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Ecrans noirs: Quelle adaptation cinématographique de la littérature en Afrique

La question est au centre d’un colloque animé par des cinéastes et écrivains. Ils ont donné leur sentiment au terme de la 1ere journée.

Il s’agit de travailler les modèles qui existent et les rendre modernes, voire futuristes
Je pense que le travail qui est le nôtre est d’abord un travail de recherche, c’est-à-dire que nous devons chercher et retrouver les formes de narration que nous avons déjà en nous-même et que nous utilisons au quotidien sous un autre format dans la conversation. Il s’agit de travailler les modèles qui existent et les rendre modernes, voire futuristes. Nous pouvons innover pour être à la tête d’une manière de faire et de raconter les histoires. Et je vais prendre un exemple, lorsque vous voyez des films avec des flash-back, dans les récits de tous les jours on a recours à cette forme de présentation du réel. Donc je ne crois pas qu’il s’agit d’être dans un modèle qui consiste à suivre le chemin tracé par les occidentaux, même si c’est pour nous ; chez eux cela est conforme à leur histoire. Il y a d’abord eu le théâtre, puis la littérature et enfin le cinéma. Chez nous, tout cela est arrivé en même temps et sous une forme définitive pour nous et en construction chez les occidentaux. Nous ne devons pas essayer de suivre leurs processus, nous devons créer notre modèle dans ce domaine. Pour moi il y a un concept qui m’amuse toujours ; lorsqu’on dit cinéma africain, c’est un concept qui est proposé par les européens. En musique moi j’aime bien lorsque parlant d’un rythme africain, on dit par exemple que ça c’est du Ndombolo. Vous voyez on ne dit pas danse africaine, on dit le Ndombolo. Alors c’est la même chose si on donne une identité à notre cinéma voilà comment on peut arriver à créer un cinéma spécifiquement africain.

Jean pierre bekolo, réalisateur et professeur de cinéma
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Mon sentiment au départ est celui d’une très grande tristesse
Le cinéma dans un pays comme le Cameroun ne devait pas être dans cet état. Que le Cameroun n’ait pas de salle de cinéma c’est à ne rien comprendre. Quand j’étais jeune à douala, il y’avait de nombreuses salles de cinéma. Qu’on ne nous dise pas que c’est la télévision qui a tué le cinéma, ce n’est pas vrai sinon pourquoi seulement au Cameroun et pas ailleurs? Et puis cela me fait penser à ce qu’on se disait ce matin, on nous dit que c’est parce qu’il y a la télévision qu’on ne peut pas lire je dis ce n’est pas vrai; il n’y a aucune raison pour qu’on ne puisse pas lire. Je crois qu’il y a un vrai besoin de politique littéraire et cinématographique dans ce pays. Regardez par exemple un colloque comme celui-ci sur le thème cinéma et littérature, je suis présent, Jean pierre Bekolo est présent et d’autres personnalités majeures du cinéma et de la littérature en Afrique, mais il y’a peu d’étudiants. Et plus grave, les universités ne nous contactent pas pour profiter de notre présence, alors qu’il y a des départements de cinéma et de littérature. D’un autre côté, il y a un sentiment d’espoir. Qu’on en soit à la 14ème édition des écrans noirs, ce n’est pas rien. Au départ, personne n’aurait parié sur les écrans noirs. Il a survécu et il s’améliore. On est passé d’une simple rencontre à un festival primé et on y organise des colloques d’un tel niveau et ça, c’est absolument à féliciter. De même je me rends compte que le cinéma avance au Cameroun. Il y a des jeunes gens créatifs et qui se battent avec peu de moyens et on sent qu’ils veulent que ça marche.

