Elections présidentielle de 2011: La grande alerte

Par Pierre Mila ASSOUTE, président national du RDMC

A la croisée des chemins
L’échéance présidentielle d’octobre 2011 place le gouvernement devant un choix manichéen : trouver un consensus avec les forces politiques de l’opposition pour créer les conditions d’une paix et d’un développement durables à travers l’organisation d’élections libres et transparentes ou alors, exposer le pays à une précipitation dans le chaos et la désolation en usant une fois de plus de fraudes et en instrumentalisant les institutions électorales et l’armée notamment le BIR, dans le but plus qu’incertain de maintenir, par la force et pour 7 années supplémentaires, Monsieur Paul BIYA à la tête de l’Etat après 29 ans de règne autocratique. Quel choix fera le gouvernement RDPC ?

Les risques de l’opacité
L’actualité récente n’incite pas à l’optimisme. La promulgation d’une loi adoptée à la va-vite pour castrer irrémédiablement ELECTIONS CAMEROON (ELECAM) est attendue. En privant cet organe de la simple possibilité de mettre à la disposition du Peuple les résultats qui lui parviennent lors des élections tout le monde sait que l’opacité se trame. Cette muselière imposée à ELECAM prouve non seulement que Monsieur Paul BIYA et ses partisans n’entendent pas laisser leur avenir politique dépendre du verdict des urnes, mais aussi suspectent y compris leur propre ombre qui pourrait contrarier leur volonté de faire main basse sur tout le processus électoral dans notre pays. En effet, ELECAM est actuellement composé de 12 militants du RDPC. Or, au lieu d’écouter les revendications légitimes par lesquelles les partis politiques de l’opposition et les représentants de la société civile lui demandent de se conformer à la loi en y désignant des personnalités indépendantes et respectées, Monsieur Paul BIYA décide plutôt d’adjoindre 6 autres membres à ses 12 affidés en fonction. Et, ultime verrou de sécurisation du coup d’Etat électoral annoncé, le gouvernement RDPC interdit donc à cet ELECAM pourtant à sa botte de publier la moindre tendance de résultats lors des élections. Désormais, l’exclusivité de la publication des résultats est réservée aux serviteurs du RDPC, déguisés en juges constitutionnels et réunis en conclave pour mystifier le Peuple réduit au statut de spectateur impuissant. D’ailleurs, les 18 membres de ELECAM peuvent, avec la nouvelle loi, rectifier dans l’opacité la plus totale et avant tout contentieux électoral, les suffrages issus des urnes. Une telle démarche est incompatible avec les principes républicains et ne pourra que générer des tensions sérieuses conduisant à une tragédie, car il faudra marcher sur beaucoup de gens pour espérer imposer par la force une victoire fausse de Mr BIYA !

Pourtant, avec une inconscience suicidaire, ils clament : « on y est, on y reste », n’hésitant pas à mettre à la tempe du Peuple et de l’opposition républicaine, le pistolet du chantage à la paix et d’un surprenant « appel du Peuple » : soit vous nous laissez impunément confisquer le pouvoir par la fraude et la force combinées, soit vous aurez la guerre civile. Certains leaders de partis politiques se contentent d’ailleurs de la compromission avec ce pouvoir, oubliant que la jeunesse nationale, flétrie par de longues années de misère et traumatisée par un chômage endémique, n’accepterait plus un nouveau détournement de son vote, ni la poursuite de sa déshérence. Le RDMC a une responsabilité politique : oeuvrer à libérer le Peuple Camerounais de la misère provoquée par la criminalité dominante qui gouverne. Notre crédo est la liberté, la démocratie, le progrès et la modernité. La voie des urnes nous apparaît donc a priori comme étant la seule légitime permettant aux citoyens de choisir librement un candidat parmi les concurrents à la charge suprême dans notre République ; à moins que le gouvernement de Monsieur BIYA ne s’obstine à imposer un autre mode de dévolution du pouvoir au Cameroun en invitant les partis concurrents à s’y adapter. Parti républicain attaché au libre choix des gouvernants par le Peuple souverain et épris de paix et de justice, le RDMC a saisi le juge camerounais des référés pour voir ordonner le rétablissement du vote des Camerounais de l’étranger arbitrairement obstrué. Les réquisitions du procureur seront versées vendredi le 22 Avril 2011 pour le verdict final.

