge se déversent dans la rue, parées comme des princesses et ce pagne cesse de devenir un bout de tissu pour assurer le lien, une sorte de cohésion éphémère. La fête dure toute la journée et se termine dans les bars, restaurants, « maquis », boites de nuit, soirées privées de toutes les villes et les campagnes du Cameroun. Les féministes crient au scandale, déplorant à juste titre que le cirque annuel organisé pour le 8 mars ne soit pas l’occasion d’aborder les vraies problématiques : l’absence d’opportunités professionnelles, les brimades, l’ignorance de leurs droits élémentaires ; la longue liste des violences endurées par les femmes dans ce pays. Fustigeant à juste titre là encore, l’hypocrisie du pouvoir qui offre les moyens de la fête mais pas de solutions pérennes. Tandis que certains hommes se mêlent de bon c ur à l’allégresse générale, d’autres se plaignent de ce bref élan de liberté, se braquent contre cette ostentation féminine à exister sans eux en ce jour unique. Les femmes n’en ont cure. Pour l’heure, elles se trémoussent sur la musique de la dernière reine du Bikutsi, tanguent en entamant leur énième verre de bière de la journée, parlent trop fort et rient aux éclats. Même celles qui savent qu’elles subiront en rentrant au petit matin la fureur de leurs maris, compagnons, savourent l’instant. Toutes profitent sans état d’âme car elles savent que la journée de la femme ne durera, comme les autres, que 24h.

La vie reprendra son cours sans que rien n’ait changé. Les femmes sont lucides, sans illusion. Les tenues festives cousues avec amour seront rangées dans les placards et serviront toute l’année. Inutile de les conserver précieusement, le 8 mars prochain, un nouveau tissu sera mis en vente pour célébrer la femme camerounaise.

C’est dans ce contexte unique que la journée du 8 mars a du sens à mes yeux. Je n’ai rencontré cette ferveur collective nulle part ailleurs. Ce jour-là, je reçois les v ux des femmes de mon entourage. Tous louent la femme, la romancière, l’épouse, la mère en moi. Tous me parlent de la joie, de l’importance d’être femme. Tous exaltent notre sororité, glorifient notre féminité. Je réponds avec une égale sincérité, plus encore que pour les v ux anonymes de la fin d’année. J’y mets tout mon c ur, je cherche les mots qui disent ma tendresse, mes encouragements, ma foi inébranlable en la femme camerounaise. Je redis mon admiration, je les bénis et les remercie.

À ceux qui condamnent, à ceux qui n’y voient qu’une tragi-comédie affligeante voire dangereuse,
Je réponds qu’il est doux de lâcher prise au moins une fois dans l’année avant de revenir à la dure réalité quotidienne. Ce n’est pas parce que les femmes s’amusent, que nos valeurs sont en péril. L’immoralité au Cameroun est à chercher dans la corruption généralisée, la pauvreté qui s’étend, la jeunesse en dérive, pas dans le spectacle de femmes qui dansent et rient.
Je certifie qu’une réflexion sur la condition féminine peut s’effectuer tout au long de l’année, et même ce jour spécifique sans que cela ne contrarie la joie des femmes qui feront la fête des premières heures de l’aube au bout de la nuit si le c ur leur en dit.
Je rappelle que les personnes qui violentent les femmes n’ont besoin ni d’excuses, ni de prétextes. Leur haine se repaît de leurs peurs et inversement.

Je soutiens que la femme camerounaise est plus que personne à même de savoir ce qu’elle souhaite pour elle-même. Plus elle aura de l’espace pour s’exprimer, plus elle sera en confiance, mieux elle s’accomplira et mieux le pays -hommes, femmes, enfants, institutions- se portera.
Excellente fête du 8 mars à toutes. »

Stella Mouna.
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Hemley Boum.
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