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Dr A. Séhou: «Les arguments de campagne doivent être savamment choisis»

Enseignant-Chercheur, auteur de « Cameroun, l’opposition en panne : autopsie critique et propositions de relance », parle des prochaines sénatoriales

Seuls le Rdpc et l’Undp sont finalement en course dans le Littoral. Quelle lecture faites-vous des forces en présence?
Le Rdpc et l’Undp sont les deux formations politiques qualifiées pour disputer les sénatoriales dans la région administrative du Littoral. Toutefois, en ce qui concerne le corps électoral, d’autres partis politiques présents dans les conseils municipaux sont impliqués. Je pense notamment au Sdf, à l’Upc, à l’Udc, au Mp et dans une certaine mesure au Cpp dont la présidente est aussi conseillère municipale Sdf ! Et vous savez que la loi oblige carrément les conseillers municipaux à aller voter sous peine de révocation !

Quelles sont les chances de l’Undp en l’état actuel?
Compte tenu du mode de scrutin, le Rdpc part largement favori ! Il a la majorité du corps électoral et logiquement il devrait facilement l’emporter ! Dans ce contexte il n’est pas superflu de dire que les chances de l’Undp de rafler les sept sièges mis en jeux dans le Littoral sont presque nulles.

Quelle est la stratégie que vous recommandez à l’Undp qui n’a que 3 conseillers municipaux?
On a beau avoir de l’expertise en matière politique ou électorale, on ne doit pas oublier le contexte local et les réalités du terrain ! Comment logiquement espérer gagner une élection dans laquelle les électeurs sont bien identifiés et connus pour leur appartenance à la formation politique concurrente ? Comment inverser la tendance dans une région où l’on ne dispose que de trois conseillers municipaux ? A y regarder de près, le nombre d’électeurs sur lesquels peut compter l’Undp est même inférieur au nombre de candidats que ce parti aligne aux sénatoriales dans le Littoral. Dans tout système normal il ne perdrait même pas son temps à aller à un vote qu’il sait perdu d’avance ! La seule stratégie, si stratégie il y a, pour inverser la donne, en raisonnant par l’absurde, c’est de parvenir à convaincre la majorité des électeurs partisans du Rdpc à voter pour l’Undp ! A ceux-là il faut ajouter les électeurs issus des formations politiques ne disposant pas de candidats à cette élection. Mais lorsqu’on sait que l’Undp est un allié du Rdpc depuis leur pacte de novembre 1997 et en tenant compte des rapports emprunts de défiance et de suspicion avec les autres partis dits de l’opposition, il lui sera difficile de convaincre les autres conseillers municipaux à voter pour ses candidats. Dans pareille situation, les arguments de campagne doivent être savamment choisis et les électeurs ciblés individuellement. Vous savez, dans notre contexte où la culture politique est reléguée au second plan, faute de formation et de projets bien élaborés, les partis jouent abondamment sur le mécontentement, les frustrations, les insatisfactions des uns et des autres par rapport à la composition des listes, la tribalisation à outrance ou alors sur la corruption du corps électoral pour espérer opérer quelques débauchages et engranger quelques voix. Mais pour que cette opération réussisse il faut une parfaite maîtrise des enjeux sociologiques locaux et disposer de moyens conséquents.

Lorsqu’on voit les 50 000 Fcfa à décharger au sortir du bureau de vote par les conseillers municipaux, n’y aura- t-il pas une ruée des conseillers des partis déchus vers les urnes le 14 avril prochain plus pour cet argent que pour s’exprimer en réalité?
Votre préoccupation est légitime même si le fait d’aller voter et de recevoir les frais prévus à cet effet, sont intimement liés. Mais il faut laisser chacun agir selon sa conscience ! Au Cameroun, nous avons des rapports difficiles avec l’argent ! Pourtant c’est une disposition prévue par le Code électoral ! Cette indemnité vise simplement à compenser les frais occasionnés par le déplacement des conseillers-électeurs pour le chef-lieu du département pour aller voter ! Vous êtes sans ignorer que le vote se déroule uniquement au chef-lieu du département ! Pour les conseillers qui n’y résident pas il faut faire un voyage plus ou moins long et coûteux ! D’ailleurs sans cette indemnité, le risque est grand de voir un nombre important de conseillers des localités éloignées ou ne disposant pas de moyens de transport ne pas aller voter ! Dès lors que la loi a prévu cette prise en charge, le vote devient obligatoire pour tous les conseillers municipaux, de quelque formation politique qu’ils soient, présentant ou non des candidats, sous peine de déchéance en vertu des dispositions du Code électoral. Quant au choix à opérer, ils sont libres de voter pour la liste de leur c ur ou de déposer un bulletin nul !

Au regard de la carte sénatoriale actuelle du Littoral, n’y aura t-il pas rebondissement politique lors des prochaines échéances électorales?
Vous savez toute la polémique qui a précédé et suivi la convocation du corps électoral par le Président de la République ! Elle n’est pas prête de s’estomper malgré la tenue de ces élections sénatoriales. Le fait que certaines formations politiques n’aient pu concourir du fait de la disqualification de leurs listes ou de la non tenue des municipales avant les sénatoriales, ce qui aurait changé la carte politique de la région par rapport à la situation issue des municipales de 2007, posera toujours la question de la légitimité et de la représentativité des sénateurs élus pour plusieurs années encore. Plus grave, si des correctifs appropriés ne sont pas pris, compte tenu de la durée des mandats, nous courons le risque d’avoir toujours un sénat élu par des conseillers municipaux en fin de mandat ! Telle que l’opération de mise en place du sénat est engagée, il y aura toujours un conflit entre la légitimité politique ou populaire et la représentativité des sénateurs. Au niveau de la région du Littoral, le Rdpc et l’Undp sont loin d’être les seules forces politiques représentatives et le fait que ces partis soient les seuls à présenter des candidats au sénat pour le compte de cette région ne doit pas faire oublier que la situation est plus fragmentée et mouvante au gré des consultations électorales. Quel qu’en soit le vainqueur, il doit avoir le triomphe modeste et avoir à l’esprit que la situation aurait pu être différente si certains préalables avaient été pris en considération.

Dr Ahmadou Séhou, Enseignant-Chercheur, auteur de « Cameroun, l’opposition en panne : autopsie critique et propositions de relance »

journalducameroun.com)/n

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