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Devoir de mĂ©moire : qui Ă©tait l’indĂ©pendantiste Felix Moumie?

Félix-Roland Moumié ©Droits réservés

FĂ©lix Roland MoumiĂ©, nĂ© le 1er novembre 1925 Ă  NjissĂ© (Foumban) dans le dĂ©partement du Noun  et mort assassinĂ© Ă  Genève le 3 novembre 1960, est un mĂ©decin et homme politique camerounais. FĂ©lix MoumiĂ© est une des grandes figures de la lutte pour l’indĂ©pendance du Cameroun.

Une lĂ©gende raconte qu’alors que le roi Njoya Ă©tait conduit en « exil » Ă  YaoundĂ© en 1931 par les allemands et tandis que le convoi traversait paisiblement la petite ville de Foumban, sous le regard mĂ©dusĂ© de la foule, alertĂ©e très tĂ´t par la sentinelle ; une femme très affectĂ©e s’avança courageusement tout en larmes jusqu’à la hauteur du vĂ©hicule. Celui –ci  s’arrĂŞta brusquement devant elle,  en rouspĂ©tant elle dit : «  Tu es le roi Njoya ! Tu es le roi Njoya ! Le Roi Njoya qui avait acceptĂ© la dĂ©portation, très serein lui dit : «  Ne pleure pas femme, l’avenir est radieux. L’enfant que tu as portĂ© dans ton ventre est un prodige qui viendra nous libĂ©rer ». Le Prince Njimoluh Seidou suivait Ă©galement le cortège qui s’ébranlait Ă  toute allure vers la sortie du royaume. La femme en question très surprise par cette rĂ©vĂ©lation Ă©tait la mère de FĂ©lix Roland MoumiĂ©. FĂ©lix-Roland MoumiĂ© qui succèdera Ă  Ruben Um Nyobè comme tĂŞte de file de la lutte pour l’indĂ©pendance du Cameroun et qui  a Ă©tĂ© officiellement proclamĂ© hĂ©ros national par la loi du 16 dĂ©cembre 1991 de l’AssemblĂ©e nationale du Cameroun. Malheureusement ses restes n’ont jamais Ă©tĂ© rapatriĂ©s dans son pays et le 03 Novembre date de son assassinat Ă  Genève passe encore sous silence comme pour la plupart de nos Martyrs.

Après de brillantes études au Cameroun successivement à Foumban, Bafoussam et Dschang sanctionnées avec brio par son certificat d’études primaires, le jeune Moumié en 1941 est reçu au concours d’entrée à l’Ecole supérieure Edouard-Renard de Brazzaville où il poursuit ses études en s’orientant dans la médecine. Il s’inscrit à l’école professionnelle William-Ponty à Dakar quatre années plus tard. En 1947, Félix-Roland Moumié retourne au Cameroun où il entame une carrière de chirurgien. Il est alors nommé médecin colonial en poste à l’hôpital de Lolodorf. Le jeune Moumié se rend à l’évidence de la souffrance de son peuple. Il est animé d’un certain idéal et c’est à juste titre qu’il fait la rencontre de son compatriote Ruben Um Nyobè qui partage la même vision que lui. Ruben Um Nyobè de retour en 1948 de la conférence du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) a un objectif clair ; celui de fédérer au maximum des membres autour du mouvement nationaliste en l’occurrence des forces vives du pays. C’est ainsi que les deux hommes se rencontrent et échangent longuement et Moumié adhère à l’UPC.

