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Docteur Nkong-Njock: « Un plan énergétique pertinent est indispensable au Cameroun »

Expert à l’agence internationale de l’énergie atomique, il a conduit les travaux en atelier sur les questions d’énergie, lors du forum Davoc 2011

Dr. Vincent Nkong-Njock, quel est votre sentiment au terme du DAVOC 2011, durant lequel vous êtes particulièrement revenu sur les questions d’énergie?
Les échanges ont été francs, pertinents et percutants, dans la mesure où la diaspora a une connaissance du pays qui n’est pas toujours complète et qui est fortement tributaire des nouvelles expériences. Les échanges nous ont permis d’avoir des compléments d’informations sur le Cameroun, relativement aux questions que nous avons abordées. Nous avons pu converger, au-delà de nos différences, vers un point d’accord qui soit profitable à l’ensemble des camerounais de la diaspora et du pays.

Pour revenir aux questions d’énergie, on note que le Cameroun investit énormément dans ce secteur en terme d’argent et de structures. Pour la seule année 2011, près de 400 milliards de francs CFA ont été consacrés à des projets énergétiques. Or le déficit persiste. Qu’est qui explique cette situation?
Cette observation ne concerne pas que le Cameroun, mais l’ensemble des pays en développement de l’Afrique subsaharienne. La part qui est allouée aux investissements dans le secteur de l’énergie dans ces pays est toujours plus importante au final que la productivité. La conclusion à laquelle de nombreux experts sont parvenus est que cela est dû à un manque de stratégie et de vision. Le Cameroun à mon avis, et sans vouloir donner de leçon à qui que ce soit, devrait se doter d’un plan énergétique et d’une vision stratégique de ce secteur qui soit inscrit véritablement sur le long terme.

Vous soulevez ces remarques seulement à l’occasion d’un forum comme le DAVOC. Pourtant au Cameroun un ensemble de projets pourraient bénéficier de l’expertise de la diaspora, comment vous sentez vous lorsque vous voyez que finalement on vous consulte peu?
Je n’ai pas de ressentiment particulier. Il est vrai que là où nous vivons nous menons des activités d’expertises qui aident d’autres personnes. D’une manière ou d’une autre, nous souhaiterons aider notre pays si ses dirigeants le veulent. J’ose croire que le pays a besoin de nos compétences pour l’exécution de ses projets dits structurant. J’ai aujourd’hui la chance de travailler à un niveau d’expertise qui me fait avoir une vision plus globale des questions qui relèvent de mon domaine, principalement en Afrique. En même temps je ne souhaiterais pas qu’on puisse imaginer que je participe à ce genre de tribune pour rechercher une quelconque faveur ou alors la bienveillance des autorités. Je suis prêt à servir mon pays s’il le veut mais aujourd’hui je sers déjà l’Afrique et j’en suis très heureux, parce que je me considère avant tout comme un africain. Je suppose que le gouvernement a ses critères en matière de compétences et que ces critères prennent en compte toutes leurs priorités. Je souhaiterais juste que ces expertises évoluent dans un cadre défini bien élaboré et bien structuré.

A l’issue des travaux en atelier que vous avez conduit, quelles sont les différentes propositions qui ont été présentées de la part de la diaspora?
J’ai eu à offrir ma petite contribution dans la formulation des recommandations et aussi des propositions, mais je voudrais surtout relever que les résolutions prises l’ont été sur la base d’un consensus entre les participants issus de la diaspora et ceux qui avaient été envoyés par le gouvernement camerounais, qui eux sont sur le terrain et connaissent les problèmes qu’on peut rencontrer au jour le jour au niveau local. Dans cette perspective il a donc été formulée la proposition que la diaspora soit davantage sollicitée par rapport à toutes les activités de développement du Cameroun, tant sur le plan de la définition de la stratégie, des discussions ou des négociations relevant du secteur de l’énergie. Nous avons aussi recommandé qu’il y ait des améliorations sur un certain nombre de points susceptibles de favoriser la viabilité d’une stratégie énergétique durable et solide ainsi qu’une amélioration de la qualité et de la pertinence des investissements dans le secteur énergétique. Ces investissements ne doivent pas seulement concerner les infrastructures. Construire un barrage c’est bien, mais cela ne suffit pas à résoudre les problèmes d’énergie. Il y a toute une vision à avoir sur d’autres aspects comme celui du transport de l’énergie, de sa gouvernance, sa distribution et aussi les dispositifs de sécurisation qui l’accompagnent. Si tous ces aspects étaient pris en compte, cela permettrait de réduire les coûts de production. Certains travaux seraient par exemple réalisés par des entreprises locales conformément à la déontologie de ce secteur. La question d’énergie n’est pas seulement une question de barrages, même si la construction des barrages est déjà en soit une avancée.

Dr. Kong Njock, expert camerounais à l’agence internationale de l’énergie atomique
journalducameroun)/n

Vous êtes un expert auprès de l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’il vous était demandé de donner votre avis sur la question de l’énergie au Cameroun que diriez-vous?
La seule chose que je puisse dire et bien sûr sans me présenter en donneur de leçons, est que le Cameroun devrait avoir un plan d’investissement sur le secteur de l’énergie qui soit clairement défini et pleinement opérationnel. La définition de ce cadre concerne l’aspect financier, règlementaire et aussi l’ensemble des aspects politiques. Il ne faut pas se contenter d’apporter des solutions à moyen terme. Elles ne résolvent rien et quelques années après on retombe sur les mêmes discussions et logiquement on donne l’impression de ne pas beaucoup avancer. Il y a aujourd’hui une loi qui encadre l’activité dans ce secteur, mais il faut encore attendre sa promulgation et son décret d’application. Toute chose qui reste difficile à comprendre, surtout lorsqu’on sait que le gouvernement dit faire des problèmes d’énergie, une des clés à l’équation visant à faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035.

Quelles a été votre sentiment d’assister au premier forum DAVOC en terre camerounaise?
Un sentiment de plaisir et de grande joie, nous avons eu des échanges intéressants et rencontré des membres du gouvernement qui ont montré un grand intérêt au message que nous apportions. Les jeunes de CASA-NET sont à féliciter pour cela, car nous, leur aînés, avons toujours eu cette idée et nous ne l’avions pas vraiment mise en forme. J’encourage cette initiative pour une diaspora plus au service du développement du Cameroun. Je dis aussi merci à CASANET de m’avoir fait l’honneur de m’introduire dans leur conseil des sages.

David Mola et Vincent Kong Njock pendant les travaux en atelier
journalducameroun)/n


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