Gaston Kelman, écrivain
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Je suis absolument pour un cinéma libre par rapport à la littérature
Si je lis un livre qui me fait rêver et que je vois que je peux y parvenir en faisant rêver les autres je dis ça c’est un livre adaptable. mais les cinéastes ont le droit de se donner des libertés. Le cinéaste est cinéaste déjà, musicien, peintre, danseur, costumier, donc lorsqu’un cinéaste entre dans un livre, il y va en pensant à tous ces métiers et à tous ces aspects-là. La conséquence est que je prends des libertés pour pouvoir emmener celui qui va voir le film à cerner ce que j’ai envie qu’il comprenne. Parce que la description littéraire d’une couleur par exemple n’est pas palpable. C’est le cinéaste qui lui donne une forme, une intensité et une orientation pour le cinéphile et pour ça il doit être libre. D’un autre coté le cinéaste c’est quelqu’un qui aborde un livre avec ses expériences personnelles. Une de ces expériences peut se retrouver dans ces livres là ; alors le cinéaste en tant qu’artiste doit pouvoir faire ressortir tous ces éléments subjectifs de la perception qu’il se fait d’une uvre littéraire. Je suis absolument pour un cinéma libre par rapport à la littérature. Je veux être compris. La littérature même si elle peut inspirer le cinéma est très différente. La littérature est un art solitaire ; on peut être dans son univers imaginaire et écrire un roman. Mais avec le cinéma il va falloir compter avec les autres (acteurs, machinistes, ingénieurs de son et tous ceux qui interviennent dans la production), le cinéma est art collectif.

Mansour Sara Wade, cinéaste sénégalais
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La bonne adaptation est celle qui tient compte de l’ouvrage littéraire dans son entièreté
Selon moi, il faut que l’auteur fasse une distanciation entre lui et son uvre. Cela permettra au scénariste de pouvoir s’en approprier. D’un autre côté, il faudrait que le scénariste ou le réalisateur sente l’ouvrage qu’il est en train de vouloir adapter. S’il ne le sent pas il ne pourra pas en décoder les sens profond. Troisième point, il faudrait qu’il y ait une vision complémentaire entre le scénariste et l’écrivain. On a besoin de savoir ce qui a motivé sa décision d’écrire son uvre. Alors pour moi je maintiens que si on ne peut pas faire un effort de restituer avec une certaine fidélité la pensée d’un écrivain alors on laisse son oeuvre. J’ai par exemple aimé «le prix du pardon», ce n’est pas parce que Mansour est là, mais j’ai lu l’histoire et j’ai vu le film, je pense que pour ce qui est du Sénégal c’est la meilleure adaptation au cinéma d’une uvre littéraire. Je ne connais malheureusement pas des films camerounais, j’ai beaucoup aimé le grand Blanc de Lambaréné, mais bien évidement cela fait trop longtemps.

Sohkna Benga, littéraire sénégalaise et scénariste
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Je suis heureux de voir tous ces participants
Je suis très heureux pour ce qui est des participants, voir réunis comme ça autour d’une table Jean pierre bekolo, Gaston Kelman et des grands cinéaste et littéraire sénégalais, et surtout de pouvoir discuter avec eux, c’est quelque chose que je n’imaginais pas pouvoir faire un jour. Ils ont chacun, son point de vue défendant, apporté des éclairages sur un certain nombre de concepts qui jusque-là pour nous relevaient plus de la théorie. C’était un bonheur pour moi. Je déplore malheureusement une participation presque nulle des étudiant en cinéma et je dis c’est déplorable. Ils ont raté quelque chose de part ce que nous avons pu apprendre aujourd’hui. Je suis aussi interrogateur sur la suite à donner au colloque. Après ce colloque s’il n’y a pas de suivi le problème reste entier. Jean pierre Bekolo l’a dit: il est important qu’on puisse s’approcher de ceux qui connaissent déjà afin d’apprendre. Un apprentissage qui se fera par la pratique. Donc il faudrait je pense que soit mis un cadre qui puise permettre aux étudiants en cinéma de pouvoir pratiquer l’art du cinéma.

Henock Arcene Raoul, étudiant
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