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D’origine camerounaise et guadeloupéenne, Delphine II est une slameuse et comédienne

Découvrez ce jeune talent qui rêve de faire la scène au Cameroun!

Guadeloupéo-camerounaise Delphine II est une slameuse qui n’a sa langue dans sa poche. A travers le slam et la comédie, elle donne vie à ses pensées. De retour d’une tournée au Brésil et alors qu’elle se prépare à se rendre à Conakry en juin, c’est sans détour qu’elle se livre à kamerhiphop.com pour une interview exclusive.

De Delphine les camerounais en savent trop peu. Peux-tu te présenter pour nos internautes?
Je suis une artiste afro-antillaise. Mon père est bassa, ma mère de la Guadeloupe. Je suis née à Paris. Artistiquement, je me bats afin de faire co-exister ces trois cultures et ce, de manière harmonieuse. Je suis slameuse, comédienne et humoriste. Après avoir joué mon One Woman Show et dans des pièces de théâtre, je travaille actuellement sur un album de spoken-word (slam en musique)

Pourquoi avoir choisi comme patronyme Delphine II?
Mon père s’appelle Thomas Nyobé II, je suis née à Paris où à l’état civil ils ont refusé le II de mon nom prétextant que je n’étais pas Louis XIV??? Je reprends mon II à la scène car je suis slameuse et comédienne et que je ne souhaite pas privilégier une discipline plutôt qu’une autre.

Comment en es tu arrivée au slam, à la comédie. Raconte-nous ton parcours
Je venais d’être licenciée économique suite aux événements du 11 septembre quand j’ai découvert le Slam à Paris. J’avais vu le film Slam et je m’intéressais beaucoup à ce mouvement car j’ai toujours écrit. Ma première Slam Session a été une révélation, puis mes premiers tournois d’où je suis souvent sortie victorieuse. La confiance acquise alors, je ‘ai emmenée au théâtre. J’ai pris des cours au théâtre de Dieudonné, le théâtre de la Main d’Or et j’ai monté : « Un One Woman Show qui Slam ». Je voulais dans un même spectacle le léger et le grave, le chaud et le froid. Ce spectacle était un OVNI mais il m’a beaucoup apporté en terme d’expérience. Par la suite, j’ai commencé à voyager afin d’animer des ateliers d’écriture Slam en Guyane française, en Guinée Conakry et dernièrement au Brésil. Ateliers que j’animais déjà en France et dans sa province. Actuellement, je prépare un album de spoken-word (slam et musique dans la lignée des Last poets). Affaire à suivre donc…

Delphine II
kamerhiphop.com)/n

Comment définis tu le slam?
Comme un art oratoire hérité de la tradition orale inhérente à l’Afrique. Les origines africaines sont liées aux Griots, en France aux troubadours et trouvères. Je reprends la description de Marc Smith qui a transmis des fondamentaux qui à mon sens sont essentiels à la pérennité du mouvement Slam. Slam veut dire claquer. To slam a door : claquer une porte. C’est une poésie de l’urgence : on écrit et on dit. Il s’agit de la distinction principale avec la poésie dite traditionnelle. Notre poésie se dit avant de se lire. De plus, le slam se doit d’être percutant car toujours selon Marc Smith un slam est considéré comme foiré s’il ne se passe rien entre le public et le slameur. On est auteur, metteur en scène et interprète. Pour prendre confiance en ses idées, c’est l’art idéal.

Comment arrives-tu à fusionner slam et comédie ? Penses qu’il existe un lien entre les 2?
Bien sûr! Ce sont des arts oratoires. Surtout c’est la vie. Partout et heureusement d’ailleurs les hommes se racontent leurs soucis, plaisantent pour prendre du recul par rapport à des situations qui du coup n’apparaissent plus comme inextricables. J’essaie juste d’être vraiment en vie sur scène, la fusion se fait alors naturellement.

