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Dessin : PAHE et sa BD à la conquête du monde

Le caricaturiste gabonais traduit en images et avec humour son enfance très agitée

Un caricaturiste africain qui parvient à vendre en Europe, on n’en voit pas tous les jours. Et si lui en arrive là, c’est forcement qu’il a de la plume, et pas n’importe laquelle. Pour preuve, sa dernière trouvaille, adaptée en dessin animé et intitulée « Le monde de Pahé » a été produite sous la forme de 78 épisodes de 07 minutes et est diffusée depuis ce mois de novembre 2009 sur la chaîne de télévision française France 3. En novembre 2008 il avait sorti un album intitulé Dipoula, par ailleurs le personnage principal. Lui, c’est un enfant de 7 ans, albinos, et qui a eu le malheur de naître dans une région du Gabon où le fait d’être albinos est soit une bénédiction, soit une malédiction, raconte Pahé, mais pas de chance pour Dipoula, il est maudit. Son père l’abandonne et l’enfant est recueilli dans un orphelinat tenu par des religieuses, et lieu de tous les gags, mis au point par le petit africain blanc. Rassurez-vous, fou rire au rendez-vous !

Du Gabon à Panam, le dessin comme passeport
C’est au fou rire justement que se résume l’ uvre de Pahé, jeune homme a qui les parents ont donné le nom de Patrick Essono. A l’écoute, d’aucuns pourraient croire qu’il est camerounais, mais non ! Gabonais âgé de 36 ans, même s’il a des liens particuliers avec le Cameroun. C’est en effet là que sa carrière professionnelle démarre véritablement, lorsqu’il rencontre en 2004 un certain Pierre Paquet, éditeur suisse, venu faire un tour au FESCARHY, le festival de caricature de Yaoundé. Pahé s’y trouve, ce pour la deuxième fois, après l’édition de 2002. Pierre Paquet a déjà une petite idée de ce que fait Pahé, puisque l’ayant découvert un an plutôt, lors d’un festival de bande dessinée à Abidjan (Cocobulles 2003). A Yaoundé, l’éditeur tombe sous le charme et l’artiste ne se fait pas prier. Sur le coup, il signe pour trois albums de Bd. « La vie de Pahé » est lancée, une uvre autobiographique dont le premier tome Bitam est sorti en novembre 2006, le deuxième Paname en 2008, le dernier s’intitulera Loveman. Chaque sortie est un succès sans précédent, ce qui ouvre à l’auteur les portes de plusieurs festivals tant en Europe que dans toute l’Afrique. Et comme succès rime avec récompense, Pahé reçoit en mai 2006 au salon du livre de Genève le 1er prix du dessin de presse francophone, organisé par l’union de la presse francophone. La liste est longue.

Pahé

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Parcours d’un petit africain très compliqué
Si on lui avait prédit un tel avenir, Pahé l’aurait nié, tellement il était turbulent, il ne s’en cache d’ailleurs pas. En 6è, je séchais les cours pour aller jouer aux tous premiers jeux électroniques. Ce qui lui vaudra d’être envoyé en « exil », pour parler comme lui, à l’internat dans un collège de bonnes s urs. Là encore, ce ne sont pas les beaux jours. On nous imposait la prière chaque matin. Et c’est là aussi que j’ai connu mon premier flirt. De la 5è en terminale j’ai toujours été dans des classes de désordonnés ajoute t-il. Mais il se fait déjà de l’argent au lycée en illustrant les cahiers de correspondance de ses camarades et des cartes de v ux. Après son baccalauréat, il s’envole pour la France et se retrouve à l’Institut Supérieur de l’Audiovisuel et de Publicité (ISAP) à Paris. Il poursuit sa formation en autodidacte, au gré des rencontres avec des dessinateurs européens tels Jano, P’tit Luc, Wolanski, mais aussi le congolais Barly Baruti et Laurent Levigot, le premier dessinateur de bd gabonais reconnu, selon Pahé.

Des années passent et il retourne dans la forêt équatoriale du Gabon. Là, commence à signer dans plusieurs canards du pays, Gabon libre, Oréty, Le progressiste, La griffe, La cigale enchantée, Le moustik. Avec des copains, il fonde l’association BD Boom, en même temps que le magazine de Bd du même nom. Pour des raisons personnelles, j’ai démissionné de l’association affirme t-il. Sans commentaire ! Il passe ensuite deux années à TV+, une chaîne de télévision privée du Gabon, où il passe Les N’infos de Pahé. Une belle expérience qui lui vaut d’être courtisé par de grandes entreprises, pour lesquelles il illustre des campagnes publicitaires. Son autre plus grand succès après la télé c’est le recueil d’humour qu’il a sorti en novembre 2006 (Gabonaises.Gabonais.), dans lequel il faisait des caricatures politiques sur le feu président Omar Bongo.

Même si cet art lui a quelques fois valu des ennuis avec des politiques et autres autorités de son pays, Pahé continue de travailler dur, surtout qu’en Afrique et au Gabon en particulier cet art ne nourrit pas son homme, mais reconnaît-il, il n’y a pas 36 solutions pour réussir : Bosser, toujours bosser !

« Dipoula », un des célèbres album de Pahé

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