En Avril 1950, il sera élu vice-président de l’UPC lors du congrès de Dschang et plus tard comme l’un des quatre vice-présidents de la conférence des partisans pour la paix. L’autorité française réagit et le jeune médecin va subir plusieurs affectations (Bétaré-Oya dans l’Est, Mora et Maroua dans l’Extrême-Nord)  malgré tout,  cela lui permet d’introduire l’UPC au sein des populations. Les termes comme patriotisme et anticolonialisme sont régulièrement utilisés. Certains chefs traditionnels n’adhèrent pas à ces idées notamment dans le Nord, de peur que leur pouvoir déjà entamé par l’autorité coloniale ne le soit davantage par ces nationalistes qui gagnaient à vue d’œil du terrain. On le verra d’ailleurs malgré la brillante campagne menée par Félix-Roland Moumié en 1952 pour le siège de l’Assemblée territoriale du Cameroun(ATCAM) après son élection à Eséka comme président de l’UPC lors du second congrès du parti (Absent pour des raisons professionnelles). Cette campagne ne lui permettra pas de gagner de siège. La lutte se poursuit avec le message historique, objet de toutes les mesures de représailles qui allaient suivre délivré par Um Nyobè à la tribune des Nations Unies les 24 et 25 Novembre 1955.

Roland Pré,  gouverneur français d’Outre-Mer qui va prendre fonction en décembre, est nommé comme nouveau Haut-commissaire du Cameroun avec pour mission  de briser l’UPC quel qu’en soit le prix. Félix-Roland Moumié est affecté à Douala un mois plus tard pour exercer à l’hôpital Laquintinie. Cette décision a pour but de mieux  le surveiller or c’est là que l’UPC va monter en puissance dans sa lutte. Le gouverneur Pré, va essuyer des revers dans cette lutte acharnée. Il publie un texte de loi le 9 février 1955 selon lequel «  droit est donné à toute autorité, de requérir la force publique pour disperser toute réunion suspecte de plus de deux personnes ».


L’UPC va contre attaquer le 22 mai 1955, après avoir signĂ© un texte exigeant la fin du rĂ©gime de tutelle et demandant l’indĂ©pendance immĂ©diate du Cameroun, au cours d’un rassemblement politique. La population camerounaise se mobilise pratiquement sur tout le territoire. Le clash est inĂ©vitable suite Ă  une assemblĂ©e publique organisĂ©e par Roland-FĂ©lix MoumiĂ© devant une foule nombreuse. La rĂ©action de l’armĂ©e coloniale fait de nombreux morts. Plusieurs villes se soulèvent, on parle de 5000 morts dans tout le pays. La situation s’embrase et le parlement français rĂ©agit en crĂ©ant une commission d’enquĂŞte dont le rapport n’a jamais Ă©tĂ© rendu public. L’UPC est dĂ©sormais dans le « maquis ». Les principaux dirigeants s’enfuient, les arrestations se poursuivent, le siège de l’UPC est saccagĂ©. Um Nyobè passe dans la clandestinitĂ©. FĂ©lix MoumiĂ© rejoint le Cameroun britannique en traversant le fleuve Moungo qui sĂ©parait alors les deux Cameroun. Il demeure très actif avec ces mots plus que redondant « IndĂ©pendance et rĂ©unification » jusqu’à la dĂ©claration de l’UPC comme mouvement illĂ©gal le 30 Mai 1957 dans cette partie du Cameroun. Il ira ensuite en Egypte oĂą il sera accueilli par le prĂ©sident Gamal Abdel Nasser  au Ghana et en GuinĂ©e oĂą il sera accueilli Ă  Conakry par le prĂ©sident de la RĂ©publique Ahmed Sekou TourĂ©.

Le 1 Janvier 1960, le Cameroun oriental accède à l’indépendance. Alors en Suisse, Roland-Felix Moumié continue à s’organiser et reste en contact avec des diplomates de la République Populaire de Chine. Il se dit qu’il accorde sa confiance sans grande méfiance. Il sera assassiné par William Bechtel, qui se fait passer pour un journaliste au restaurant du Plat-d’Argent. Roland-Felix Moumié a été empoisonné avec du thallium et meurt le 03 Novembre 1960. Il était marié à Marthe Ekemeyong avec qui, il a eu deux filles Annie Jecky Berthe Moumié et Hélène Jeanne Moumié. Il y aurait une autre version de la mort de Felix-Roland Moumié et de la bouche de sa veuve,  Félix était son premier prénom.

 

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