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Douala: Des uvres d’art pour dénoncer «la mauvaise eau»

«Dans les eaux sales du quartier, dans ma ruelle, ma jeunesse rebelle»: Inscrit sur le mur d’une maison de New-Bell, un quartier populaire où s’est achevé un festival sur le thème de l’eau

Cette belle phrase est assez représentative de l’état d’esprit des jeunes du quartier, explique le plasticien camerounais Hervé Yamguen qui y voit l’expression de leur révolte parce qu’ils vivent dans un environnement insalubre (…) qui ne favorise pas leur épanouissement. Le quartier est souvent sinistré par des inondations mais ces mots sur les murs, poursuit-il, renvoient aussi à la réalité de la mauvaise eau que la plupart des habitants de New-Bell consomment, causant des maladies comme la dysenterie et le Kam-no-go, expression en créole français-anglais camerounais désignant une maladie de peau. Le message est une des composantes de l’ uvre Les mots écrits de New-Bell d’Hervé Yamguen, créée dans le cadre du Salon urbain de Douala (SUD), festival international d’art public organisé tous les trois ans dans la capitale économique du Cameroun. De jeunes rappeurs du quartier avaient été invités à proposer des textes dont les extraits les plus percutants ont été inscrits sur cinq murs de New-Bell.

Selon l’association Doual’art, à l’origine de SUD, seulement 30% de la population urbaine (de Douala) est raccordée au réseau qui distribue l’eau de façon discontinue alors que cette ville d’environ 2,6 millions d’habitants est une des mégapoles les plus arrosées de la planète avec une moyenne annuelle de 3.850 mm de précipitations. Les 70% (restants) s’approvisionnent dans les points d’eau généralement à ciel ouvert comme les sources naturelles ou bien les points d’eau construits sans maîtrise de la qualité de l’eau comme les puits et certains forages, ajoute Doual’art. Nous espérons que les uvres de SUD ont pu ou vont changer certaines pratiques en termes de respect de l’environnement et de précaution sur l’hygiène de l’eau de consommation, déclare Didier Schaub, directeur artistique du festival. Dans ce cadre, l’artiste congolais Aserkash Kabala qui vit à Douala depuis dix ans a installé dans son quartier de la Cité Sic, cinq sculptures sur le thème de la fluidité de l’eau. L’une d’elles est un récipient géant sur le modèle de ceux qui servaient à la conservation de l’eau dans la Grèce antique. Une autre est une sorte de robot fait de tuyaux PVC assortis de deux robinets, qui illustre le mécanisme des infrastructures d’extraction et de distribution de l’eau, explique l’artiste. La sculpture a été disposée à dessein devant une école privée qui a fait construire des forages pour distribuer gratuitement de l’eau aux élèves ainsi qu’aux populations du quartier. Mon travail vient mettre en évidence cette démarche pour dire qu’on a de l’eau en dessous de nos pieds. Il suffit juste d’avoir des infrastructures adéquates pour que l’eau parvienne dans chaque douche et dans chaque cuisine des foyers de la ville, poursuit Aserkash Kabala qui juge que la privatisation d’un objet aussi démocratique que l’eau est quelque chose d’absurde. La distribution de l’eau au Cameroun est assurée par la Camerounaise des Eaux (CDE), une compagnie privée.

Image d’illustration
Aqualive.fr)/n



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