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Dieudonné Essomba : le grand âge du président Biya, les hautes instructions et l’hypercentralisation du pouvoir…

Dieudonné Essomba (c) Droits réservés

Lors d’une interview, le polémiste confirme ses propos sur l’âge avancé de Paul Biya qui ne lui permet plus de présider aux destinées du Cameroun.

Pensez-vous vraiment que malgré son âge, le chef de l’Etat n’aurait plus toutes les capacités qu’exige la gestion d’un Etat ?

Disons plus exactement, le grand âge, autrement dit, au-delà de 80 ans. Tous les Etats ne se gèrent pas de la même manière et tout va dépendre de la place qu’occupe le chef de l’Etat dans les décisions. Un chef d’Etat peut être centenaire dans une monarchie constitutionnelle comme la reine d’Angleterre, son âge ne gêne personne puisque ses interventions dans l’exécutif sont résiduelles.

Pour les mêmes raisons, un président peut être centenaire dans un régime parlementaire, où le président ne joue qu’un rôle marginal comme en Israël ou en Allemagne, cela ne gênera personne. A la limite, on peut le concevoir au niveau de l’Etat fédéral, dans lequel l’essentiel des missions opérationnelles de l’Etat est conféré dans les Etats régionaux.

Mais dans un régime présidentialiste où tout le pouvoir est concentré à la présidence, le président de la République doit être présent et actif, au risque de se voir instrumentaliser par son entourage qui va gérer le pays en son nom. Ce n’est pas un cas d’école puisqu’on l’a bien vu avec Bourguiba en Tunisie, Houphouët en Côte d’Ivoire et plus récemment, Mugabe au Zimbabwe.

Dans le cas du Cameroun, personne n’a contesté la légitimité du président Paul Biya. Mais une fois de plus, son âge devrait le conduire à déléguer son pouvoir à un vice-président qu’il aura désigné, au gouvernement et aux régions, de manière à ne rester qu’avec un pouvoir d’encadrement, d’orientation et de contrôle.

Ce qui l‘aurait ramené aux cas d’en haut, en conformité avec l’exemple historique du président Mitterrand, alors très âgé, qui avait délégué pratiquement tous ses pouvoirs au Premier ministre Jacques Chirac.

Mais l’attachement excessif au contrôle opérationnel de l’Etat, alors même qu’il n’a plus les moyens physiologiques d’une telle mission, a développé une logique sinistre des « hautes instructions » derrière laquelle certains membres de son entourage trouvent leur propre agenda.

Des « hautes instructions » sont données aux divers ministres alors que le président Biya ne s’est jamais adressé directement à un ministre, respectant la norme constitutionnelle qui est de passer par le Premier ministre, chef du gouvernement. Bien plus, des gens sont interpellés et leur passeport retiré, toujours au nom des mêmes « hautes instructions », alors que vérification faite, il n’en est absolument rien.

Et on voit d’ailleurs bien qu’au fil du temps, cette logique de hautes instructions prend de plus en plus le pas devant des mesures directes prises par le président Biya. Mais assez étrangement, au moment même où on aurait dû s’attendre à plus de délégation de pouvoir, on note un mouvement inverse de hypercentralisation où les ministères sont délestés de certaines missions opérationnelles au profit du Palais.

C’est très malsain dans un pays aussi hétérogène et hétéroclite !

Ceux qui veulent fabriquer une curieuse exception à Biya qui lui permettrait d’échapper aux ravages du temps ne savent pas qu’ils creusent leur propre tombe. Ce jeu est extrêmement dangereux, car justement, c’est à l’abri d’un tel mensonge que des gens mal intentionnés de l’entourage présidentiel poursuivront leur projet, tout en renforçant leurs méthodes.

 Aujourd’hui, les Camerounais ont la chance que le Président ait encore assez de force pour redresser lui-même ces abus. Mais qu’en sera-t-il dans 6 mois, un an, 2 ans, au fur et à mesure que son âge avancé et ses forces déclinent ? Nous allons nous retrouver un beau jour avec des « hautes instructions » d’un Président qu’on ne voit pas, nous conduisant en prison ou à la mort, sans savoir ce qui se passe !

 


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