L’instrumentalisation des institutions au service d’un individu
La stratégie gouvernementale, consiste à priver ELECAM de toute indépendance et de toute transparence pour en faire l’instrument d’un hold-up électoral. On se souvient qu’en février 2008, la révolte de la jeunesse, en proie à la faim et excédée par le tripatouillage constitutionnel qui a levé la limitation du mandat présidentiel, a été réprimée dans une mare de sang. Il ne fait pas de doute que la détermination larvée de la jeunesse nationale qui s’observe sur divers sites Internet, sera encore plus grande en cas de nouvelle forfaiture de ce pouvoir. De plus, les récents évènements de Côte d’Ivoire nous montrent, en grandeur nature, les graves dangers que présentent les institutions assujetties aux individus et qui refusent de donner effet au verdict des urnes. Les émotions qui fleurissent a postériori dans ces cas là, ne ressuscitent hélas jamais aucune des vies perdues … Nous n’avons pas le droit de nous taire lorsque se plante sous nos yeux le décor d’une tragédie annoncée. Le projet de loi taillé sur mesure pour plaire à Monsieur Paul BIYA personnalise les instituions législatives et électorales avec pour unique dessein : mourir au pouvoir.

Paul BIYA à François SOUDAN : « moi ou le chaos »
Oui, la machine funèbre est en marche. Monsieur Soudan du journal « Jeune Afrique » révélait cette phrase attribuée à Monsieur Paul BIYA : « Moi ou le Chaos ». Ainsi, une commande de 12.000 armes de poing de marque (bareta 2006) porte la signataire de Monsieur Atanga Nji, membre du RDPC que j’ai dénoncé d’acquérir illégalement des armes. Aucune enquête n’est ouverte pour faire la lumière sur une affaire aussi grave qui peut nourrir la guerre civile. Le porte-parole du gouvernement, Monsieur Issa TCHIROMA, très prolixe lorsqu’il s’agit d’invectiver les contradicteurs de son nouveau maître en usant de contre-vérités, n’a pas daigné apporter le moindre éclaircissement sur ce scandale concernant un ministre chargé de mission du Président de la République. Par ailleurs, je dénonce vigoureusement l’instrumentalisation de notre armée. La récente promotion de 10 officiers d’armée au grade de général, la veille d’une élection aussi capitale que celle d’octobre 2011, présente des étrangetés : comment explique t-on objectivement, alors que la sécurité du territoire national est constamment menacée, que seuls 2 parmi ces 10 nouveaux généraux nommés aient fait une école de guerre pendant que des colonels ayant ces qualifications attendent sur le banc de touche ou envoyés à la retraite peu avant ces promotions ! On est en droit de suspecter le choix des 8 autres généraux promus. Il donne le sentiment d’obéir à des fins politiciennes et de répondre en tout état de cause aux seuls critères de favoritisme, de népotisme ou d’alliance familiale… Au passage, on relèvera l’incongruité et l’humiliation de l’armée qui consiste à faire d’un général d’armée l’aide de camp du Chef de l’Etat. Le rôle qui attend ces promus de la dernière heure, dans la perspective d’octobre 2011 devient dès lors plus qu’évident.

Pour des élections transparentes
L’urgence est que sans délai les mesures à même de garantir la transparence des prochaines élections soient prises, à savoir :

-(i)la neutralité totale d’ELECAM, conformément à la loi : ses 18 membres à renommer doivent obéir aux critères prévus par la loi ;
-(ib) La publication des tendances ;
-(ic) les inscriptions du citoyen sans entrave sur les listes électorales en toute égalité de droit telle que suggère la Constitution ; l’accès aux cartes de vote à temps ;
-(id) l’élection à 2 tours ;
-(ie) le bulletin de vote unique ;
-(if) les procès-verbaux sécurisés et leur remise sans conditions aux représentants des candidats ;
-(ig) la proclamation du résultat final du scrutin au plus tard 72 heures après la fermeture des bureaux de vote ;
(ih)-la publication à la convocation du corps électoral, de l’ensemble de bureaux de vote et de la liste des électeurs inscrits sur le territoire national ;

J’en appelle d’ores et déjà le Peuple du Cameroun à la vigilance en alertant l’Union Africaine (UA) et l’Organisation des Nations unies (ONU), afin que nul n’en ignore : les élections transparentes sont un gage de paix.

A 7 mois de la présidentielle prochaine, je demanderais au gouvernement de préparer la paix et d’éviter de provoquer par son arrogance connue, la guerre.

Je mets par conséquent en garde tous les acteurs du régime de Yaoundé d’éviter d’entraîner notre pays dans des élections truquées.

Pierre Mila Assouté
Journalducameroun.com)/n


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