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Droits d’auteur: no money no money pour Douleur…

Par Abdelaziz Mounde

Comment une grande figure de la musique camerounaise et africaine a été humiliée pour 500.000 Fcfa. Ses droits au Cameroun. Ho shame! Une annonce à attirer les plus sceptiques! C’était en août 2014, dans les colonnes du quotidien national, un article en donnait alors la substance: « Les artistes musiciens recensés comme ayants-droit passeront sous peu à la caisse. Cette opération se fera dans le cadre d’une opération spéciale envisagée dans le secteur de la musique par le ministère des Arts et de la Culture (Minac). La responsabilité de cette mission a été remise au comité de répartition spéciale, avec pour président Esso Essomba. Jeudi, au siège du Minac à Yaoundé, de nombreux artistes sont venus scruter les listes communiquées par le Comité ad hoc de redressement de l’organisme de gestion collective du droit d’auteur et des droits voisins. Stylo et carnets en main, les artistes présents notent les matricules inscrits à la suite de leurs noms (…) ».

Douleur l’a lu. Le « travailleur immigré », se rend dans la foulée au Cameroun. Entre visites familiales et rendez-vous professionnels, il trouve un moment pour franchir le pas du ministère de la Culture.

Trente ans de carrière plus tard, ponctués de tubes, de succès et de lauriers, dont un retentissant Kora en 2003 en Afrique du Sud, il a droit à 500. 000 f.cfa, soit 770 euros environ… Il connait aussi la valeur de l’argent. Mêmes des sommes les plus contestables, bizarres, sans logique. Fixées sans critères, barèmes et s’affranchissant de toute rationalité. Il suffit d’écouter un des couplets du tube Gloire aux femmes: « no money, no money, no chigui chuigui… ». En clair, sans argent, rien de possible. Tout au moins, pour un séjour au Mboa. La terre de ses ancêtres Sawa, de son illustre homonyme Douala Manga Bell et de ses pères du Cameroun.

Au téléphone, pas de « Allo Mademoiselle », mais Esso Essomba. Le chef. Le patron de la répartition spéciale. Il s’enquiert de la situation. Les deux vocalistes ne causent pas des sages paroles de « Nfie Yob » , « les lumières de firmament », tube mémorable, où Esso Essomba pourfend la vanité des richesses et la puissance dérisoire de l’argent. Ou de « Lambo la Tamba », pépite de makossa de Alexandre Douleur Douala, prisé de l’ancien président du Conseil d’administration de la Socinada, rythme auquel il s’est essayé, avec le doucereux « Muna Iyo », portant en filigrane la griffe d’Ekambi Brillant.

Celui qui a chanté « Obog Oyili », le temps de l’entente, sait que les caisses ont profité aux « privilégiés » du système. Il ne veut pas fâcher l’auteur de « Nkunkele », le chagrin. Il le renvoie vers les services du ministère de la Culture. Vers M. Eyenga. A Yaoundé, non pas à la Délégation à Douala, pourtant mentionnée comme point de paiement, pour une partie des 1159 artistes concernés par la répartition dite spéciale.

Comme André-Marie Tala, il prend le chemin de la capitale. Il sonne à une porte en vain. Avant qu’une matrone aux gestes amples dans son boubou de broderie nigériane, ne le rabroue: « Vous cherchez qui? Il n’y a personne ici! » Il a beau chanter « Nguea Wumsè », le chemin du repos, il sait que les dédales du département des Arts et de la Culture ne sont pas une sinécure.

Il fonce. Il faut retrouver M. Eyenga. Tiens, il est là! Dans un bureau d’homme bien de là-bas.
-Bonjour Monsieur, je suis artiste. Mon Nom est sur ma pièce d’identité. Je m’appelle Alexandre Douala Douleur. Je suis venu percevoir mes droits.
-Monsieur, ne me dérangez pas. Il n’y a plus d’argent. On a réparti et versé l’argent aux artistes. Il faut aller attendre.
-Je vous reprécise que je n’ai rien perçu, mon nom figurant pourtant dans la liste que voici. Je ne comprends donc pas
-M. sortez de ce bureau, je n’ai plus rien à vous dire…
-Je suis juste venu percevoir mes droits et je souhaiterai rencontrer Mme la Ministre pour l’en informer
-Faites ce vous voulez, je n’ai plus rien à vous dire
Un défi ouvert. L’air de lui dire: « Peux maintenant! ».

Comme « Mamadou », plus aucun comprimé ne pouvait calmer le courroux feutré de l’artiste de renom. Il prend le couloir du cabinet de la ministre. Scénario à l’approchant. « Impossible de la voir. Elle n’est pas en place ».

Contraint par la validité de son billet d’avion, il doit retourner en France. Avant, il contacte Roméo Dika, « le distributeur de guitare », l’un des hommes liges du système. La clé est cassée dirait encore Tala. Pas de solution. Une manière de dire comme dans Ja na mba du fils Bonébéla à Deido: « si tu n’es pas content, va le dire à Obama ».

Il y’a une loi non-écrite qu’aurait dû comprendre l’excellent Douleur. Quand on n’appartient pas à la caste, comme Guy Lobé, il faut mourir pour avoir une médaille à titre posthume et bénéficier d’un montant chiche que l’on a réclamé en vain pendant sa maladie.
Comme Toto Guillaume, bénéficiaire sur la liste de la mystérieuse répartition d’un million de f.cfa, sans jamais avoir perçu cette somme, quand on ne fait pas de salamalecs, on n’est pas invité à la scène des rois. On aura beau appeler Esso Essomba, remettre une procuration à M. Angoula, rien n’y fera.

Toguy et Douleur ont la double peine. Sans médailles, sans droits. En attendant la mort. Ce que Alexandre Douala appelle le chemin du repos. Nguea Wumse…

Il est temps d’enterrer ce mépris des virtuoses!

L’artiste camerounais Douleur
Droits réservés)/n
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