En 2005 tu joues ton 1er one woman show « chuis la seul ou quoi? » Quel message voulais-tu véhiculer à travers ce spectacle?
C’était une spectacle/pastille contre les clichés de cette époque. Je campais plusieurs personnages imaginées mais construits à partir de caractéristiques de personnes de chair et de sang. Les Slams intervenaient comme une douche froide pour ramener le spectateur à une réalité peut-être dure mais réelle.

Dans une de tes compositions tu déclares : « se connaître soi, les siens et les anciens vous ouvrent à l’universalité. » Que doit-on comprendre par là?
Tout simplement que pour être en paix avec soi, il faut bien se connaître et que l’ignorance est la mère de tous les vices. Connaître l’histoire et savoir se positionner est fondamental pour moi. Mes parents m’ont transmis des valeurs de travail et ont tout fait pour faire de ma s ur et moi des esprits libres et critiques. Tout sauf des natures complexées. Une fois libérés des carcans de l’ignorance, une femme, un homme peut tout.

Comment peut-on s’y prendre pour mieux vulgariser le mouvement slam en Afrique d’après toi?
Simplement : développé des ateliers Slam via les différentes institutions et surtout dans les écoles. Et privilégier des uvres où l’art oratoire sous toutes ses formes peuvent co-exister.

Tu reviens d’une tournée au Brésil comment s’est-elle déroulée?
Très bien!!! Muito bom! J’ai apprécié de me rendre dans le pays où il y a le plus afro-américains en dehors de l’Afrique. Je me suis prise une claque très positive. Je baignais dans les idées reçues avant de m’y rendre. De plus, j’ai pu aller dans cinq villes différentes et ce, dans cinq états et vu que le Brésil est grand comme 17 fois la France lorsque l’on change d’état, c’est comme si on changeait de pays tant les mentalités différent. Je me suis éclatée à découvrir leur culture et à faire découvrir le Slam aux professeurs de l’Alliance Française. S’agissant des concerts, la musique est universelle et même si mes Slams sont en français, la connexion s’est créée et mon dernier concert à Joao Pessoa était un pur bonheur!

Que représente le Cameroun pour toi?
Mes origines, une partie de ma culture et une plaie ouverte car je ne m’y suis pas encore rendue mais ce sera le cas avant le premier bébé!

Que t’a apporté le fait d’appartenir a deux cultures; antillaise et camerounaise?
Une plus grande ouverture d’esprit car j’ai toujours entendu des réflexions d’un autre temps que ce soit d’un côté comme de l’autre. Heureusement ma génération du fait d’avoir grandi ensemble est beaucoup plus ouverte que la génération de mes parents pour qui une telle union était improbable à l’époque. Franz Fanon m’a parlé, la culture haïtienne également, cette liberté d’être une femme noire libre de tous carcans car j’ai toujours autant estimé ma culture guadeloupéenne, camerounaise et française. Je remue bien, cela donne une femme noire curieuse en quête permanente d’équilibre.

Quel rapport entretiens-tu avec les autres artistes camerounais de la diaspora?
De bons rapports si la sensibilité de l’artiste me parle. Cela a été le cas avec Manu Dibango qui a accepté de poser sa voix sur un des titres de mon futur album. Sinon, j’apprécie des artistes de toutes horizons, mon métissage culturel veut ça. Il y a aussi ce groupe de rap Negrissim dont j’apprécie le travail et l’engagement et qui ont bien compris que le Cameroun c’est l’Afrique et n’ont pas hésité à s’expatrier au Sénégal…

A quand Delphine II au Cameroun pour des ateliers, spectacles.?
Mais il faut m’inviter!!!! Je n’attends que ça. La valise est prête oh! J’adore venir travailler en Afrique et je rêve d’une tournée au Cameroun. Beaucoup m’ont promis de m’y aider, je commence par m’aider moi-même en criant à qui veut l’entendre que je veux venir au Cameroun!

Delphine II
kamerhiphop.com)/n
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