L’Édito

Les ordinateurs à « PB »

Depuis ce 26 décembre, les étudiants des universités de Yaoundé reçoivent un « cadeau » du président de la République du Cameroun. A l’attention des mauvaises langues qui voulaient le voir pour y croire, la promesse des 500 mille ordinateurs « gratuits »  de Paul Biya à la jeunesse estudiantine de son pays n’était pas du bluff. Car, le chef de l’Etat camerounais « dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit », affirme le Pr Jacques Fame Ndongo, ministre camerounais de l’Enseignement supérieur.

Le 22 décembre dernier, le membre du gouvernement est allé personnellement accueillir la première cargaison de 40.000 ordinateurs « Made in China », fabriqués par les « meilleurs experts au monde », pour le moins. Et s’il était encore des doutes sur la marque de ces Notebook (PB High Education Vision), le « PB » c’est bien pour Paul Biya. On est en plein dans du « donnez à César ce qui est à César ». Dans le cas de figure, le président Paul Biya est César et son geste doit être apprécié à sa juste valeur. Quoi de plus logique donc, que de graver ses initiales sur un « cadeau » sincère et désintéressé. Le contraire serait comme offrir des fleurs sans une carte signée. Vous parlez de politesse…

Les premiers bénéficiaires de ce « don » du chef de l’Etat sont « en haut ». Ceux qui ne l’ont pas encore reçu devraient se réjouir à l’avance. Qui ignore l’importance d’un ordinateur –qui plus est offert par le président de la République- dans la vie d’un étudiant ?

Mieux, comment ne pas se sentir honoré  d’une telle attention du premier Camerounais qui, malgré la guerre contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et les tensions socio-politiques dans les régions anglophones du pays, trouve assez de ressources pour se préoccuper de ses étudiants. Surtout quand, dans le même temps, des enseignants d’universités se plaignent de leur cadre de travail. En novembre dernier, en effet, les enseignants de l’université de Douala ont engagé un mouvement de grève pour exprimer leurs frustrations. Ils se plaignaient en l’occurrence de l’absence de toilettes, des pénuries d’eau au sein du campus.

Le syndicat à l’initiative de ce mouvement d’humeur s’est laissé convaincre que des dispositions ont été prises pour que des travaux soient réalisés pour améliorer leurs conditions de travail. En attendant, les enseignants de l’université de Douala supportent. Qu’on en soit à exprimer des malaises aussi basiques est fort révélateur. Il y a un problème, un PB comme cela se dit trivialement. Mais, priorité au numérique. Tout est dans l’ordinateur. Il suffit d’en avoir un…et le tour est joué! C’est de là que viendra la révolution numérique au Cameroun. Dès lors, pourquoi s’inquiéter des effectifs pléthoriques dans les amphithéâtres ou des laboratoires mal équipés ? Pire, pourquoi gérer en urgence les exigences ridicules d’enseignants qui en ont ras la casquette de se retenir quand ils ont un besoin pressant ?

Entre nous, ces ordinateurs, qui n’ont pas encore trouvé 50% de preneurs (d’après le responsable de la Cellule de communication du Minsep, pour le moment, 200 mille étudiants sont inscrits sur les listes biométriques pour bénéficier du don de Paul Biya), coûtent quand même 75 milliards de francs CFA empruntés à la banque chinoise Exim bank, soit une valeur unitaire de 150.000 francs CFA, l’équivalent de trois années de frais de scolarité par étudiant dans les universités publiques et grandes écoles. Autrement, le président aurait pu faire de 500 mille étudiants, des boursiers de l’Etat du Cameroun sur trois années consécutives.

En attendant, 80.000 ordinateurs sont déjà au Cameroun. Les quantités restantes devraient être acheminées depuis la Chine d’ici juin 2018. Avec un peu chance, on verra le retour sur investissement dans quelques mois, si les « PB » ne commencent pas à circuler à l’Avenue Kennedy…

 

Recevez toute l’actualitĂ©

Inscrivez-vous à la Newsletter du Journal du Cameroun et recevez gratuitement toute l’actualité

Retour en haut