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Elise Mballa Meka: La danse d’abord

La présidente de la Sociladra est une artiste plurielle, même si c’est par la danse que le public la reconnaît le plus.

Lorsqu’en janvier 2007 Elise Mballa Meka est portée à la tête du conseil d’administration de la Société civile de la littérature et des arts dramatiques (Sociladra) à l’issue d’une assemblée élective houleuse, beaucoup lui prédisent tout au plus quelques mois de transition avant l’arrivée d’un «vrai président». Convaincus sans doute de ce que la rumeur avait propagé et qui disait en gros qu’elle devait son élection à son minois, à sa beauté physique plutôt qu’à ses qualités intellectuelles ou artistiques intrinsèques. Le croire n’était que de la mauvaise foi dans la mesure où la jeune et fringante cinquantenaire en plus d’être administrateur de cette société, jouissait d’une trace respectable dans les milieux de la culture au Cameroun.

Si alors l’une des nombreuses filles de Jean Meka, ancien commis des P.T.T, avait effectivement une apparence à faire se retourner jusqu’aux regards les plus chastes, il demeure qu’elle n’était point le cheveu dans la soupe que l’on voulait faire croire. Ayant eu un père assez regardant sur des principes de vie comme l’instruction, elle n’eut la tête durant son enfance et son adolescence qu’à l’école. Que ce soit au collège évangélique de Libamba où elle entre ou au Lycée du Manengouba à Nkongsamba où elle arrive en 1973, les résultats scolaires sont au rendez-vous.

Jacqueline Leloup
Une fois les vacances venues pourtant, la jeune fille dont la beauté commence à aguicher bien de regards doit quitter son internat douillet pour se retrouver au village. Où son oncle Samuel Mot Akam, érudit et aède de talent l’initie ainsi que ses s urs aux valeurs culturelles du terroir comme les danses Ozila et Olantsa. Entre temps, elle fait la rencontre déterminante. Une Française enseignant le français débarque dans son lycée et lui donne les rudiments de la comédie, lui mettant pour ainsi dire le pied à l’étrier : c’est Jacqueline Leloup. Une femme avec qui elle cheminera pendant la décennie suivante puisque toutes deux se retrouveront à l’Université de Yaoundé.

Où tout en alignant des performances académiques honorables (elle obtient une maîtrise en géographie avec mention à 22 ans), elle connaît le succès avec le Théâtre universitaire dirigé par son mentor. Notamment à travers son rôle dans la pièce Guéido écrite et montée par Mme Leloup. Succès qui lui ouvrira les portes de l’étranger où en plus de participer aux spectacles elle décroche un Dea au Centre d’études de géographie tropicales de Bordeaux.


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Nyanga Dance d’abord, Phenix ensuite
A son retour, elle est recrutée à la fonction publique pour y officier comme enseignant. Et alors qu’on pense l’art réduit à la portion congrue dans son agenda, elle frappe les esprits une nouvelle fois: en montant avec succès des troupes scolaires. Mais le vrai retour se situe dans la deuxième moitié des années 90 lorsqu’elle créé la compagnie de danse Nyanga Dance avec le chorégraphe Martino et le danseur Serge Tsakap. Cela grâce aussi à sa s ur Evelyne qui a ouvert un centre de fitness dans la capitale et qui l’embauche comme consultante. Quelques mois plus loin, elle décide d’embarquer son groupe de treize personnes à ses frais exclusifs pour le Marché des arts et du spectacle africains (Masa) d’Abidjan où Nyanga Dance n’est pourtant pas en compétition. Une folie qui lui a fait dire récemment que «c’était le prix à payer pour montrer que la danse contemporaine camerounaise existait». Elle y marquera les esprits au point d’être invitée à l’édition suivante.

Opératrice culturelle et présidente
Des spectacles s’enchaînent à donner le tournis. Ce qui a pour conséquence de disperser le groupe. Abattue, épuisée mais pas découragée, Elise Mballa Meka décide de repartir à zéro avec une nouvelle compagnie au nom évocateur : Phénix. Forte de l’expérience précédente et des conseils de proches, elle décide de diversifier ses activités. Elle intègre donc Phénix à l’Association Meka créée en même temps que la compagnie et qui se structure en quatre axes : spectacles, formation, centre de ressources et festival. Abok i Ngoma est ainsi porté sur les fonts baptismaux en 2002.

Près de deux ans donc après son accession à la présidence de la Sociladra, cette bouddhiste a réussi à y imposer des mesures d’austérités qui présagent d’un bon avenir. Face à ses contempteurs qui lui trouvent un air de garçon manqué, elle se tait et travaille. Avec pour seul commentaire : «pour le choix de vie que j’ai fait, je ne suis pas malheureuse. Je n’accumule pas les richesses, je partage le peu que j’ai» ; avant d’ajouter que la Sociladra est juste un prétexte pour continuer «sa quête de quelque chose, d’une solution pouvant contribuer à faire rayonner la culture nationale et à sortir les artistes camerounais de la précarité». Vaste programme qui ne l’empêche pourtant pas de mener des projets plus personnels, elle qui réfléchit à un prochain retour sur les planches.


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