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Dr. Zouyane Gilbert: «Il faut faire la juste mesure entre la civilisation universelle et la culture locale»

Le chef de département de français de l’université de Ngaoundéré estime qu’il faut systématiser les langues nationales

Le thème de la 14ème édition de la journée internationale de la langue maternelle est « le livre vecteur de l’éducation en langue maternelle ». Que vous inspire ce thème?
Je dois dire que d’emblée le thème est très intéressant surtout qu’aujourd’hui on sait qu’on est de plein pied dans la civilisation de l’écrit donc le livre à juste titre, devrait être le moyen, le socle de l’enseignement. Maintenant quand on projette cela sur l’enseignement des langues maternelles, on peut s’interroger sur la standardisation des langues chez nous. C’est vrai qu’il y a des langues bien standardisées qui disposent des manuels et des dictionnaires qui ont une grande littérature mais en même temps il y a encore des langues qui restent à décrire, à systématiser. Il faut qu’on y parvienne avant d’engager une pédagogie centrée sur les manuels.

Qu’est-ce qui peut bien être à l’origine de l’acculturation des jeunes au Cameroun ?
Avant d’arriver à l’acculturation des jeunes, il faut s’en tenir déjà aux connaissances de la culture, aux connaissances des langues. Aujourd’hui avec les pénétrations des différentes civilisations, il y a de moins en moins d’enfants qui parlent avec beaucoup d’aptitude la langue maternelle. On est de plus en plus extraverti. Les médias et surtout le nouveau langage développé par les jeunes sont autant de facteurs d’acculturation. Dans le système éducatif, beaucoup d’efforts sont orientés vers la promotion des langues locales. Et même sur le campus, on voit l’émergence de plusieurs associations culturelles. C’est aussi un facteur important à encourager. Il faut faire la juste mesure entre la civilisation universelle et la culture locale, car s’attacher à sa culture reste la seule façon d’exister.

Est-ce la responsabilité des parents ?
Vous convenez avec moi qu’il y a aussi la déviance dans notre société. Il faut dire que tous les parents ne sont pas emportés par le modernisme, il y a des conservateurs. Je crois que toute proportion gardée, il y a des attitudes qu’ils préconisent avec des valeurs morales, culturelles honorables. En tant que parent, je suis regardant sur les comportements de mes enfants. On doit les recadrer afin d’éviter la dérive.

Pensez-vous que la diversité linguistique au Cameroun est un frein à la promotion des langues locales ?
C’est vrai qu’on peut croire que cela constitue un frein. Mais je ne prends pas la chose dans ce sens parce que dans beaucoup de pays africains où les langues locales ont été instituées comme langue de l’administration, il y a une multitude des langues. Il faut simplement réussir à faire un choix judicieux et l’imposer à tout le monde. Je suis Mundang par exemple mais si on décide qu’au Cameroun, tout le monde doit parler Ewondo, Massa, Bakoko comme ce sont des langues qui ont été retenues pour l’instant, on va les enseigner et chacun doit adhérer. On ne devrait pas cependant ignorer la cohabitation des langues au Cameroun.

Quel est l’avenir des langues nationales au Cameroun
D’une manière générale, les langues, naissent, évoluent et disparaissent; Au Cameroun, nous avons beaucoup de langues qui sont en voie de disparition et si rien n’est fait, nous en aurons encore davantage. Tant que les natifs ne sont plus locuteurs, tant que de plus en plus, on se renie, forcement, à terme la langue va disparaître. Il faut donc faire beaucoup d’effort à plusieurs niveaux, pour conserver, maintenir sa langue te l’enrichir même. C’est le défi peut-être qu’il y a à relever.

Dr. Zouyane Gilbert, critique littéraire et chef de département de français de l’université de Ngaoundéré

Journalducameroun.com)/n

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